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Retour de l’expertise au MTQ : beaucoup moins d'embauches que prévu

Un ingénieur vérifie une structure de béton
Un travailleur vérifie une structure Photo: iStock
Nicolas Vigneault

Le ministère des Transports (MTQ) est encore bien loin d'atteindre son objectif qui visait à attirer 500 techniciens en travaux publics de plus dans ses rangs sur une période de 5 ans.

En 2011, afin de lutter contre la corruption dans l'industrie de la construction, les ministres libéraux Pierre Moreau et Michelle Courchesne avaient annoncé l’intention d’embaucher 332 ingénieurs et 564 techniciens supplémentaires entre 2011 et 2016 pour surveiller les chantiers.

À l'époque, le ministère des Transports espérait réaliser des économies de 34 millions de dollars par année avec le renforcement de l'expertise au sein du Ministère.

Or, sept ans après cette annonce, le MTQ a embauché moins de la moitié des effectifs supplémentaires escomptés.

« On en a à peine embauché 200 », déplore Christian Daigle, président du Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec.

Au total, le MTQ compte maintenant 1010 techniciens en travaux publics, tandis que l'organisation devrait en compter 1350, selon les objectifs énoncés en 2011.

Le représentant syndical craint que le nombre insuffisant de techniciens au sein du MTQ ne force l’embauche de contractants qui n'ont pas l'indépendance nécessaire vis-à-vis des entrepreneurs pour surveiller les chantiers.

« Là, ce qui va se passer, c'est que le Ministère va embaucher des employés de la compagnie pour surveiller la compagnie. »

Christian Daigle souligne que les techniciens du MTQ sont les yeux et les oreilles des ingénieurs. « Ils sont sur le terrain pour surveiller et s'assurer que tout est fait conformément et c'est là que l'on économise », explique M. Daigle.

Le président du SFPQ n'hésite pas à montrer du doigt les conditions salariales pour expliquer les difficultés de recrutement.

« On se fait voler nos employés par le privé et le municipal. Et je comprends les gens d'aller là, ils sont payés pratiquement 25 % plus cher dans le privé », affirme Christian Daigle.

Des cônes orange de signalisation.Travaux routiers Photo : iStock

Objectif atteint pour les ingénieurs

Le MTQ a toutefois eu plus de succès dans l'embauche des ingénieurs.

Selon les données des effectifs émanant des rapports annuels du ministère des Transports, il y avait 920 ingénieurs au sein du MTQ en 2017-2018 comparativement à 567 en 2011-2012.

L’objectif de recrutement de 332 ingénieurs supplémentaires a donc été dépassé dans ce cas.

Toutefois, l'Association professionnelle des ingénieurs du gouvernement du Québec émet des réserves sur l'expérience des candidats embauchés au cours des dernières années.

« On peut bien essayer de remplacer une quinzaine d'ingénieurs chevronnés qui partent à la retraite par 150 jeunes qui sortent de l'université, vous ne me ferez jamais dire que la qualité de décision va être la même », affirme le président de l'Association, Marc-André Martin.

Des données obtenues par l'organisation syndicale par la Loi sur l'accès à l'information démontrent que depuis 2012, le MTQ a embauché 532 ingénieurs, mais seulement 79 avaient 10 ans d'expérience ou plus, ce qui représente 15 % des embauches.

Attrait du privé

Les documents obtenus par l'Association révèlent par ailleurs que le Ministère a perdu près de 70 ingénieurs qui ont remis leur démission au cours des deux dernières années.

« Autrefois, je vous aurais dit : "ils s'en vont tous vers les autres administrations publiques, que ce soit fédéral, municipal, Hydro-Québec." Mais maintenant avec les mégaprojets, ils s'en vont vers le privé aussi. Ils rentrent au ministère des Transports, ils sont formés 2-3 ans et ils quittent pour le privé. Le ministère des Transports est considéré comme la petite école », déplore Marc-André Martin.

Tout comme son collègue de la fonction publique, le président de l'Association soutient que les conditions salariales représentent un facteur déterminant pour attirer des ingénieurs au MTQ.

Le Ministère confirme pour sa part que l’expertise interne demeure une priorité importante et entend continuer à y consacrer des efforts.

Il souhaite également réfléchir à la longueur du processus d’embauche.

Économie