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Sur les traces des paroles autochtones à Lennoxville

Le campus de l'Université Bishop's

Le Sentier de la parole sera situé sur le campus de l'Université Bishop's et du Collège Champlain de Lennoxville.

Photo : Radio-Canada

Sarah Laou

Un tout premier Sentier de la parole dédié à la poésie des Premières Nations verra le jour dès cet automne sur le campus du Collège Champlain et de l'Université Bishop's de Lennoxville. Lancé en grande pompe récemment en présence d'auteurs, d'artistes et d'universitaires, cet ambitieux projet a déjà pour vocation de se développer en sortant des sentiers battus.

Rendre ses lettres de noblesse à la littérature des Premières Nations et lui offrir une place de choix sur un territoire donné ont été les premiers paris de Nathalie Mamias, professeure de français au Collège Champlain et instigatrice du futur Sentier de la parole.

Celle qui a emprunté à maintes reprises les tracés enchanteurs du sentier poétique de Saint-Venant-de-Paquette, n’avait toutefois pas manqué d’observer le peu d’oeuvres littéraires autochtones. Un constat qui lui a donné l’idée d’une collaboration avec Saint-Venant-de-Paquette afin de créer un sentier semblable sur le campus de l'Université Buishop's et du Collège Champlain, mais consacré cette fois à la poésie des premiers peuples.

« Nous avions reçu une subvention du ministère pour valoriser la langue française, explique-t-elle. Je me suis tout de suite dit que l’on pourrait aller de l’avant avec l’idée de ce sentier. J’allais mettre mes étudiants sur le coup en leur proposant d’étudier des textes, d’en choisir quelques-uns pour le sentier poétique et de créer sur le campus lui-même un sentier dédié à la parole autochtone. Ça allait être fantastique! Voici comment tout cela s’est fait. »

Après s’être donc entretenue avec la directrice du Sentier poétique Sylvie Cholette, qui lui a apporté tout son soutien, l’enseignante a proposé le projet à son établissement scolaire.

Nous sommes en terre abénakise et la direction du Collège a tout de suite accepté le projet. L'art crée des ponts et ce projet, c'est du concret : ce lieu sera dédié à la parole des premiers peuples.

Nathalie Mamias, professeure de français au Collège Champlain et instigatrice du Sentier de la parole.

Porteurs de paroles

Quinze extraits d’oeuvres de 15 auteurs autochtones ponctueront ainsi ce Sentier de la parole, dont les travaux devraient commencer dès cet été pour une ouverture au public escomptée en automne.

Si la poésie francophone autochtone est à l’honneur cette année, l’objectif demeure d’étendre le concept à la littérature des Premières Nations de partout dans le monde.

Dans cette optique, le projet prévoit notamment d’inclure d’autres dimensions que celle poétique, comme un volet historique et anthropologique, en plus de développer divers événements autour de la culture des premiers peuples.

Outre Les Amis du Patrimoine de Saint-Venant-de-Paquette, le Collège Champlain Lennoxville, l’Université Bishop’s, les Éditions Hannenorak, les Éditions Mémoire d’encrier, et Kwahiatonhk qui sont les partenaires officiels du Sentier de la parole, plusieurs personnalités ont apporté leur appui au projet, à l’instar d’Alanis O'Bomsawin et Richard Séguin qui ont accepté d’être parrain et marraine, ainsi que David Goudreault, qui en est le porte-parole.

Empreinte sur le territoire

Nathalie Mamias a accordé une attention toute particulière à la consultation des auteurs des différentes communautés concernés. Elle a été accompagnée par eux tout au long de la mise en oeuvre de ce projet.

« C’est une empreinte du territoire, car ces textes sont amenés à rester. C'était donc la moindre des choses que de demander à ces auteurs leurs avis et leurs conseils. C’est un travail collectif », affirme celle qui a entre autres consulté Daniel Sioui, Jean-François Létourneau ou encore Louis-Karl Picard-Siou pour la préparation du corpus.

L’auteur et directeur de la maison d'édition Kwahiatonhk Louis-Karl Picard-Siou croit d'ailleurs que « ce projet est porteur d'avenir ».

« Ce sentier assurera une diffusion et une présence de la littérature autochtone dans le sud du Québec, affirme Louis-Karl Picard Sioui. Et ce sont les jeunes Québécois qui auront accès à cette littérature-là, mais aussi le public qui connaîtra l'existence de tous nos grands auteurs », avance le poète originaire de Wendake, qui déplore aussi le manque de place dans le cursus scolaire à la littérature autochtone

Au Québec, la littérature autochtone n'est pas un courant obligatoire à étudier, elle est quasiment absente des institutions. Les étudiants peuvent donc faire tout leur cursus et ne jamais en entendre parler. C’est extrêmement problématique pour nous. C’est un choix que d’ignorer un pan de plus en plus important de la littérature propre au continent.

Louis-Karl Picard Sioui, auteur et poète

« Par exemple, jusqu’à très récemment, si vous vouliez étudier la littérature francophone autochtone, vous deviez aller en Ontario ou au Nouveau-Brunswick . Ça n'a aucun bon sens », poursuit-il avec amertume.

L’écrivain reconnaît toutefois que les choses évoluent avec les cours en littératures autochtones et inuites de l'UQAM, ceux de l’enseignant à l'Université de Sherbrooke Jean-François Létourneau, ou encore le programme de deuxième cycle en récits et médias autochtones de l’Université de Montréal, et finalement ce nouveau sentier sur le campus universitaire de Lennoxville.

Langues et littératures autochtones

Les langues autochtones devraient également occuper une place importante sur le Sentier de la parole de Lennoxville dans les prochaines années, selon Mme Mamias. Une initiative qui est largement soutenue par Louis-Karl Picard Sioui. Car bien qu’il n’y ait « pas encore de regain pour une littérature en langues autochtones », selon lui, il s’agit de continuer le travail de revalorisation des langues entrepris un peu partout dans la province.

« On assiste à l’érosion des langues au niveau des plus jeunes, affirme-t-il. Mais il y a aussi des efforts colossaux qui sont faits pour les préserver à travers la province », explique l'auteur qui travaille sur son quatrième recueil de poésie et a fait le choix de rédiger quelques poèmes en langue wendate.

« J’ai des poèmes en français, d'autres en wendat et pas de traduction, explique celui qui veut inciter ses lecteurs d'origine wendate à faire l’effort de lire dans leur langue. J'ai refusé la traduction. Mon principe de base, c’est de dire que si j'écris en français, personne ne lira mes textes en wendat. Avec tout le travail et l'énergie que j’ai mis pour composer en wendat, ce n’est pas vrai que je vais fournir une version française alors que les gens ne liront jamais en wendat. »

Il mentionne en outre que si seulement une dizaine de personnes dans le monde pourront lire ses poèmes, il prend ce pari que « dans 10 ans, il y en aura peut-être 20. Et quelques années plus tard, peut-être 100 ».

« Pour apprendre à lire dans sa langue, faut-il encore qu’il y ait quelque chose à lire... Et là, il y aura au moins 15 poèmes à lire », conclut-il en riant.

Vers le Sentier

Quelques-uns des poèmes du sentier, dont ceux Louis-Karl Picard Sioui, ont été dévoilés lors du lancement le 11 avril et lus par des étudiants de Champlain, de Bishop’s et des centres autochtones d’éducation aux adultes de Sept-Îles, Uashat mak Mani-utenam, Listiguj, Gesgapegiaq et Kahnawake lors d’un spectacle au Théâtre Centennial de Sherbrooke

Plusieurs artistes ont pris part à ces festivités, dont Moe Clark, Beatrice Deer, Jean Désy, Andrée Lévesque-Sioui, Alanis O’Bomsawin, Louis-Karl Picard-Sioui, Sylvain Rivard, Rodney Saint-Éloi, Richard Séguin, Christine Sioui-Wawanoloath, Jean Sioui, Florent Vollant.

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