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Les partis politiques trop mous devant la crise des opioïdes, selon des experts

Des pilules bleues dans un sac de plastique
Plus de 2200 Albertains sont morts d'une surdose liée aux opioïdes au cours des quatre dernières années. Photo: Radio-Canada / CBC News
Radio-Canada

Des spécialistes en toxicomanie déplorent qu'aucun parti politique ne propose de solutions à la hauteur du problème causé par la crise des opioïdes en Alberta.

Alors que personne ne faisait référence à cet enjeu dans les plateformes électorales en 2015, les quatre principaux partis qui se présentent cette année proposent désormais des solutions pour éradiquer le fléau causé par les opioïdes.

Mais ce n’est pas suffisant, selon Hakique Virani, un médecin qui forme ses confrères aux traitements de la dépendance aux opioïdes.

« Il faut qu’ils fassent preuve de plus d’audace », affirme-t-il. « La priorité est de mettre en place des interventions rapides qui soient proportionnelles à l’ampleur de crise. »

Les opioïdes causent la mort de deux personnes par jour dans la province. Plus de 2200 Albertains ont perdu la vie à cause de ces drogues au cours de quatre dernières années.

C’est le plus grave problème de santé publique de ma génération.

Hakique Virani, médecin

Une petite dose des propositions des partis

  • Le Nouveau Parti démocratique veut étendre l’accès au programme de traitements des dépendances et poursuivre en justice les fabricants d’opioïdes pour financer la lutte contre ces drogues.
  • Le Parti conservateur uni propose une approche plus punitive. Il entend demander à Ottawa de restaurer les peines minimales obligatoires pour les trafiquants et doter la province de plus de ressources pour combattre le commerce illégal de drogues. Le parti réétudiera l’efficacité des centres d'injection supervisée, mais s’engage à débloquer 100 millions de dollars sur quatre ans pour améliorer la prise en charge des personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale et élaborer une nouvelle stratégie pour s'attaquer aux dépendances.
  • Le Parti albertain promet lui aussi plus d’argent (68 millions de dollars) pour enrayer la crise des opioïdes. Il continuera de financer les centres d'injection supervisée existants et compte ajouter plus de lits dans les centres de soins tout en facilitant l’accès à des services de santé mentale.
  • Le Parti libéral de l’Alberta pense quant à lui décriminaliser toutes les drogues, si elles sont détenues en petite quantité. Il souhaite aussi augmenter le nombre de centres d'injection supervisée et améliorer les services offerts par les tribunaux spécialisés dans le traitement des toxicomanes.

Une goutte d’eau

Les centres d'injection supervisée ne devraient plus créer de débat, croit Hakique Virani. Il juge inacceptable qu’un parti puisse même penser à en entraver le développement.

Un homme bronzé aux cheveux noirs. Il a un stéréoscope autour du cou.Hakique Virani, spécialiste en toxicomanie. Photo : CBC

Le Dr Virani est aussi déçu du manque de mesures visant spécifiquement l’accès aux traitements dans les réserves autochtones et le système correctionnel.

« C’est logique que les politiciens essaient de gagner des points pendant leur campagne en faisant des promesses qui sont populaires », avance-t-il. « Mais en matière de santé publique, les solutions ne sont toujours les plus populaires. »

Dans une approche beaucoup plus radicale, il préconise de décriminaliser la possession de toutes les drogues.

Aux États-Unis, Michael Ashburn travaille sur le même problème à l’Université de Pennsylvanie. Son approche avant-gardiste se centre sur les médecins et la fréquence à laquelle ils prescrivent des antidouleurs à base d’opioïdes après les opérations chirurgicales.

Ensemble, ils réajustent les traitements proposés aux patients en essayant de gérer leur douleur différemment ou avec des doses moins élevées d’opioïdes.

Aujourd’hui, « moins d’opioïdes sont prescrits par les médecins [et] on commence à voir la courbe s’inverser », observe le Dr Ashburn, qui exerce dans un État où 4600 Pennsylvaniens sont morts d’une surdose entre août 2017 et août 2018.

Ces résultats n’auraient été possibles sans l’étroite collaboration des services de santé de l’État de Pennsylvanie qui a déployé des campagnes ciblées auprès des médecins, précise le chercheur.

Le prochain gouvernement albertain doit, selon lui, s'engager activement dans la lutte contre la crise des opioïdes.

« C’est un problème de santé publique à plusieurs facettes et qui est très complexe. Trouver une solution implique une mûre réflexion et beaucoup de travail », reconnaît le Dr Ashburn.

Il faudra, d’après lui, des années à la province pour inverser la tendance.

Alberta

Crise des opioïdes