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Un Autochtone jugé suspect à son retour de vacances parce qu’il voyageait seul

Tim Hogan en entrevue télé chez lui.

Tim Hogan a été détenu pendant cinq heures par des douaniers qui le soupçonnaient de ramener de la drogue de son voyage.

Photo : CBC/Mariw Jose Burgos

Radio-Canada

Un artiste autochtone de Fredericton, Tim Hogan, a eu un très mauvais accueil à son retour de vacances en solitaire en République dominicaine, le 6 mars dernier. Son passage aux douanes s'est transformé en interrogatoire et en fouilles qui se sont étirées sur cinq heures.

M. Hogan croit qu’il a été ciblé parce qu’il est autochtone.

Les agents des services frontaliers qui l’ont détenu et longuement questionné, toutefois, lui auraient expliqué avoir de bonnes raisons de croire qu’il ramenait de la drogue de son voyage en République dominicaine.

Leurs soupçons étaient fondés, selon lui, sur le fait qu’il était un artiste, qu’il avait acheté un billet à la dernière minute et qu’il voyageait seul en première classe.

Ils ont lu dans mon dossier [que j’étais un artiste] et pour eux, ç’a éveillé des soupçons parce qu’ils jugent impossible que des artistes aient les moyens de se payer des vacances, dit-il.

L’Agence des services frontaliers du Canada a refusé de donner une entrevue à ce sujet.

Une fouille « humiliante »

Tim Hogan explique qu’il avait décidé de partir seul en voyage parce qu’un ami s’était désisté à la dernière minute. Il avait décidé de profiter du fait que son fils de 15 ans, dont il a la garde, passait le congé de mars avec sa mère et ses soeurs pour s’offrir des vacances au soleil.

À l’aéroport, des agents l’ont emmené dans une petite pièce où ils lui ont demandé de se dévêtir. Lorsque ce fut fait, il a demandé d’aller aux toilettes, mais a essuyé un refus.

Lorsqu’il a insisté, en disant qu’il risquait d’uriner sur place, un agent l’a accompagné aux toilettes et est resté à ses côtés jusqu’à ce soit fini. Il lui a interdit de tirer la chasse d’eau et de se laver les mains. Selon M. Hogan, il voulait s’assurer qu’il ne profite pas de l’occasion pour faire disparaître des preuves.

Je me suis senti comme un animal. Ils m’ont maltraité sans aucune raison!

Tim Hogan
Tim Hogan regarde une de ses oeuvres.

Tim Hogan crée des oeuvres avec des éléments qu'il trouvent dans la nature, comme de l'écorce de bouleau et des piquants de porc-épic

Photo : CBC/Maria Jose Burgos

La suite de la fouille à l'hôpital

Après cet épisode, les agents lui ont donné un choix : rester à l'aéroport jusqu’à ce qu’il soit allé à la selle trois fois - ce qui aurait pu prendre 24 heures - ou les accompagner à l’hôpital pour une radiographie de ses intestins, pour s’assurer qu’ils ne contenaient pas de sachets de drogues.

Il a demandé à consulter un avocat et on lui a donné le numéro de l’aide juridique. L’avocate au bout du fil lui a dit que les agents avaient le pouvoir de lui imposer tous les contrôles qu’ils jugeaient nécessaires.

Il a donc choisi de les accompagner à l’hôpital de Fredericton, où les radiographies n’ont décelé aucune trace de drogues dans son système.

Tim Hogan dit s’être senti humilié par cette expérience. À l’hôpital, il a vu des gens qu’ils connaissaient et qui auraient pu penser qu’il était un criminel, encadré comme il l’était.

C’était très gênant pour moi. La réputation d’un artiste, c’est un peu son fonds de commerce. Les gens qui l’ont vu avec des agents, craint-il, ont dû sauter aux conclusions.

En attendant les radiographies, il a demandé aux douaniers s’ils avaient déjà accompagné un voyageur à l’hôpital pour un examen et ils ont répondu par la négative.

Après la radiographie qui a permis de le disculper, les agents ont reconduit M. Hogan à l’aéroport pour qu’il puisse récupérer ses bagages, plus de cinq heures après l’atterrissage de son avion. Ses parents étaient venus le chercher à l’heure d’arrivée de son vol, mais étaient déjà repartis, de sorte qu’il a dû prendre un taxi pour retourner chez lui.

Les vastes pouvoirs de l'Agence des services frontaliers

L’expérience vécue par M. Hogan à l’aéroport de Fredericton n’est pas unique, selon Chantal Desloges, avocate spécialisée en immigration à Toronto. Elle dit avoir exercé, avec des collègues, des pressions pour la création d’un organe de surveillance de l’Agence des services frontaliers.

Ils ont tellement de pouvoir, déplore-t-elle. Ils peuvent détenir des gens et parce que les gens ont peu de droits lorsqu’ils arrivent à la frontière, ils ne peuvent s’y opposer.

Chantal Desloges, avocate spécialisée en immigration
Chantal Desloges, une avocate spécialisée en immigration, en entrevue sur un plateau de télévision.

Chantal Desloges, une avocate spécialisée en immigration, déplore que l'Agence des services frontaliers ait autant de pouvoirs.

Photo : CBC

Une avocate spécialisée en commerce international, Cyndee Todgham-Cherniak, est du même avis. La loi sur les douanes permet à l’Agence des services frontaliers du Canada de détenir des gens. Vous n’avez pas de droits constitutionnels à la frontière qui vous protègent contre une fouille à nu, par exemple, ou contre une fouille avec des rayons X.

Elle croit toutefois que le fait que M. Hogan est un artiste ou qu’il voyageait en classe affaires n’étaient pas des raisons suffisantes pour justifier la fouille en règle qu’on lui a fait subir.

Un organe de surveillance à venir

Dans son dernier budget, le gouvernement Trudeau a prévu 24,42 millions de dollars sur 5 ans pour élargir le mandat de la Commission civile d’examen et de traitement des plaintes relatives à la GRC pour qu’il englobe les plaintes à l’endroit de douaniers.

Il faudra d’abord que deux lois soient modifiées. Le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, a bon espoir d’y arriver avant les élections de l’automne.

L’annonce du fédéral faisait suite à une série de plaintes contre des douaniers. C’est l’Agence des services frontaliers elle-même qui a enquêté sur ces plaintes contre ses agents. On ne sait toutefois pas quel a été le résultat de ces enquêtes.

Des données obtenues par CBC indiquent que l’Agence a enquêté sur 1200 plaintes de janvier 2016 jusqu’au milieu de 2018. Les informations obtenues ne permettent pas de savoir, cependant, combien de plaintes ont été jugées fondées ni quelles mesures l’Agence a prises pour corriger les problèmes récurrents.

Tim Hogan a contacté les bureaux de l’Agence des services frontaliers à Fredericton deux jours après sa mésaventure pour chercher à comprendre pourquoi il avait été ciblé. On lui a suggéré de déposer une plainte, tout en lui disant qu’elle ne mènerait sans doute à rien.

Ils m’ont dit que ça ne donnerait pas grand-chose parce qu’ils ont le pouvoir d’agir comme ils l’ont fait.

D’après les informations de Maria Jose Burgos, CBC

Nouveau-Brunswick

Autochtones