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Ottawa rétrocède les dernières terres expropriées de l'aéroport de Mirabel

Des pelles mécaniques s'attaquent à la structure de l'ex-aéroport Mirabel.
L'aéroport de Mirabel a été entièrement détruit en 2014. Photo: Radio-Canada / Francis Labbé
Radio-Canada

Un demi-siècle après avoir saisi près de 100 000 acres de terres à Mirabel pour y construire un aéroport international, Ottawa met un terme à la saga des expropriations en rétrocédant les derniers terrains de l'ancienne réserve aéroportuaire à leurs propriétaires d'origine.

Dans une annonce très attendue, lundi à Mirabel, le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, a confirmé que son gouvernement allait revendre « les derniers terrains inutilisés de l’aéroport de Mirabel aux personnes qui étaient propriétaires de ces terres juste avant l’expropriation de 1969 ».

Environ 748 acres de terres saisies à l’époque sont toujours la propriété d’Ottawa. Il s'agit des dernières terres situées à l'extérieur du périmètre de l'aéroport qui n'avaient pas encore été offertes aux expropriés et à leur succession.

Quant aux terrains inutilisés qui se trouvent à l'intérieur du périmètre clôturé de l'aéroport, le ministre Garneau a également annoncé la tenue de consultations publiques pour décider du sort qui leur sera réservé. Ce secteur est actuellement désigné zone agricole, mais le gouvernement fédéral est disposé à discuter de leur usage potentiel, a-t-il fait savoir.

La Municipalité de Mirabel lorgne depuis fort longtemps ces terres excédentaires pour son propre développement industriel. Le ministre Garneau a cependant pris soin de préciser que les peuples autochtones, en l'occurrence les Mohawks de Kanesatake, devront aussi être consultés.

Le ministre Marc Garneau s'adresse aux journalistes.Le ministre des Transports du Canada, Marc Garneau, confirme que les dernières parcelles de terres expropriées dans la région de Mirabel seront rétrocédées à leurs propriétaires d'origine ou à leur succession. Photo : Radio-Canada

Soulignant que ces terres, avant d'être prises à des agriculteurs blancs, avaient auparavant été enlevées à son peuple, le grand chef de la communauté mohawk de Kanesatake, Serge Simon, a souligné avec émotion lundi que c'était la première fois que sa communauté était consultée dans un tel processus de rétrocession de terres.

« Le ministre Garneau est le premier qui nous a donné le minimum de considération. Tous les autres nous ont ignorés pendant 150 ans tandis que tout le monde prenait nos terres », a rappelé M. Simon. Celui-ci s'est dit tout à fait disposé à poursuivre des projets de développement avec la Ville de Mirabel dans la mesure où ils ne bénéficieront pas qu'à une seule des deux communautés et qu'ils pourront contribuer à une réconciliation honnête et durable.

Les expropriés émus

Plus de 3000 familles de Mirabel et des environs avaient dû quitter leur demeure à la fin des années 1970 ou céder une partie de leurs terres au gouvernement fédéral lors de cet épisode qui a suscité une profonde rancœur auprès des habitants de cette région des Basses-Laurentides.

Un demi-siècle après que les familles ont été privées de leurs biens, cette annonce vient refermer un douloureux et long chapitre pour celles d'entre elles qui n'avaient toujours pas récupéré toutes leurs terres sur lesquelles se trouvaient essentiellement des érablières. Les applaudissements nourris dans la salle en témoignaient d'ailleurs lorsque le ministre Garneau annoncé que son gouvernement mettait « un point final » à ce dossier.

« Je suis convaincu que ce gouvernement veut régler le dossier une fois pour toutes », a déclaré le président de la section locale de l'Union des producteurs agricoles, Marcel Denis, lui-même fils d'expropriés. Un comité sera formé pour voir comment procéder à la répartition des terres, a-t-il indiqué.

Porte-parole historique des expropriés de Mirabel, Rita Lafond a pour sa part demandé des excuses officielles de la part du gouvernement, indiquant qu'elle n'avait rien oublié de « cette expropriation abusive ». « Et je peux témoigner des souffrances, des grandes souffrances, que plusieurs expropriés ont eu à vivre. »

Avant de fermer la page, est-ce que ce serait possible qu'il y ait des excuses de la part du gouvernement fédéral pour ce véritable tsunami qu'on nous a imposé il y a 50 ans?

Rita Lafond, porte-parole historique des expropriés de Mirabel

Sans offrir d'excuses officielles, le ministre Garneau a admis que le gouvernement fédéral avait « commis une grosse erreur il y a 50 ans ». « On a appris des leçons difficiles, et je m'excuse que vous ayez été les victimes de ça », a-t-il simplement dit.

D'éventuelles excuses officielles ne manqueraient pas de susciter de l'intérêt, puisque celles-ci devraient venir du premier ministre Justin Trudeau, alors que les expropriations de Mirabel et le projet d'aéroport qui devait au bout du compte se révéler un échec monumental sont un héritage de son père, Pierre Elliott Trudeau.

Histoire d'un éléphant blanc

Désireux de faire du nouvel aéroport qu’il projetait construire à Mirabel un pôle pour le transport aérien international et national dans la région de Montréal, le gouvernement de Trudeau père avait exproprié environ 97 000 acres de terres agricoles en 1969 en prévision des projets immobiliers et des infrastructures qui devaient se greffer, croyait-il, au nouvel aéroport.

Mais le projet fut un échec cuisant dans les années qui ont suivi, au point où l’aérogare fut démolie en 2014 au profit de l’aéroport de Dorval, où tous les vols internationaux et régionaux sont aujourd’hui concentrés.

Depuis, quelque 80 000 acres de terrains avaient été rétrocédés dans les années 1980 et 11 000 acres de plus dans les années 2000.

Un grue munie d'un marteau-piqueur détruit un mur de béton.La destruction de l'aérogare a été entamée en 2014, 10 ans après que l'aéroport de Mirabel eut reçu son dernier passager. Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

En dépit de l'échec de l'aéroport de Mirabel, la présence d'infrastructures aéroportuaires a attiré dans la région de nombreuses entreprises qui oeuvrent dans le domaine de l'aviation, dont le constructeur canadien Bombardier ou l'usine de Bell Hélicoptère Textron, pour ne nommer que celles-là.

Avec les informations de La Presse canadienne

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