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Un site nauséabond au coeur de Pierrefonds

Le reportage de Claire Frémont
Claire Frémont

Depuis une vingtaine d'années, des résidents de Pierrefonds, à Montréal, se plaignent des odeurs d'œufs pourris provenant d'un site d'enfouissement de matériaux de construction situé en plein cœur de leur quartier. Le site est fermé, les propriétaires ont les solutions pour enrayer les odeurs nauséabondes, mais le permis du ministère de l'Environnement se fait attendre depuis plus d'un an.

La décomposition du bois et du gypse avec de l’eau produit du sulfure d’hydrogène (H2S), un biogaz reconnu pour sa forte odeur qui rappelle les oeufs pourris.

Déjà au début des années 2000, des citoyens demandaient la fermeture de ce site grand comme 17 terrains de football.

Encore aujourd’hui, une cinquantaine de résidents nous ont fait part de leurs doléances, et elles sont nombreuses.

« Il y a des fois, on voulait juste louer une chambre d’hôtel, juste quitter la maison », explique Frank, un résident du quartier.

« Des fois j’ai vraiment mal au coeur et j’ai honte d’inviter des amis », ajoute une autre résidente.

Vue aérienne d'un site d'enfouissement sous la neige et bordé d'arbres sans feuilles.Le site d'enfouissement se situe en plein cœur de Pierrefonds, à l'ouest de l'île de Montréal. Photo : Radio-Canada

Projet contesté dès le début

L’ancienne carrière Meloche a été transformée en site d’enfouissement de matériaux secs à la fin des années 1990.

Or, ce site n’aurait jamais dû voir le jour, selon Mario Laquerre, un spécialiste de la gestion des matières résiduelles.

« On était contre et on n’était pas les seuls. Il y avait une immense coalition qui s’est formée contre ce projet-là pour plein de raisons [dont] la localisation », raconte M. Laquerre, ex-directeur de Recyc-Québec, et qui était auparavant président du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets.

Un homme portant des lunettes regarde une journaliste lors d'une entrevue devant une fenêtre donnant sur le centre-ville de Montréal.Mario Laquerre, ancien président du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets, a travaillé pendant plus de 20 ans pour Recyc-Québec. Photo : Radio-Canada

C’est à ce titre qu’il a participé en 1997 aux audiences du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) sur la possible création d’un site d’enfouissement sur les lieux de l’ancienne carrière Meloche.

La raison principale qui motivait le refus du projet était que l’on savait déjà à la fin des années 1990 que l’enfouissement des déchets n’était plus la solution à priser. « C’était une vieille technologie et on voulait aller vers l’avenir et l’avenir nous dictait de récupérer », explique Mario Laquerre.

D’ailleurs, les conclusions du BAPE sont alors sans équivoque : « La commission chargée d’étudier ce projet recommande d’en refuser l’autorisation ».

Pas de risques pour la santé

De plus, l’année suivante, le gouvernement péquiste met en branle une nouvelle politique qui mise sur la récupération plutôt que sur l’enfouissement des déchets.

Pourtant, en 1999, le projet du site d’enfouissement de Pierrefonds est autorisé. Une décision qui paraît contradictoire avec les idées de l’époque, mais qui s’explique légalement parce que l’entreprise avait déposé son projet avant les nouvelles règles. Le site va donc de l’avant.

Au-delà des odeurs dont se plaignent les résidents, ceux-ci s’inquiètent aussi pour leur santé.

L'entreprise Matrec, propriétaire du site, mesure les niveaux de biogaz des lieux chaque année, mais ni la compagnie, ni le ministère de l’Environnement, ni la Ville de Montréal n’a voulu nous montrer les résultats.

Par contre, la direction de la Santé publique de Montréal, alertée par un citoyen, a effectué des tests dans une maison du secteur. « Avec les informations qu’on a en ce moment et l’historique du site, il n’y a rien qui nous indique qu’il y a des niveaux qui auraient des impacts immédiats ou graves sur la santé des gens », explique le docteur David Kaiser de la direction de la Santé publique de Montréal.

Une bonne nouvelle pour les gens du coin. Et le vice-président de Matrec, Daniel Brien, a une autre bonne nouvelle : l’entreprise a fermé le site et la compagnie est maintenant prête à faire des travaux pour remédier aux problèmes des odeurs dérangeantes.

La solution est d’implanter 35 nouveaux puits et une deuxième torchère pour brûler les gaz à haute température.

« Ça va faire un énorme changement. Ça va être le jour et la nuit pour les citoyens », indique M. Brien.

Un homme portant un manteau d'hiver regarde une journaliste lors d'une entrevue à l'extérieur.Daniel Brien, vice-président de Matrec Photo : Radio-Canada

En attente du permis

Matrec espère faire ces travaux cet été, puis sceller le site et le recouvrir de gazon à l’été 2020.

La Ville de Montréal a autorisé ces travaux, mais Matrec ne peut pas commencer sans l’obtention d’un permis du ministère de l’Environnement demandé il y a près d’un an.

« C’est sûr que c’est un peu long, j’aimerais que ça aille plus rapidement. J’espère que le ministère de l’Environnement pourra donner son aval assez rapidement », explique Jean-François Parenteau, membre du comité exécutif de la ville de Montréal responsable de l’environnement.

Le ministère de l’Environnement a refusé de nous accorder une entrevue. Par courriel on ne nous donne aucune date quant à l’émission du permis.

« La demande d’autorisation pour le système de gestion du biogaz est en cours d’analyse », indique Frédéric Fournier, porte-parole du ministère.

Ce permis qui tarde à venir sera le début d’un nouvel environnement sans odeurs nauséabondes pour les résidents de Pierrefonds, qui pourront alors respirer en paix.

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