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Pénurie d'enseignants « dramatique » à la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys

Une classe dans une école primaire.
Le ministère de l'Éducation doit agir prestement, d'après Mme Lamarche-Viens. Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

La Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys (CSMB) presse le ministère de l'Éducation du Québec d'adopter diverses mesures pour s'attaquer à la pénurie d'enseignants qui sévit dans ses écoles et qui atteint des proportions « dramatiques », selon sa présidente, Diane Lamarche-Venne.

Faisant face à une forte hausse de sa clientèle, la deuxième commission scolaire en importance du Québec estime qu’il lui manquera environ 300 enseignants dans ses écoles de l'ouest de Montréal dès la prochaine rentrée scolaire, précise-t-elle dans une entrevue accordée lundi matin à ICI RDI.

Dans un document dressant un portrait de la situation que le Conseil des commissaires a adopté la semaine dernière – et que Radio-Canada a obtenu –, la CSMB précise qu'il lui faudra 200 enseignants de plus par année uniquement pour répondre à la croissance naturelle de sa clientèle.

Et c'est sans compter « les nouvelles mesures ministérielles », « l’ajout potentiel des classes de maternelle 4 ans », l'attribution « des postes laissés vacants en raison de tout type de congé en cours d’année » et « les besoins en suppléance », écrit-elle.

Au total, la CSMB estime qu'elle aura besoin de 1500 enseignants de plus d'ici cinq ans.

« Parler de pénurie d'enseignantes et d'enseignants à la CSMB relève de l'euphémisme », indique le document qui est assorti d'un plan d'action offrant différentes pistes de solution, dont certaines nécessitent une intervention du ministère de l'Éducation.

La CSMB propose notamment au ministère d'autoriser et de financer un nouveau programme de certificat universitaire de 30 crédits qu'elle a développé en partenariat avec l’Université TÉLUQ pour régulariser la situation de professionnels qui enseignent actuellement dans ses écoles.

Ces enseignants – dits « non légalement qualifiés » (NLQ) – sont des professionnels ayant un baccalauréat dans une discipline enseignée dans les écoles, mais ne détenant pas de brevet d’enseignement. La CSMB en compte 125 dans ses rangs, alors qu'elle n'en avait aucun il y a tout juste trois ans.

Selon la CSMB, ce programme de formation de 10 cours pourrait s'échelonner sur deux ans.

C’est un plan qu’on a à déployer si le ministère est prêt à nous aider bien sûr, parce qu’on doit quand même se conformer aux règles. Mais c’est l’idée qu’on a eue de nous-mêmes prendre en charge la qualification des enseignants qu’on appelle les NLQ.

Diane Lamarche-Venne, présidente de la CSMB

À l'heure actuelle, les professionnels qui ont un baccalauréat disciplinaire (français, mathématiques, histoire, sciences et technologies, etc.) ont la possibilité de s'inscrire à une maîtrise qualifiante en enseignement. Comme ce programme doit être suivi à temps partiel, un professionnel peut toutefois être contraint d'attendre six ans pour obtenir son brevet.

Ce cheminement n'est par ailleurs accessible qu'à ceux et celles qui souhaitent enseigner au secondaire. La CSMB dit toutefois travailler de concert avec l'Université du Québec à Montréal (UQAM) et l'Université de Montréal pour qu'il soit étendu à l'enseignement préscolaire et primaire ainsi qu'à l'adaptation scolaire.

En simplifiant les processus de qualification légale sans pour autant compromettre la qualité de l’enseignement, cela permettrait de pourvoir davantage de postes. Il va sans dire que, pour y arriver, l’engagement de tous les partenaires de la CSMB s’impose.

Extrait du document « Pénurie d'enseignants et enseignantes : état de situation et plan d'action »

Immigration, densification et ratios en baisse

Selon Diane Lamarche-Venne, la forte augmentation de la clientèle dans les écoles de la CMSB – qui dessert 7 arrondissements et 13 municipalités de l’ouest de l’île de Montréal – s’explique par une multitude de facteurs.

Outre l’immigration et la densification du territoire montréalais, elle évoque « les diminutions des ratios » élèves/enseignant dans certaines classes, notamment en milieu défavorisé ou au préscolaire.

Dans le document adopté par le Conseil des commissaires la semaine dernière, la CSMB indique qu'elle accueille maintenant 49 000 élèves dans ses écoles primaires et secondaires, soit 8000 de plus qu'il y a six ans. Il s'agit d'une « augmentation équivalente à 15 écoles primaires », souligne-t-elle.

« De toute évidence, le nombre de finissants ne suffira pas à combler le nombre d'enseignants requis », constate la CSMB.

À titre d'exemple, les 205 bacheliers en enseignement primaire et secondaire diplômés de l'UQAM chaque année ne suffiraient même pas à répondre aux seuls besoins de la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys.

« Il devient donc essentiel de diversifier les voies d'accès à la profession, tout en la valorisant », soutient-elle, avant de rappeler que le recours à du personnel non légalement qualifié, surtout appelé à faire de la suppléance, « affecte la qualité de l'enseignement ».

Élargir le recrutement

Outre les propositions présentées au ministère, la CSMB indique qu'elle cherche à recruter des enseignants dans les autres provinces canadiennes, voire dans d'autres pays, comme en France ou en Belgique.

Les initiatives proposées [...] ont certes un coût [...] mais ce coût n’est-il pas négligeable quand on anticipe ceux associés à un laxisme en matière d’éducation? Une avenue que la CSMB refuse d’emprunter.

Extrait du document « Pénurie d'enseignants et enseignantes : état de situation et plan d'action »

Bien au fait de la pénurie d'enseignants dans les écoles du Québec, le ministre québécois de l'Éducation, Jean-François Roberge, fait souvent valoir qu'il aimerait convaincre des enseignants qui ont délaissé la profession de revenir sur leur décision.

Dans un courriel à Radio-Canada.ca, le ministre a fait savoir qu'il discutera avec la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys des propositions qu’elle soumet. Il a également souligné que les demandes d’admission en enseignement sont en forte hausse dans les universités, tout en convenant qu'« il reste beaucoup de travail à faire ».

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