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Laïcité : élus et citoyens manifestent contre le projet de loi 21 à Montréal

Le reportage de Mélissa François
Radio-Canada

Des politiciens fédéraux, provinciaux et municipaux ont manifesté dimanche en compagnie de leaders communautaires et de citoyens pour dénoncer le projet de loi sur la laïcité, lors de deux manifestations tenues sur l'île de Montréal.

Une première manifestation d'opposants au projet de loi 21 sur la laïcité de l'État s'est déroulée jusqu'à 13 h devant le centre communautaire Bernard-Lang, à Côte-Saint-Luc, dans l'ouest de Montréal.

Les participants y ont dénoncé la mesure législative du gouvernement caquiste, la qualifiant de discriminatoire et d'inconstitutionnelle. Le rassemblement visait à envoyer un message en faveur de la liberté religieuse.

Parmi les personnes qui y ont pris part, on retrouvait des citoyens et des élus montréalais, mais aussi des employés de la Commission scolaire English-Montréal et d’organismes communautaires.

En plus de maires de différents arrondissements et de conseillers municipaux, le chef de l’opposition officielle à la Ville de Montréal, Lionel Perez, était présent.

Je pense que c’est important d’envoyer un message haut et fort au gouvernement du Québec que cette loi n’est pas nécessaire qu’il y a une partie de la population, notamment à Montréal, qui ne se voit pas dans cette loi, qui ne voit pas les valeurs québécoises. On espère que le gouvernement va réagir et modifier, ou carrément retirer la loi.

Lionel Perez, chef de l’opposition officielle à la Ville de Montréal

Le maire de Côte-Saint-Luc, Mitchell Brownstein, a aussi participé à l'événement. « On espère que cette loi ne va pas passer. Comme la Charte des valeurs en 2013, parce que ce n’est pas bon pour le Québec. Ce n’est pas bon de ne pas pouvoir avoir des policiers, des enseignants qui veulent contribuer à la vie québécoise et qui sont ici depuis longtemps », a-t-il affirmé.

Des interrogations

Le député libéral de la circonscription fédérale de Mont-Royal, Anthony Housefather, s’est aussi posé des questions en public sur les conséquences potentielles de la loi.

Comment je peux expliquer à mon ami pourquoi il peut porter un turban et être policier dans la GRC, mais n’a pas les mêmes droits dans la Sûreté du Québec?

Le député Anthony Housefather

Il a également dénoncé la décision du premier ministre du Québec, François Legault, d'invoquer la disposition de dérogation pour bloquer toute contestation judiciaire potentielle, affirmant que la population devrait au moins avoir le droit de savoir si un projet de loi est constitutionnel. Selon lui, non seulement la disposition de dérogation ne doit pas être utilisée du tout, on ne doit pas l'invoquer non plus de façon préventive.

« Si un gouvernement veut faire subir le test des tribunaux à une loi, il doit aller jusqu'au bout pour savoir si elle est inconstitutionnelle. Une fois qu'on a déterminé son inconstitutionnalité au vu et au su de la population, il peut utiliser le dispositif de dérogation. Cela sera sa prérogative et il aura un prix politique à payer », a-t-il souligné.

Autre manifestant de marque : le député libéral de la circonscription de D'Arcy-McGee, Davie Birnbaum. Selon lui, le projet de loi 21 va à l'encontre de la véritable neutralité religieuse et est inéquitable pour tous les citoyens.

« L'idée d'un État neutre est très nette, a-t-il soutenu. Si je peux porter ma kippa, si on peut porter son hijab, si on peut porter une coupe mohawk avec cinq anneaux dans le nez, l'État doit être aveugle. Le droit d'exercer sa religion de toutes les façons est sacré. »

Le maire de Hampstead, William Steinberg, qui a alimenté la controverse ces derniers jours pour avoir qualifié le projet de loi 21 de « nettoyage ethnique », s’est pour sa part abstenu d'assister au rassemblement.

Une deuxième manifestation

Des femmes brandissent une banderole contre la loi 21 à la place Émilie-Gamelin.Des femmes brandissent une banderole contre la loi 21 à la place Émilie-Gamelin. Photo : Radio-Canada / Mélissa François

Une seconde manifestation contre le projet de loi, celle-là organisée par différents groupes religieux, a été tenue en après-midi au parc Émilie-Gamelin, dans l’arrondissement de Ville-Marie.

Une centaine de citoyens y étaient, dont le professeur Charles Taylor, ancien coprésident de la Commission sur les pratiques d’accommodement.

« Il faut la solidarité. Le gouvernement dit souvent que c’est une loi modérée, mais ce n’est pas le langage des droits humains », a-t-il déclaré.

Les propos de l'imam Hassan Guillet, lui aussi sur la place Émilie-Gamelin, ont fait écho à ceux du professeur.

« C’est un projet qui est en contraste avec nos valeurs québécoises, inscrites dans la charte des droits et libertés, la charte québécoise », a-t-il affirmé.

Legault favorable au débat

En mêlée de presse en marge des célébrations du 75e anniversaire d'Hydro-Québec, le premier ministre François Legault a dit être favorable à la poursuite du débat dans la mesure où il demeure respectueux.

Il s'attend à ce que le débat public se poursuive durant encore plusieurs semaines, mais rappelle que la discussion sur la laïcité est déjà entamée depuis 12 ans au Québec.

« Que l'on continue le débat, je pense que la position qu'on a défendue est déjà une position de compromis, a déclaré M. Legault. Est-ce qu'il peut y avoir d'autres modifications, d'autres suggestions? Ce n'est pas impossible, mais je pense que sur le fond, il y a une grande majorité de Québécois qui souhaite qu'on interdise les signes religieux pour le personnel de l'État qui est en situation d'autorité. »

En ce qui concerne les enseignants de niveaux primaire et secondaire, le premier ministre insiste sur l'importance de penser aux enfants d'abord.

« Quand on regarde une enfant de cinq, six, sept ans, c'est clair que l'enseignante ou l'enseignant est en position d'autorité. Il faut penser à l'enfant et il ne faut pas oublier qu'on donne un droit acquis, donc les enseignants actuels ne perdront pas leur emploi », a-t-il répété.

Le projet de loi 21, en résumé

Le projet de loi 21 sur la laïcité de l’État prévoit que toutes les institutions parlementaires, gouvernementales et judiciaires doivent respecter les principes de la séparation de l’État et des religions, de la neutralité religieuse de l’État, de l’égalité de tous les citoyens et des libertés de conscience et de religion.

Il prévoit l’interdiction du port de signes religieux chez les employés de l’État en position de coercition (juges, policiers, procureurs, gardiens de prison) et d’autres employés de l’État, essentiellement les enseignants des écoles primaires et secondaires du réseau public et les directeurs d’école.

Le projet de loi 21 est assorti d’une clause protégeant les droits acquis des employés touchés qui portent déjà un signe religieux, à condition qu’ils conservent la même fonction dans une même organisation. Il y en aurait « probablement quelques centaines », selon le ministre responsable, Simon Jolin-Barrette.

Il comprend aussi des dispositions de dérogation pour soustraire la loi à des articles des chartes canadienne et québécoise des droits et libertés. La Charte québécoise sera en outre modifiée afin qu’elle stipule « que les libertés et droits fondamentaux doivent s’exercer dans le respect de la laïcité de l’État ».

Le projet de loi prévoit également que tous les services gouvernementaux devront être offerts à visage découvert. Ils devront aussi être reçus à visage découvert lorsque cela est nécessaire à des fins d’identification ou pour des motifs de sécurité.

Aucun accommodement raisonnable ne pourra être demandé pour contourner cette obligation, est-il précisé.

Il n’inclut aucune sanction pénale ou monétaire pour les contrevenants.

Avec les informations de Mélissa François

Avec les informations de La Presse canadienne

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