•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Les femmes sikhes veulent être enfin prises au sérieux en politique

L'activiste néo-démocrate Nav Kaur, à gauche, dans une salle de l'Université de l'Alberta, à Edmonton.

« On ne me prenait pas au sérieux », se rappelle l'activiste néo-démocrate Nav Kaur au sujet des élections municipales de 2016, à Edmonton.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Axel Tardieu

Dans le cadre du mois célébrant la culture sikhe, un colloque s'est tenu samedi à l'Université de l'Alberta sur la place des femmes sikhes dans le paysage politique. L'éducation et le temps semblent leurs meilleurs alliés.

Les hommes sikhs ont pris une place importante dans la politique canadienne aujourd’hui. Le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD) fédéral, Jagmeet Singh, le ministre de la Défense, Harjit Singh Sajjan, ou encore le ministre Développement économique, Navdeep Singh Bains… Justin Trudeau n’hésite pas à afficher une de ses devises phares : « La diversité est la force du Canada ».

Néanmoins, il est beaucoup plus rare de voir des femmes sikhes en politique. Les deux seuls noms qui font exception sont Ruby Dhalla et Nina Grewal qui ont été les premières à être élues à la Chambre des communes.

« Ne devrais-tu pas être mariée ? »

L’activiste néo-démocrate Nav Kaur a dû faire face à de nombreux défis lorsqu’elle s’est lancée dans la campagne des élections municipales d’Edmonton, en 2016.

Dans Mill Woods, un quartier du sud-est de la ville qu’elle connait bien puisqu’elle y a grandi, les 2000 portes auxquelles Nav Kaur a frappé n’étaient pas des plus accueillantes.

« Les gens, la plupart du temps des hommes, me posaient plein de questions : Pourquoi fais-tu ça? Ne devrais-tu pas être mariée? Qui est ton père? »… des questions qui n’auraient pas été posées à un candidat masculin », déplore-t-elle.

« C’est fatigant, parce qu’on remet en permanence ta légitimité à faire de la politique, dit-elle. C’est encore choquant, dans notre communauté de nos jours, qu’une femme veuille faire de la politique ».

Des femmes et hommes sikhs assis à des tables dans une salle de l'Université de l'Alberta, à Edmonton, le samedi 13 avril.

Les femmes sikhes rencontrent encore des difficultés à faire entendre leurs voix en politique.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Au lieu de s’intéresser à son programme et les valeurs qu’elle défend, son choix de vie était remis en question. « On ne me prenait pas au sérieux », admet Nav Kaur. Une réalité que l’organisme World Sikh Organization du Canada veut combattre.

Un combat pour les prochaines générations

Harnoor Kochar, étudiante en sciences politiques de 19 ans et organisatrice de l’évènement, espère également voir les mentalités changer dans la communauté sikhe, et dans la société en général.

« Il y a encore l’idée que la politique est une discipline pour les hommes, mais il faut rejeter cette idée et faire comprendre aux gens que les femmes sikhes sont légitimes, que leurs points de vue doivent être pris en compte », affirme Harnoor Kochar.

Cela doit être un combat qui se poursuit de génération en génération pour que, dans le futur, les femmes ressentent qu’elles peuvent faire ce qu’elles veulent

Harnoor Kochar, étudiante et organisatrice de l'évènement

Il n’est pas rare de voir des femmes sikhes, qualifiées et éduquées, être docteures ou avocates, mais être politisées « c’est plus compliqué », jure Nav Kaur, impliquée dans sa communauté depuis 10 ans : « Il faut créer des modèles pour pousser d’autres à s’engager en politique, mais il faut également que les femmes soient plus solidaires entre elles. »

« Il y a de la place pour tout le monde »

Sur la poignée d’hommes présents dans la salle de la table ronde samedi figurait Khushwant Singh Hoonjan. Cet étudiant soutient qu’il faut plus de femmes sikhes en politique et que l’inégalité de sexe n’est pas ancrée dans sa culture.

Khushwant Singh Hoonjan, à gauche, est assis à côté d'une femme dans une classe de l'Université de l'Alberta, à Edmonton.

Khushwant Singh Hoonjan, à gauche, rappelle que selon les écritures sacrées du Sikhisme hommes et femmes sont égaux.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

« Si l’on relit les dires des célèbres gourous du Sikhisme, datant d’il ya des siècles, notre foie rejette les inégalités, mais effectivement la réalité est toute autre », affirme-t-il.

« Les femmes ne doivent pas avoir peur de prendre du pouvoir ou de l’espace de parole, car il y a de la place pour tout le monde ».

Alberta

Politique