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Élections Alberta 2019 : une campagne pas comme les autres

Un drapeau flotte devant le dôme de l'assemblée albertaine.

L'Assemblée législative de l'Alberta

Photo : Radio-Canada / Laurent Pirot

Radio-Canada

Analyse de Frédéric Boily

La campagne électorale, qui vit ses derniers moments, a été l'une des plus mouvementées depuis le début des années 2000. Les accusations ont été nombreuses, notamment contre les candidats du Parti conservateur uni et leurs déclarations ont été controversées. En réalité, personne n'y a échappé. Le tout a donné à la campagne une dimension négative, ce qui rappelle ce qui passe au sud de la frontière canadienne.

Les sondages étant favorables à Jason Kenney, le chef du Parti conservateur uni (PCU), la grande question est de savoir si les néo-démocrates peuvent renverser la tendance.

Pour y arriver, Rachel Notley, la chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), aurait dû changer la nature du débat électoral. Pour cela, elle aurait dû imposer des questions de nature sociale et placer la protection des services publics parmi les thèmes centraux.

Les néo-démocrates ont promis d’importants investissements pour augmenter le nombre de places en garderie, ou encore des réinvestissements en éducation avec la construction d’écoles et l’embauche d’enseignants. Ce sont des mesures classiquement néo-démocrates.

En même temps, la chef néo-démocrate devait aussi défendre un bilan économique difficile avec les chiffres du chômage qui, dévoilés à la mi-campagne, rappelaient que de nombreux Albertains n’arrivaient pas à retrouver du travail. Il reste à voir si les mesures proposées pour assurer la diversification économique sauront rassurer ceux qui sont inquiets de l’état de l’économie.

Rachel Notley, première ministre de l'AlbertaAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Rachel Notley, la première ministre sortante de l'Alberta. (Archives)

Photo : Radio-Canada

Or, et même si Rachel Notley est la politicienne la plus charismatique depuis Ralph Klein, il n’est pas du tout certain que les résultats seront à la hauteur des espérances néo-démocrates.

Est-ce que le NPD parviendra à garder les 15 sièges obtenus à Calgary en 2015? Cette ville représente la clé du succès du NPD, étant donné que les néo-démocrates fondent peu d’espoir dans les régions, où l’on retrouve plus d’une trentaine de circonscriptions.

C’est précisément pourquoi les conservateurs unis de Jason Kenney ont mené une campagne avec des propositions économiques visant à séduire les gens d’affaires et les entreprises pétrolières de Calgary et des régions.

Menant une campagne efficace à défaut d’être inspirante, le chef du PCU n’a cessé de clamer que l’alliance Notley-Trudeau (deux termes synonymes, selon lui) avait été désastreuse pour la province.

Des remèdes de cheval

Pour rétablir l’économie de la province, le chef conservateur propose des remèdes de cheval. Il veut abaisser le taux de taxation des grandes entreprises de 12 % à 8 % et, surtout, mettre fin à la taxe sur le carbone.

Ce qui frappe tout autant, c’est l’approche extrêmement combative montrée par Jason Kenney lors de la campagne.

Jason Kenney devant son camion au couleur du Parti conservateur uniAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Jason Kenney, chef du parti conservateur uni.

Photo : Radio-Canada / Helen Pike

C’est presque comme s’il regrettait de ne plus être à Ottawa.

La menace de diminuer l’approvisionnement en pétrole vers les raffineries de la Colombie-Britannique ou encore la création d’une cellule de guerre (war room) pour défendre la réputation des sables bitumineux annoncent que Kenney, s’il est élu, entend amener les débats hors des frontières de la province. Et il ne faut pas oublier l’étrange promesse de tenir un référendum sur la péréquation, qui va dans le même sens.

Chose certaine, Ottawa a rarement été aussi présent dans une élection avec les quatre chefs, qui ont tous déploré, au débat, la manière dont le gouvernement fédéral avait traité l’Alberta.

Si les électeurs se plaignent parfois que les partis politiques présentent des programmes similaires, où les différences sont mineures, ce n’est pas le cas lors de cette campagne. À propos d’Ottawa et sur la nécessité de poursuivre l’agrandissement du pipeline Trans Mountain, il y a un consensus. Mais l’harmonie s’arrête là, puisque sur tout le reste, les oppositions sont très fortes.

Ainsi, on peut voter pour un parti qui promet une taxe de vente (Parti libéral), ou alors accorder ses faveurs à un parti voulant un pipeline en direction de l’Alaska (Parti albertain) et même pour une formation qui veut tenir un référendum sur l’indépendance albertaine (Alberta Independence Party).

Dans ce contexte de polarisation gauche-droite entre conservateurs et néo-démocrates, les tiers partis ont cependant eu de la difficulté à se faire entendre. En fait, il est possible que les chefs de ces partis ne soient pas élus.

En revanche, on sait que Jason Kenney et Rachel Notley le seront, mais on ignore encore qui formera le gouvernement. Les électeurs voudront-ils de nouveau accorder leur confiance à l’approche sociale des néo-démocrates ou alors adopteront-ils les solutions économiques des conservateurs?

Réponse mardi soir.

Frédéric Boily est un politologue du Campus Saint-Jean à l'Université de l'Alberta qui analyse la campagne pour Radio-Canada. Il participera à la soirée électorale.

Notre dossier sur les élections provinciales 2019 en Alberta

Alberta

Élections provinciales