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Financement selon la performance des universités : des avis partagés

Un groupe d'étudiants lors de leur graduation.
Le gouvernement veut mettre l'employabilité au coeur des préoccupations des collèges et des universités. Photo: The Associated Press / Mark Felix
Rozenn Nicolle

Le budget de l’Ontario déposé le 11 avril prévoit que d’ici l’année scolaire 2024-2025, 60 % du financement public des collèges et universités de l’Ontario sera lié à leur rendement. Une part presque 50 fois plus importante que celle qui est actuellement en place. Beaucoup de questions demeurent, selon les professionnels, et les réactions sont divisées au sein du milieu universitaire.

Chaque université et collège financé par les deniers publics négocie des ententes de mandat stratégiques (EMS) avec le gouvernement. Ce sont ces ententes qui régissent le contrat liant l’établissement postsecondaire au ministère et où sont inscrits, entre autres, les critères d’évaluation de chaque établissement.

Les EMS actuelles expireront le 31 mars 2020, et devront donc être renégociées. En plus d’y inclure un plus fort pourcentage du financement lié aux résultats, le gouvernement entend réduire le nombre de critères permettant de les évaluer. Ceux-ci passeront de 38 pour les collèges et de 28 pour les universités, à 10 pour chaque secteur.

Ce que dit le budget

Pendant de nombreuses années, une petite proportion seulement du financement était lié au rendement (1,4 % pour les universités et 1,2 % pour les collèges) dans le système d’enseignement postsecondaire de l’Ontario.

Dans le cadre de la prochaine série d’EMS, l’Ontario deviendra un chef de file national pour ce qui est du financement lié aux résultats en liant 60 % du financement au rendement d’ici l’année scolaire 2024-2025. Pendant la première année d’application de ces ententes, 25 % du financement sera lié aux résultats. Cette proportion augmentera de 10 % chaque année pendant trois ans et de 5 % pendant la dernière année [...].

Des paramètres ajustables

Du côté du Conseil des universités de l’Ontario, on se dit prêt à discuter avec le gouvernement sur ces fameux critères. Pour Pierre Zundel, recteur par intérim de l’Université Laurentienne, la baisse du nombre des indicateurs de performance est une bonne chose.

Il dit avoir reçu la liste des 10 critères choisis par le ministère. Ceux-ci comprendraient les salaires des diplômés, la proportion d’apprentissages par la voie de l’expérience, les compétences et habiletés, le taux d’employabilité, le taux de diplomation et un paramètre qui est d’importance à notre mission particulière.

Pierre Zundel, recteur de l’Université Laurentienne dans le Grand Sudbury.Pierre Zundel, recteur par intérim de l’Université Laurentienne Photo : Radio-Canada / Patrick Wright

M. Zundel ajoute que quatre autres critères plus axés sur le développement économique et communautaire viennent compléter la liste des 10 mesures choisies par le gouvernement. La capacité de financement de recherche par les conseils nationaux de financement de recherche, le financement de recherche par l’industrie, l’impact sur les communautés locales et un paramètre relié au développement économique et à la communauté qui serait négocié par l’institution elle-même.

Selon lui, le fait qu’il y a 2 sur 10 des paramètres qu’on peut choisir nous-mêmes on peut imaginer que les valeurs des institutions vont guider le choix de paramètres selon les missions que ces institutions-là auront là où elles sont.

D’après ses informations, les cibles ne seront pas établies en fonction des scores des autres établissements, mais selon l’historique des performances d’une université.

L’impact sur les programmes en français pas encore connu

Du côté du Collège Boréal, on dit ne pas être au courant des détails et des nuances de l’annonce faite lors du budget.

Nous sommes impatients d’en savoir plus et de collaborer étroitement avec le gouvernement afin de mettre en place des cibles et des indicateurs qui aideront les gens à avoir des carrières enrichissantes, a commenté dans un courriel à Radio-Canada Marc Despatie, un porte-parole du Collège Boréal.

Interrogé sur l’impact des récentes décisions sur les programmes en francophonie, il dit ne pas pouvoir se prononcer spécifiquement sur la question de francophonie. Il ajoute cependant qu’en matière de reddition de comptes, les deux collèges de langue française ne diffèrent point des 22 collèges anglophones.

Un rapport instrumentalisant du savoir

Parmi les critiques de ces réformes, certains professeurs craignent une hausse de la concurrence. Selon Gyllian Philipps, présidente de l’Union des associations des professeurs des universités de l’Ontario, ces mesures vont opposer les universités les unes aux autres en fixant certains objectifs et en pénalisant les institutions qui ne les atteignent pas, quelles que soient leurs raisons.

Antoine Panaioti va même plus loin. Selon ce professeur de philosophie de l’Université Ryerson, cette vision du gouvernement trahit une volonté d’opérer des changements structurels dans les universités ontariennes pour en faire des institutions qui servent des fins d’abord et avant tout économiques.

Concrètement, ce que ça nous donne, ça va être des universités qui auront moins d’incitatifs à affecter des ressources aux sciences humaines et aux disciplines libérales classiques comme l’histoire, la philosophie, la littérature, estime-t-il.

Selon lui, cela va mener à un appauvrissement culturel et à un rapport instrumentalisant au savoir et à l’éducation. Ça jette les bases d’une société moins démocratique finalement, car la démocratie passe par la citoyenneté, et la citoyenneté passe par la culture et par l’éducation comme fin en soi, pas simplement comme instrument pour avoir des avantages économiques, juge M. Panaioti.

Le gouvernement ne nous dit pas : vous devez enseigner dans domaine X, Y ou Z. Il nous dit : vous devez vous inquiéter de l’employabilité de vos étudiants. Pour nous, ça ne représente pas un virement énorme, tempère toutefois le recteur par intérim de l’Université Laurentienne.

De possibles coupes cachées

Alex Usher est le président de Higher Education Strategies Associates et consultant dans le domaine de l’éducation postsecondaire. Selon lui, qui compte plusieurs gouvernements provinciaux parmi ses clients, il manque encore beaucoup de détails dans le plan proposé par le ministre des Finances Vic Fedeli.

Alex Usher répond au micro de Radio-Canada dans les locaux de Radio-Canada Toronto.Alex Usher, président de Higher Education Strategy Associates. Photo : Radio-Canada / Paul-André St-Onge

Il salue la politique axée sur les résultats et voit une bonne nouvelle dans l’absence d’annonce de coupes dans le budget du ministère de la Formation, des Collèges et des Universités. Il se demande cependant si les pertes ne sont pas déguisées, et se demande où va aller l’argent qui n’est pas accordé à un établissement à cause de son mauvais rendement.

Si l’Université de Toronto a une mauvaise année, est-ce que ça veut dire qu’ils vont perdre 200-300 millions de dollars? Si oui, qu’est-ce qui arrive à ces 200-300 millions? Est-ce que ce sera aux autres universités de faire un peu de compétition, ou est-ce que c’est le Trésor qui va le reprendre?

Alex Usher, président de Higher Education Strategies Associates

Ça se peut que ce soit une grande coupe cachée, on ne sait pas, déplore-t-il. Selon lui, plus de détails de la part du gouvernement pourraient être apportés dès la semaine prochaine.

Avec les informations de Christian Noël

Toronto

Politique provinciale