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L’héritage Notley

Rachel Notley, lors du son discours de défaite en 2019 à Edmonton.
Rachel Notley s'adresse à ses partisans après avoir perdu le pouvoir en Alberta. Photo: The Canadian Press / JASON FRANSON
Marie-Pier Mercier

Celle qui n'a pas survécu, mardi soir, à une droite unie en Alberta laisse la province face à la plus importante dette de son histoire. Celle-ci s'explique notamment par de nombreuses mesures adoptées en temps difficile. Cette façon de diriger « autrement » a ainsi changé la culture politique et fiscale de la province.

Déjà lors de son assermentation, Rachel Notley avait décidé de faire les choses différemment. Sur les marches de l'Assemblée législative, un dimanche après-midi, elle avait prêté serment devant une dizaine de milliers d’Albertains et nommait le premier cabinet paritaire de l’histoire canadienne.

Rachel Notley et son équipe se font assermenter en 2015.Rachel Notley et David Eggen sont surpris de voir la foule devant l'Assemblée législative. Photo : Radio-Canada

Elle voulait montrer que le gouvernement appartenait à tout le monde.

Frédéric Boily, politologue à l'Université de l'Alberta

Avant elle, ce genre de cérémonie avait habituellement lieu derrière des portes closes et seulement devant sa garde rapprochée.

« Ç’a amené un grand vent de fraîcheur après 40 années conservatrices où on avait l’impression que les conservateurs n'écoutaient plus personne », affirme le politologue.

« Accomplir beaucoup en peu de temps »

À l’arrivée au pouvoir des néo-démocrates, les prix du pétrole sont au plus bas, depuis des décennies. L'économie va mal. Rapidement, Rachel Notley met en place son programme ambitieux.

Le gouvernement investit des milliards de dollars dans les infrastructures.

Il refuse de réduire les dépenses des services publics, ne veut pas mettre à pied les travailleurs de la fonction publique ou diminuer leur salaire.

Rachel Notley rit lors de sa victoire en 2015. Rachel Notley lors de sa victoire en 2015. Photo : The Canadian Press / Nathan Denette

Au contraire, les néo-démocrates investissent massivement en santé et en éducation, ils abandonnent le taux d’imposition unique de 10 % et imposent des plafonds pour les dons politiques. Mais nombreux sont ceux qui accusent, aujourd'hui, Rachel Notley d’avoir dilapidé les finances publiques sans avoir amélioré la situation de la province.

Les salles de classe sont encore surchargées, malgré la construction de nouvelles écoles. L’attente en santé a aussi augmenté dans certains domaines.

Si l’environnement a été le grand oublié de la campagne électorale, le gouvernement a pourtant laissé sa marque en matière environnementale au cours des quatre dernières années.

Après avoir recueilli des conseils d’experts, au début de son mandat, la première ministre lance un Plan de lutte contre les changements climatiques. Elle annonce notamment la fermeture des centrales au charbon d’ici 2030, la création d’une taxe sur le carbone et impose une limite de production de gaz à effet de serre en provenance des sables bitumineux.

« L’environnement faisait, plus ou moins, partie du débat avant 2015, mais c’est maintenant un sujet qui s’est imposé. C’est vraiment son plan qui a permis de faire avancer des dossiers au fédéral, comme le pipeline Trans Mountain », explique Frédéric Boily.

Une femme blonde est au centre de la photo. Elle tend sa main devant elle en saluant la foule qui l'entoure. Elle tente de ses frayer un passage entre ses partisans qui l'acclament et les journalistes qui la suivent.Rachel Notley triomphante le soir de l'élection alors qu'elle retrouve ses partisans à Edmonton en 2015. Photo : Reuters / Dan Riedlhuber

Les questions sociales

Le gouvernement Notley s’est aussi imposé pour protéger les « citoyens ordinaires. » Que ce soit dans la protection de la communauté LGBT, avec son projet de loi 24, qui rend impossible pour toute école régie par la loi d’avertir les parents quand leurs enfants créent ou se joignent à une alliance gai-hétéro, son projet pilote de garderies suventionnées ou l’augmentation du salaire minimum à 15 $.

Sous Rachel Notley, l’Alberta est passée de province où le salaire minimum était le plus bas au pays à celle qui avait le salaire minimum le plus haut.

« Il y a quatre ans, les Albertains nous ont choisis pour faire un travail. Nous l'avons fait avec intégrité et, aujourd'hui, grâce à cela, l'Alberta se porte mieux. Je suis très fière de votre travail et vous devriez l'être aussi », a déclaré Rachel Notley, lors de son discours de défaite mardi.

« Un jeu démocratique plus sain »

Même si les néo-démocrates ont perdu le pouvoir, le politologue ne s’attend pas à ce que les conservateurs gardent la direction de la province pendant des décennies comme c’était le cas avant 2015.

Je pense qu’on a un jeu démocratique plus sain en Alberta. On n’est plus dans les années conservatrices où l’opposition était un parti libéral en lambeaux.

Frédéric Boily, politologue à l'Université de l'Alberta

Les conservateurs auront maintenant droit à la première opposition officielle expérimentée de son histoire, après avoir été au pouvoir de 1971 à 2015. Les néo-démocrates, sortis gagnants en 2015 sans expérience ministérielle, ont, maintenant, une base solide, croit le politologue.

« Cela a été un honneur d'être votre première ministre, et cela va être un honneur de faire partie de votre opposition [officielle] », a dit Rachel Notley, mardi. Elle compte continuer de défendre ses valeurs progressistes à l'Assemblée législative.

Rachel Notley a certainement été la politicienne la plus douée, en Alberta, depuis Ralph Klein. Ils n’ont pas les mêmes politiques, mais ils ont certainement le même charisme.

Frédéric Boily, politologue à l'Université de l'Alberta

Celle qui a perdu les rênes de la province après un mandat « a même gagné un certain respect de ceux qui n’ont pas voté pour elle », ajoute Frédéric Boily, et ce, malgré une dette qui a presque quintuplé depuis son entrée au pouvoir.

Qui est Rachel Notley?

  • Rachel Notley est née le 17 avril 1964.
  • Son père, Grant Notley, est devenu le premier néo-démocrate à être élu dans une élection générale en 1971.
  • Elle a travaillé comme avocate avant de se lancer en politique.
  • Elle se présentait dans Edmonton-Strathcona pour un quatrième mandat : elle a été élue députée en 2008, en 2012, en 2015 et en 2019.
  • Elle a été élue chef du NPD en octobre 2014.
  • Elle est devenue la 17e première ministre de l’Alberta en 2015, à la tête de la formation qui a mis fin aux 44 ans de pouvoir des conservateurs en Alberta.
Notre dossier sur les élections provinciales 2019 en Alberta

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