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Game of Thrones : chronique d’un deuil annoncé

L'actrice Emilia Clarke touche un dragon une scène de la série <i>Game of Thrones</i>.
Emilia Clarke dans une scène de la série Game of Thrones Photo: Associated Press
Marie-Hélène Paquin

CHRONIQUE - Je fais partie de ces gens qui ont la capacité d'être happés par un livre, un film, une série. Quand j'entre dans un univers, je n'en ressors qu'à la toute fin. Avec chaque fois, une certaine déprime. C'est ce que je m'apprête à vivre au cours des prochaines semaines, puisque dimanche marque le début de la fin pour la série le Trône de fer (Game of Thrones). Et ça risque d'être brutal.

Alors que la diffusion de la huitième et ultime saison du succès planétaire Le trône de fer approche à grands pas, nous avons demandé à une fan incontestée de la série de nous expliquer pourquoi les téléspectateurs se préparent à vivre un deuil. Un vrai.

Demandez aux gens qui m’entourent : je cite au quotidien des répliques de Friends ou de The Big Bang Theory, je prends l’accent anglais quand j’écoute Downton Abbey (bon, je l’avoue, je réécoute pour la cinquième fois), je me lève la nuit pour lire un livre que je n’ai fermé que parce que mes paupières tombaient de sommeil la veille.

Chaque fois que je finis de dévorer une série en rafale ou une trilogie de livres, je vis une mini-dépression. Il se crée un vide en moi, laissé par ces personnages que je côtoyais quotidiennement. J’ai mis des jours avant de me remettre après avoir regardé Gilmore Girls (ok, pour la énième fois). Allais-je trahir Lorelai et Rory en plongeant dans une autre fiction? Après que j’aie tourné la dernière page d’À la croisée des mondes, de Philip Pullman, il m’a fallu des heures avant de me lever de mon siège et de retrouver mon rythme de vie normal.

Et pourtant, Game of Thrones est loin d’être l’histoire d’un coup de foudre instantané.

J’ai abandonné le visionnement de cette adaptation de la série de livres A Song of Ice and Fire, de George R. R. Martin, après une saison seulement. Trop de personnages, trop d'accents incompréhensibles et un aspect trop fantastique qui ne m’a pas plu.

Puis, il y a eu la contamination. L’effet de groupe.

À force d’entendre mes amis s’émerveiller la série, j’ai cédé. Je me suis à nouveau plongée dans la première saison (avec sous-titres cette fois-ci, merci).

Cette fois, c’était la bonne. J’ai été happée.

Ned Stark, Jon Snow et Tyrion Lannister sont entrés dans mon monde et n’en sont jamais ressortis. Ils ont maintenant leur place aux côtés des Harry Potter, Katniss Everdeen et autres héros de la littérature populaire qui peuplent mon imaginaire. C’est lorsque Ned meurt à la fin de la première saison que j’ai compris qu’il ne fallait s’attacher à personne. Je ne peux m’empêcher d’avoir le béguin pour le valeureux Jon Snow et de vouloir fêter avec le divertissant Tyrion.

Daenerys Targaryen (à droite) et Tyrion Lannister (à gauche), tous deux au premier plan, dans une scène de la saison 7 de « Game of Thrones ».Daenerys Targaryen (à droite) et Tyrion Lannister (à gauche), tous deux au premier plan, dans une scène de la saison 7 de « Game of Thrones ». Photo : HBO/Facebook

Au fil des ans, le côté grivois de Game of Thrones a cédé la place à des luttes politiques sans merci. On en a vu mourir des personnages, et comment. C’est ce qui fait la spécificité de Game of Thrones : dès qu’un personnage devient captivant, il se fait trancher la tête, tirer à l’arbalète sur le siège des toilettes, alouette.

On crie. On pleure.

Et curieusement, on en redemande.

Certaines personnes font des pools de hockey en espérant repêcher une équipe qui fera les séries et un joueur qui ne se blessera pas en décembre. Moi, avec mes amis, je fais des pools pour essayer de deviner quels personnages se rendront (ou pas) à la prochaine saison.

Le plaisir que j’ai. Je me découvre un petit côté sadique.

Mais cette fois, le défi s’annonce ardu : il ne reste presque plus personne à tuer. On a trop perdu d’hommes au combat.

Alors on va essayer de deviner à quel épisode Jon Snow va réaliser qu’il est le véritable héritier du trône de fer.

Et donc à quel moment il va (enfin) réaliser ce qu’il a fait dans le bateau avec sa tante.

Daenerys et Jon Snow sont sur des chevaux, entourés de soldats à pied. Une scène de la huitième et dernière saison de Game of Thrones Photo : YouTube / HBO

On essaiera de deviner quand Bronn aura enfin son château. On fera des paris sur qui aura la peau de la détestable Cersei Lannister. Je souhaite secrètement (bon, pas si secrètement que ça…) que ce soit son frère jumeau et amant, Jaime.

Il me semble que ça finirait bien cette série.

Parce que oui, cette série traite d’un système impérial fictif dont les ramifications nous fascinent, mais aussi d’inceste, de prostitution, d’abus des bonnes choses en tout genre.

Oui, cette série est graphique, violente, laisse peu de place à l’imagination et peut en choquer plus d’un. Mais c’est aussi ce qui en fait toute la richesse.

Heureusement, les saisons étaient devenues tellement distancées que j’ai commencé à faire mon deuil il y a plusieurs années déjà. Je le savais depuis quatre ans qu’il ne restait que deux saisons écourtées, diffusées à deux ans d'intervalle. Alors j’ai presque eu le temps de l’oublier, tellement je l’attendais depuis longtemps, cette ultime saison.

Mais dès que j’entends les premières notes de cette chanson thème, mon coeur retourne à Westeros.

 

 Le 19 mai 2019, je dirai officiellement adieu à cette bande de personnages aussi attachants que détestables, à cette cinématographie à couper le souffle, à ce souci du détail dans les costumes et les décors qui seront difficiles à égaler par toute future série télévisée.

Mais j’y suis prête. Ce ne sera pas un deuil aussi intense qu’en fermant Harry Potter et les reliques de la mort ou en réalisant qu’aucun autre film de la série ne sortira au cinéma, quand même. Les vrais savent.

Reste que demain, c’est un peu le début de la fin.


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