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Drogues : campagne d'affichage choc pour dénoncer l'inaction

Vanessa Lefebvre Constantineau, rédactrice au journal « L'Injecteur », tient dans ses mains l'une des affiches de la campagne de sensibilisation qui se déroule en ce moment à Montréal. Sur l'affiche on peut lire: « On en a marre de crever! La STIGMATISATION TUE! »
Vanessa Lefebvre Constantineau, rédactrice au journal « L'Injecteur », tient dans ses mains l'une des affiches de la campagne de sensibilisation qui se déroule en ce moment à Montréal. Photo: Radio-Canada / René Saint-Louis
René Saint-Louis

Ces derniers jours, des affiches avec des slogans inhabituels ont fait leur apparition au centre-ville de Montréal. On peut y lire par exemple : « La drogue de contrebande est contaminée, et cette affiche n'y changera rien... », « On en a marre de crever! » ou « Empoisonnées par les politiques... ».

Ce sont des organismes comme l'Association québécoise pour la promotion de la santé des personnes utilisatrices de drogues (AQPSUD), le Groupe d'intervention alternative par les pairs (GIAP) et L'Injecteur, un journal d'utilisateurs de drogues par injection et inhalation, qui sont à l'origine de cette campagne d'affichage.

En grosses lettres, les slogans visent à susciter la réflexion et l'empathie face à la forte hausse du nombre de surdoses mortelles au pays. Les derniers chiffres de l'Agence de la santé publique du Canada font état de plus de 350 morts par mois. Le cap des 10 000 morts en trois ans vient d'être franchi.

En plus petits caractères, les affiches invitent les passants à la Journée nationale d'action contre les surdoses, qui donnera lieu à un rassemblement le 16 avril, à 14 h, à la place du Canada. Des rendez-vous sont prévus dans 20 villes au pays à cette date.

L'événement en est à sa troisième édition, mais le ton a changé. Naoual Laaroussi, organisatrice communautaire à l'AQPSUD, préfère cette année utiliser le mot manifestation, plutôt que marche, pour en parler.

Au total, 25 organismes mobilisent leurs membres en vue de la manifestation (voir la liste ci-après). Ils réclament des actions immédiates des gouvernements pour faire face à la crise des opioïdes.

« Aucune des mesures mises en place jusqu’à maintenant ne semble réduire les taux de mortalité de manière conséquente. Cette situation nous amène à la conclusion qu’il n’est pas possible de trouver des solutions dans le cadre législatif actuel », peut-on lire dans un communiqué publié en prévision de l'événement.

Pour venir à bout de la crise, quatre mesures sont préconisées :

  • Faire de l'approvisionnement sécuritaire un pilier de la stratégie canadienne sur les drogues;
  • Décriminaliser les personnes utilisatrices de drogues;
  • Fournir un financement fédéral d'urgence pour les centres de prévention des surdoses;
  • Déclarer une urgence nationale de santé publique.

Les organismes réclament entre autres un meilleur accès à l'héroïne pharmaceutique, car la chaîne d'approvisionnement du marché noir, c'est-à-dire de la rue, est contaminée par une substance mortelle : le fentanyl. Corine Taillon, agente de soutien à l'intervention au GIAP, rappelle que cela se fait déjà dans d'autres pays, ainsi qu'au Canada dans le cadre de projets pilotes.

Le but, ce n'est pas juste de donner de la drogue à des drogués, comme on pourrait le croire, mais le but, c'est d'aider les gens pour que quand ils sont prêts à s'en sortir, ils puissent le faire, parce qu'ils ne seront pas morts... ou hypothéqués avec des maladies.

Corine Taillon, agente de soutien à l'intervention au Groupe d'intervention alternative par les pairs
Les membres de différents organismes préparent les affiches en vue de la manifestation du 16 avril.Les membres de différents organismes préparent les affiches en vue de la manifestation du 16 avril. Photo : Radio-Canada / René Saint-Louis

Corine Taillon dit qu'une fois qu'un individu peut obtenir sa drogue de façon sécuritaire, sous supervision médicale au besoin, il devient possible, d'abord, de garder son appartement et de ne pas se retrouver à la rue, puis, de reprendre le travail ou les études et, enfin, de vaincre la dépendance et de passer à autre chose plus facilement.

Vanessa L. Constantineau, rédactrice au journal L'Injecteur, souligne que lorsqu'on achète des médicaments en pharmacie, et parfois « ce sont des drogues d'ordonnance », dit-elle avec moquerie, il y a toujours une liste des ingrédients, ce qui n'est pas le cas de la drogue de contrebande.

Moi, j'achète ma cocaïne, j'achète mon smack [héroïne], puis je ne sais pas ce qu'il y a dans mon smack, c'est ça que je veux dire par contaminé. Puis, à cause de ça, le fait qu'il y ait du fentanyl puis que j'en consomme, puis que je ne le sais pas. C'est un peu ce qu'on dénonce à travers tout ça.

Vanessa L. Constantineau, rédactrice au journal « L'Injecteur »

L'AQPSUD et le GIAP dénoncent la lenteur des politiciens à faire face à la crise. Le mot-clic #TheyTalkWeDie (Ils parlent, on meurt), traduit en français sur certaines affiches par « On en a marre de crever », exprime bien leur exaspération. L'épidémie n'est pas nouvelle et ne fait que s'aggraver. Les politiques de répression et de stigmatisation, en place depuis les années 50, disent ces organismes, ont prouvé leur inefficacité.

Organismes qui seront présents à la Journée nationale d'action contre les surdoses :

- L’Anonyme
- Association des intervenants en dépendance du Québec (AIDQ)
- Association québécoise des centres d’intervention en dépendance (AQCID)
- Association québécoise pour la promotion de la santé des personnes utilisatrices de drogues (AQPSUD)
- CACTUS Montréal
- Céline Bellot, directrice de l’École de travail social, Université de Montréal
- Centre Action Sida Montréal (CASM)
- Centre associatif polyvalent d’aide Hépatite C (CAPAHC)
- Centre d’intervention et de prévention de la toxicomanie en Outaouais (CIPTO)
- Centre Sida Amitié Laurentides
- Coalition des organismes communautaires québécois de lutte contre le sida (COCQ-SIDA)
- Dopamine
- Head & Hands / À deux mains
- Médecins du Monde Canada
- Méta d’Âme
- PACT de Rue
- Plein Milieu
- Point de Repères
- Portail VIH/sida du Québec
- Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM)
- Réseau Solidarité Itinérance du Québec (RSIQ)
- Rezo
- Stella
- Table des organismes communautaires Montréalais contre le sida (TOMS)
- Vol plané / Flying Safe

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