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La Romaine-4, le dernier grand barrage?

Des pelles mécaniques sur le chantier de La Romaine-4.

Le chantier de la centrale La Romaine-4

Photo : Radio-Canada / Maxime Bertrand

Maxime Bertrand

Bienvenue au nord du 51e parallèle! C'est là que se trouve le chantier de La Romaine-4, le plus récent des barrages en construction d'Hydro-Québec et peut-être le dernier.

C’est l’aboutissement d’un projet qui s’échelonne sur 10 ans et qui a déjà donné naissance à trois centrales : La Romaine-1, 2 et 3. C’est un complexe hydroélectrique de 6,5 milliards de dollars qui disposera d’une puissance de 1550 MW pour alimenter 470 000 maisons.

À la veille du 75e anniversaire d’Hydro-Québec, nous nous sommes rendus à quelque 150 kilomètres au nord de Havre-Saint-Pierre voir cet ouvrage dont le parcours parsemé d’embûches rappelle étrangement celui de la société d’État.

Le gigantesque chantier ne dort jamais.

Travaux de nuit.

Des travaux de construction de La Romaine-4 se déroulent aussi la nuit.

Photo : Radio-Canada / Maxime Bertrand

De jour, comme de nuit, d’immenses pelles mécaniques grattent la terre pour en extraire les pierres qui seront chargées sur de lourds camions. Le bruit est assourdissant, la scène un peu surréaliste. Dans un an, le terrain qui s’étend à perte de vue sera occupé par un barrage et par une centrale.

En 50 ans de métier aux commandes de sa pelle mécanique, Axel Lefrançois, 74 ans, en a vu d’autres, mais La Romaine-4 l’a marqué au fer rouge.

Axel Lefrançois dans un chantier.

Axel Lefrançois travaille depuis plusieurs décennies sur des chantiers d'Hydro-Québec.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Tremblay

On dirait qu’y a un sort qui a été jeté ici. Il y a toujours eu des bad luck, tout le temps quelque chose qui marchait pas.

Axel Lefrançois

Le chantier est difficile et imprévisible.

Stéphane Jean est chef de chantier, à La Romaine-4. « La roche nous a demandé une plus grande quantité d’excavation. Si on prend par exemple la centrale, on a excavé environ 150 000 mètres cubes de roche de plus que [...] ce qui était prévu. »

La roche friable force les travailleurs à manoeuvrer lentement et avec une extrême prudence. Il y a deux ans, un travailleur a péri. Une partie de la paroi rocheuse s’est effondrée sur sa pelle mécanique. Depuis, la santé et la sécurité au travail sont devenues une obsession.

Des travailleurs assis.

Réunion sur la sécurité avant le début d'un quart de travail sur le chantier de La Romaine-4.

Photo : Radio-Canada / Maxime Bertrand

Les quarts de travail commencent toujours par des rencontres de sensibilisation, les travailleurs sont munis d’un carnet qui leur permet d’évaluer la présence de situations potentiellement dangereuses.

Stéphane Jean, le chef du chantier en fait une affaire personnelle. « Il n'y a aucun impératif d’échéancier qui va primer sur la sécurité des travailleurs. »

Debout, chef du chantier.

Stéphane Jean est le chef du chantier.

Photo : Radio-Canada / Maxime Bertrand

Depuis 2009, Hydro-Québec a déjà réalisé trois centrales sur La Romaine, les tribulations de la dernière rappelant que le parcours de la société d’État n’a pas toujours été linéaire ou facile.

Certains croient que la Romaine-4 marque la fin d’une époque qui a connu la construction des plus grands ouvrages de la société d’État, pendant 75 ans.

Transformer le Québec

Hydro-Québec a à son actif 62 centrales hydroélectriques, dont plusieurs frappent encore l’imaginaire : Manic, La Grande, Outardes.

Elles sont le legs de politiciens, René Lévesque et Robert Bourassa, qui ont voulu que les Québécois gèrent eux-mêmes leur production d’électricité, bref, qu’ils deviennent « maîtres chez eux ».

La Romaine-3

La centrale de La Romaine-3

Photo : Radio-Canada / Maxime Bertrand

L’économiste Jean-Thomas Bernard rappelle qu’auparavant, la production d’électricité était relativement faible et que les tarifs pour les usagers très élevés.

Le choc pétrolier des années 70 a changé la donne.

« Environ 75 % des résidences au Québec se chauffaient au mazout et avec la hausse du prix du [mazout] évidemment, ça a frappé durement et il y a eu une conversion très rapide vers l’électrique. »

Une conversion qui n’aurait pas pu avoir lieu sans l’usage d’une nouvelle technologie qu’Hydro-Québec est la seule à maîtriser : le transport d’énergie à très haute tension avec une ligne de 735 kV.

Des travailleurs à La Romaine-3.

Des travailleurs à La Romaine-3

Photo : Radio-Canada / Maxime Bertrand

Le Québec entre dans l’ère moderne et les barrages sont des fourmilières, des dizaines de milliers de travailleurs y oeuvrent.

Hydro-Québec devient un imposant réseau, fournisseur d’électricité verte.

Un bilan contrasté

Selon l’ancien ministre des Affaires autochtones et des Affaires municipales du Québec Rémy Trudel, Hydro-Québec est une très grande réussite, certes, mais le bilan est contrasté.

« C’est un immense succès pour le Québec au total, mais en même temps, les relations avec les régions et les communautés régionales incluant les Autochtones sont difficiles », souligne M. Trudel.

Si les Cris ont pu bénéficier de l’application de la paix des braves, d’autres collectivités, plus divisées, se sentent encore laissées pour compte.

Vue de haut, le chantier de La Romaine-4.

Le chantier de La Romaine-4

Photo : Radio-Canada / Maxime Bertrand

Le chef de la communauté innue d’Ekuanitshit, en Minganie, n’a pas le coeur à la fête lorsqu’il songe au 75e anniversaire d’Hydro-Québec.

« Nous ne sommes pas des partenaires comme ça devrait être, souligne Jean-Charles Piétacho. On a des ententes qui ne sont pas nécessairement avantageuses. Lorsque vous voyez les profits records qu'Hydro-Québec fait pour le gouvernement du Québec et que nous recevons, on peut dire, des miettes [...] c’est une question de respect. »

La réussite d’Hydro-Québec entraîne aussi d’autres interrogations. La société d’État nage dans les surplus, soit 5,2 TWt en moyenne, notamment parce que la demande croît lentement.

Dans de telles circonstances, à quoi servira La Romaine-4? « On a lancé La Romaine avec l’idée que peut-être on pouvait exporter davantage. Oui, on exporte, mais les prix sont tellement faibles que ça ne justifie pas les développements hydroélectriques », croit l’économiste Jean-Thomas Bernard.

De son côté, Hydro-Québec maintient que le projet de La Romaine est rentable.

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