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chronique

Les faces A et B de Vincent Vallières

Vincent Vallieres joue de la guitare, assis sur un banc, devant un micro d'enregistrement
Vincent Vallières Photo: Radio-Canada
Philippe Rezzonico

En cette ère de renaissance du disque vinyle, Vincent Vallières offrira, lors des deux prochaines semaines, une mini-tournée québécoise intitulée Face A/Face B. L'appellation prend tout son sens quand on sait qu'il proposera durant les concerts les versions intégrales des albums Chacun dans son espace et Le repère tranquille.

Il est fascinant de voir que l’auteur-compositeur et interprète âgé de 40 ans voue une passion à un support sonore qui régnait bien avant sa naissance et qui avait presque totalement disparu au moment où il a gravé son premier disque, en 1998.

Il fallait voir Vallières il y a quelques semaines, en qualité de chroniqueur invité à la quotidienne Entrée principale, expliquer le parcours discographique du début des années 1960 de Bob Dylan avec sa pile de vinyles à la main. On avait presque l’impression de voir un historien de la musique à l’œuvre.

Cette influence des petites et grosses rondelles de cire était déjà bien palpable chez lui lors de la parution de Chacun dans son espace (2003). À un moment où seuls les DJ et quelques irréductibles audiophiles semblaient avoir de l’intérêt pour les vinyles, Vallières lançait un disque compact où les 16 titres des chansons étaient déclinés sur la pochette en « Face A » et « Face B », comme si l’auditeur se procurait un album d’une autre époque. Ce concept artistique, Vallières l’a repris six ans plus tard pour Le monde tourne fort (2009), un autre disque qui n’a pas vu le jour en format vinyle lors de sa parution.

Pour moi, Chacun dans mon espace, c’était mon premier vrai disque. C’est là que ça a vraiment commencé.

Vincent Vallières

 Avant, ce n’était pas clair que j’allais faire ça dans la vie, et ce n’était pas clair comment j’allais faire les choses : comment j’allais écrire une chanson, comment j’allais être sur scène… C’est là que les gens ont commencé à venir à mes spectacles avec leurs amis et qu’ils connaissaient les chansons par cœur, ajoute-t-il.

Façon de faire

Le « Face A/Face B » de Chacun dans son espace n’était pas qu’un clin d’œil à une époque que l’on pensait alors révolue. C’était bien plus que ça : une intention et une façon de faire artisanale, tant sur la forme (chansons courtes) que sur le fond (enregistrement).

On a enregistré toutes les chansons sur du ruban analogique, et l'on a fait le matriçage sur du ruban qui n’a été numérisé qu’à la dernière étape, se souvient-il. À l’époque, c’était comme une fierté pour nous de faire l’enregistrement analogue. On avait fait ça au studio Victor. Dumas a enregistré Le cours des jours au même studio. 

Tournée et rééditions vinyles

Vallières fait coup double en liant sa tournée au Jour du disquaire, le samedi 13 avril, durant lequel il mettra en marché Chacun dans son espace et Le repère tranquille en format vinyle pour une première fois.

Quand j’ai donné deux concerts du genre – l’intégrale de mes disques – à Montréal en 2014, des gens de partout au Québec sont venus y assister. On m’a dit que ça serait le fun si je pouvais faire ce genre de spectacle en région. Comme je n’avais pas de tournée prévue en 2019, on a décidé de faire ça avec le band original. Les gars ont tous dit oui. C’est comme des vacances, dit-il en souriant.

Je trouve plaisant de faire quelque chose de vivant, à petite échelle, qui me permet de retrouver un lien direct avec ce public qui m’a vu grandir. C’était plus intéressant que d’aller vers un projet de compilation [pour mes 20 ans de carrière].

Vincent Vallières

– C’est quelque chose que tu feras quand même?

Je ne sais pas. Faut-il encore faire ça, aujourd’hui, à une époque où tu peux créer une liste de lecture personnelle? 

Cela dit, Vallières admet qu’une compilation a quand même des avantages, ne serait-ce que sur le plan de la découverte.

Souvent, le premier disque que tu achètes d’un artiste qui n’est pas de ta génération, c’est une compilation. Ça ouvre les portes sur le reste de l’œuvre, et après, tu réalises qu’il y a d’autres super bonnes chansons qui sont sur les disques.

Plus tu approfondis, plus tu réalises que tes héros, Dylan et Springsteen, admettons, ont une très grande connaissance de ceux qui les ont précédés. Ils ont un amour profond des racines. Même quand ils étaient jeunes, que leur son n’était pas défini et que leur identité n’était pas établie, ce qu’ils ont fait s’inscrivait dans une continuité.

Vincent Vallières

« J’ai passé des années à approfondir le répertoire de Dylan, de Springsteen, de Lou Reed, de Neil Young, et je découvrais les réalisateurs comme Daniel Lanois. C’était des années fastes pour l’apprentissage. Le fait de travailler avec un auteur-compositeur comme Éric Goulet, c’était hot. Il avait déjà beaucoup de métier. La plupart des trucs que j’utilise aujourd’hui sont tous nés de cette époque. »

Merci, mon oncle!

Étonnamment, Vallières n’a pas grandi dans un environnement où le vinyle avait une si grande place. Du moins, pas avant que son oncle ne fasse le ménage.

Chez nous, il y avait les quelques essentiels de la chanson québécoise et française, un disque de grands succès des Beatles et quelques disques de la période disco. Il y avait donc Aznavour à côté de Beau Dommage, mais pour moi, le déclic, ça a été la caisse de disques de mon oncle qui se débarrassait de ses vinyles, soutient-il.

Il m’est arrivé avec ça quand j’ai commencé à jouer de la guitare, au début des années 1990, juste avant l’arrivée de L’amour est sans pitié (Jean Leloup) et du premier Daniel Bélanger (Les insomniaques s’amusent, 1992). L’amour des vinyles est donc arrivé avec les vinyles de mon oncle. Il y avait tous les disques d’Harmonium, de Félix Leclerc, de Gilles Vigneault, et plein de rock anglophone des années 1970. 

Les années de découverte, d’apprentissage, d’écriture, de composition et de réalisation ont tranquillement mené au Vincent Vallières que l’on connaît aujourd’hui, qui, de son propre aveu, a vraiment été connu d’un large public il y a 10 ans avec le disque Le monde tourne fort et la chanson universelle qu’est On va s’aimer encore.

Il y a plein de monde qui m’ont connu avec Le monde tourne fort et qui n’avait jamais entendu ça avant [le disque Chacun dans son espace]. Ce qui fait que ces dernières années, quand je chante Tom ou Manu dans un centre culturel, tu as comme une moitié de salle qui fait « Yeah! » et l’autre qui se demande ce que je joue.

On va s’aimer encore a tout changé. Je pense que la toune est plus connue que moi. C’est une grande chance. Ça a été un heureux incident de parcours. C’était le cinquième extrait du disque.

Vincent Vallières

Une chose est sûre, cette chanson a eu le mérite de clarifier de façon définitive le statut de Vincent Vallières, dont il doutait encore quelques années plus tôt.

À un moment, je passe la frontière [américaine] avec ma blonde. Le douanier me demande ce que je fais dans la vie, et je réponds : singer-songwriter. C’est là que je me suis dit : « Hé! C’est ça que je fais dans la vie. 



Vincent Vallières présente la tournée Face A/Face B du 16 au 27 avril au Québec.
Les albums Chacun dans son espace et Le repère tranquille en format vinyle le Jour du disquaire.

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