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Et si les Albertains élisaient un gouvernement minoritaire?

À gauche, une femme s'adresse aux médias la tête tournée vers la gauche. À droite, un homme en complet a la bouche ouverte et les sourcils relevés.
En cas de gouvernement minoritaire, la chef du NPD, Rachel Notley, et le chef du PCU, Jason Kenney, devront trouver le soutien d'un autre parti. Photo: La Presse canadienne / Jeff McIntosh et Codie McLachlan
Radio-Canada

Cela n'est jamais arrivé en Alberta et aucun sondage ne suggère pour l'instant la possibilité d'un gouvernement minoritaire. Le scénario n'est cependant pas tiré par les cheveux après les élections en Colombie-Britannique et au Nouveau-Brunswick, qui ont vu la naissance de gouvernements minoritaires. À quoi ressemblerait cette situation en Alberta?

Instabilité ou unité?

Un gouvernement minoritaire est souvent vu comme une forme d’instabilité politique et c’est bien la dernière chose dont la province a besoin. La Chambre de commerce de Calgary soulignait déjà que deux élections provinciale et fédérale la même année apportent leur lot d’incertitudes, qui rend frileux les investisseurs financiers.

Lorsqu'il y avait un gouvernement minoritaire au fédéral en 2006 et en 2008, les rumeurs de défaite et de nouvelles élections sont allées bon train, note le politologue du campus Saint-Jean de l’Université de l’Alberta Frédéric Boily. Il ajoute toutefois que l’expérience récente de la Colombie-Britannique a prouvé qu’une minorité pouvait aussi aller de pair avec un climat politique plus stable.

Le leader du Parti vert Andrew Weaver (gauche) et son homologue néo-démocrate John Horgan (droite).Le leader du Parti vert Andrew Weaver (gauche) et son homologue néo-démocrate John Horgan (droite) Photo : Reuters / Kevin Light

Si l’Alberta vit un scénario similaire, cela pourrait même, selon lui, être à son avantage. Dans le contexte d’une élection qui a été pas mal divisée, un gouvernement minoritaire pourrait montrer qu’il faut aussi trouver le moyen de s’entendre sur certaines questions et d’éviter une trop grande polarisation politique, suggère-t-il.

Cela pourrait avoir un effet d’atténuation.

Frédéric Boily, politologue

Un gouvernement minoritaire est souvent plus représentatif de la population, confirme ainsi la politologue de l’Université Mount-Royal, Lori Williams. Le besoin de compromis pour atteindre ses objectifs améliore les politiques proposées.

Notre dossier sur les élections provinciales 2019 en Alberta

Paralysie politique

Tout dépend cependant des résultats. Plus l’écart est serré entre les deux partis en tête, plus la conciliation sera difficile.

Certaines promesses seraient également plus compliquées à réaliser pour le parti au pouvoir, nuance M. Boily. Difficile ainsi pour le chef du Parti conservateur uni (PCU), Jason Kenney, de partir en guerre politiquement et légalement contre Ottawa s’il ne possède pas le soutien de la majorité de la population.

Un gouvernement minoritaire est une alchimie complexe.

Frédéric Boily, politologue

En cas de gouvernement minoritaire, Frédéric Boily imagine plutôt une Alberta repliée sur elle-même, plus occupée à régler ses questions de politique interne que de vendre des pipelines au reste du pays.

Comment cela fonctionnerait-il?

M. Boily n’envisage pas de gouvernement de coalition, mais plutôt un scénario où un parti gouvernerait avec l’appui à la pièce d’une plus petite formation politique en fonction des projets de loi présentés.

Dans notre système parlementaire, c’est la position la plus tenable parce que cela offre toujours la possibilité au parti qui offre son soutien d’espérer de faire des gains pour les prochaines élections. Alors qu’une véritable coalition, c’est un peu comme se perdre dans un autre parti, explique-t-il.

Le chef du Parti albertain, Stephen Mandel, porte des lunettes et tourne sa tête vers sa gauche.Le chef du Parti albertain, Stephen Mandel. Photo : La Presse canadienne / Jason Franson

Dans ce scénario, le Parti albertain détient le rôle clé. C’est le seul, selon M. Boily, qui a la capacité de ramasser assez de sièges à l’Assemblée législative pour servir de levier en cas de gouvernement minoritaire.

Stephen Mandel, le conciliateur

Son chef, Stephen Mandel, s’est également assuré de se positionner au centre du duel entre Jason Kenney, et la chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Rachel Notley.

À mon avis, il garde les options ouvertes parce que du côté du parti albertain, on espère un scénario minoritaire où on va pouvoir jouer ce rôle de conciliation, arriver avec ses propres demandes et montrer que la voie centriste est la plus viable pour l’Alberta, estime M. Boily.

Un homme avec une barbe. Il porte un costard avec une cravate bleue à pois blancs. Trois autres hommes sont situés derrière lui. On aperçoit au fond une banderole qui indique en anglais: « Alberta » et « independence ».  Derek Fildebrandt a décrit le PCL comme une «coalition entre conserveurs de la base, libertariens et de patriotes albertains ». Photo : Radio-Canada

La politologue Lori Williams voit aussi une chance pour le Parti conservateur libre de Derek Fildebrandt de jouer le rôle de levier. Le Parti ne présente des candidats que dans les circonscriptions où le NPD n’a aucune chance de gagner. Il est donc en direct confrontation avec le PCU et pourrait lui voler quelques sièges clés.

Ce serait possible pour les gens de ces circonscriptions de présenter un vote protestataire contre le PCU et Jason Kenney. C’est une mince possibilité, mais elle existe, affirme Mme Williams.

Qu’en disent les partis?

Personne ne parie toutefois sur un gouvernement minoritaire. En 2015, la question avait été posée lors du débat télévisé et Rachel Notley avait laissé la porte grande ouverte à une coopération entre les partis.

Cette fois-ci, elle ne s’adresse pas aux autres partis, mais à leurs électeurs. Le message que je lance aux électeurs libéraux et du Parti albertain, c’est que si vous êtes nerveux et inquiets des idées du mouvement conservateur, nous partageons de nombreuses valeurs communes et cette fois-ci, vous devriez voter pour nous, a-t-elle dit.

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