Il y a 2 ans, des inondations monstres emportent une partie de Gatineau

Le souvenir des inondations du printemps 2017 est encore douloureux pour bon nombre de sinistrés gatinois pour qui les événements survenus il y a deux ans ont laissé des traces indélébiles.
Michel Papineau, dont la résidence est située en face du Quai-des-Légendes sur la rue Jacques-Cartier dans le district de Pointe-Gatineau, se rappelle quand l’eau s’est approchée de sa maison.
J’ai commencé à aller chercher des sacs de sable à la mi-avril. C’était la première vague, ce n’était pas si pire. On ne s’attendait pas à la deuxième inondation qui est venue rapidement
, relate M. Papineau.
Les gens n’étaient pas préparés.
« Un soir en mai, je manque de sacs de sable. Des bénévoles venus m’aider prennent un canot jusqu’à un camion et font trois kilomètres pour aller chercher les sacs de sable qu’ils doivent par la suite mettre dans le canot pour les amener ici. Nous étions à la dernière heure », raconte-t-il avec émotion.
La phase de rétablissement a été difficile pour Michel Papineau qui a pu conserver sa résidence, moyennant d’importants travaux, visant à la relever. Des travaux qui ne sont toujours pas terminés.
J’en parle et je revis [les inondations]. Ça fait partie de la guérison.
Il est difficile pour lui de tourner la page dans ces circonstances. Ça vient encore me chercher. Ça va prendre des années, peut-être quatre ou cinq ans [pour m’en remettre]
, admet-il.
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Quelques coins de rue vers la droite
Guy Viau et sa conjointe Martine Caron ont eux aussi multiplié les efforts lorsque l’eau a commencé à lécher la fondation de leur petite maison, située à l’angle des rues Saint-François-Xavier et Jacques-Cartier.
Comme M. Papineau, ils ne sont pas trop inquiétés de la première vague. Je pensais qu’on allait s’en tirer
, admet Guy Viau, qui a déjà connu d’autres inondations depuis son arrivée sur la rue Jacques-Cartier en 1996.
Tout a basculé au début mai, lorsque lui et sa conjointe, tous deux à l’extérieur de la région, ont appris que la situation avait changé.
On a reçu un courriel de notre conseillère municipale, Myriam Nadeau, qui nous disait que ça remontait dangereusement et qu’on avait peut-être intérêt à revenir
, relate M. Viau.
Le samedi matin, on rentre, et la cave était pleine.
Guy Viau et Martine Caron n’ont jamais pu réintégrer leur maison. La fondation faite de blocs de béton devait être remplacée, laissant le couple devant deux choix : réparer ou démolir pour reconstruire.
T’attends l’inspecteur, t’attends le rapport, ça a été interminable. Je ne dormais plus. Ce que je trouve le plus dur, c’est que tu as des décisions extrêmement importantes à prendre et tu es en état de choc
, raconte Martine Caron.
De mon point de vue, ç’a été long et agonisant comme processus.
La maison a été démolie et le terrain cédé à la Ville de Gatineau. Aujourd’hui les Caron-Viau habitent une maison qu’ils ont louée pour trois ans.
Des émotions aussi pour les élus gatinois
Myriam Nadeau ébranlée
Plusieurs élus gatinois gardent aussi un souvenir rempli d’émotions des inondations, les pires de l’histoire de Gatineau.
Myriam Nadeau, la conseillère du district de Pointe-Gatineau, s’est retrouvée sur le terrain presque quotidiennement pour donner un coup de main aux résidents de son quartier. Elle y est demeurée pour de longues semaines.
Je n’avais pas un bon feeling.
Tu es devant une situation pour laquelle tu n’as aucun contrôle. La seule chose que je pouvais faire c’est d’être là pour leur apporter du réconfort, le vivre avec eux
, explique-t-elle avec un sanglot dans la voix.
Ce qui a aussi été difficile pour elle fut l’après-inondation. Après s’être battu contre l’eau, là, il fallait se battre contre du papier. J’ai trouvé ça vraiment difficile, ce processus avec la sécurité publique
, se rappelle-t-elle. Ç'a été vraiment le clou dans le cercueil pour plusieurs familles parce qu’elles voulaient seulement être capables de prendre une décision.
Jean-François LeBlanc dépassé
Le conseiller du district du Lac-Beauchamp, Jean-François Leblanc, a aussi été présent lors des inondations. Il agissait un peu comme une courroie de transmission entre les sinistrés et les services municipaux.
C’était important de dire à la Ville ce qu'il se passait pour qu’elle puisse prendre des mesures afin de réagir le plus rapidement possible
, explique-t-il.
Tu te sens impuissant, c’était terrible ce qui se passait.
Le plus difficile pour lui fut l’évacuation des résidents qui s’est faite sur une base volontaire. L’eau monte, et tu veux aider tout le monde en même temps. Mais tu as un rôle à jouer, une responsabilité
, raconte-t-il.
Maxime Pedneaud-Jobin entre l’arbre et l’écorce
Le maire Maxime Pedneaud-Jobin, qui a été au front de l’intervention municipale, admet aujourd’hui que la détresse des sinistrés l’a touché profondément.
Des gens venaient dans mon bureau pleurer, parce qu’ils n’avaient pas eu leur rapport ou parce qu’ils perdaient leur maison. Ça a été dur
, relate-t-il.
Je ne pensais pas dans ma vie avoir cette responsabilité-là.
Encore plus éprouvante pour Maxime Pedneaud-Jobin fut la décision de ne pas forcer les évacuations.
Si on déclare les mesures d’urgence, les gens devaient obligatoirement quitter, sauf que s’ils sortaient, ils ne pouvaient plus mettre de l’essence dans la pompe et la maison y passait! [...] La conséquence, si on ne le fait pas et que quelqu’un décède, tu vis avec ça pour le restant de tes jours.
.
Ç’a été la décision la plus difficile des événements, je dirais même de ma carrière politique.
La décision entourant l’arrivée de l’armée a aussi été particulièrement difficile pour le maire de Gatineau.
Les gens voulaient l’armée pour faire des navettes, mais l’armée ne fait pas de navette. Ils voulaient que l’armée fasse des murs de sacs de sable, mais l’armée ne fait pas ça. Ils voulaient que l’armée fasse la police. L’armée ne fait pas ça. L’armée son rôle, c’était de sécuriser les infrastructures municipales
, explique-t-il.
De beaux souvenirs aussi
Élus et sinistrés gardent aussi des souvenirs plus heureux des inondations de 2017, à commencer par la solidarité qui a été manifestée par les Gatinois. Cette mobilisation a particulièrement marqué le conseiller Marc Carrière.
Que ce soit avec les gens qui sont venus faire du bénévolat pour ensacher ou travailler avec les sinistrés qui perdaient tout, ça a donné de l’espoir. C’est l’humain qui est fait de même
, dit-il.
Moi je trouve qu’on a fait des belles choses.
Après coup ce qui ressort ce sont les mauvais coups, les mauvaises décisions
, dit-il. Mais quand tu regardes en arrière, comment on aurait pu deviner? Je pense qu’on a fait un bon travail.
Myriam Nadeau soutient que les liens qu’elle a tissés durant les inondations sont intenses et encore présents. Et c’est au nom de ces liens, et de tous ces gens qui ont été touchés qu’elle souhaite que Gatineau n’oublie jamais ce qui s’est passé.
Moi, je ne veux jamais revivre ça.
Nous avons un devoir collectif de ne pas oublier
, souligne-t-elle. Ç’a aidé à faire des choix difficiles que nous devrons faire pour prendre acte que cette réalité-là, malheureusement, des événements climatiques comme ça, on va en vivre de plus en plus.














