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Survivre à l'enfer du génocide au Rwanda

Émerithe Nyiraneza, de Moncton, au Nouveau-Brunswick, est encore hantée par les images du génocide au Rwanda, en 1994.
Émerithe Nyiraneza, une survivante du génocide au Rwanda, évite d'utiliser un gros couteau quand elle fait la cuisine, puisque cela lui rappelle des souvenirs douloureux. Photo: Radio-Canada / Michel Nogue
Michel Nogue

Quand elle fait la cuisine, Émerithe Nyiraneza évite d'utiliser de gros couteaux et elle ne supporte pas de regarder quelqu'un couper de la viande. Cela lui rappelle des souvenirs douloureux du génocide de 1994 dans son pays natal, le Rwanda, alors qu'elle a vu des membres de sa famille être égorgés par des miliciens.

Émerithe Nyiraneza habite Moncton depuis 16 ans, mais chaque année, lorsque la date d'anniversaire du génocide au Rwanda approche, ses mauvais souvenirs du printemps 1994 la rattrapent. Certaines nuits, elle ne réussit toujours pas à trouver le sommeil.

Sur une période d'environ 90 jours, des soldats rwandais et des miliciens hutus ont abattu plus de 800 000 Tutsis. Par miracle, la femme, alors âgée de 20 ans, a réussi à survivre aux massacres.

Pourtant, ses origines ethniques la mettaient en danger. Sa mère était Hutu, mais son père faisait partie de la minorité tutsie, qui était la cible des foules en colère partout dans le pays.

Lorsque la violence a éclaté, le 7 avril 1994, Émerithe Nyiraneza se trouvait chez ses grands-parents pour des vacances. Son grand-père était pasteur et il connaissait plusieurs membres de la milice hutu.

Le 6 mai 1994 est une date qui restera à jamais gravée dans sa mémoire. Ce jour-là, des miliciens sont entrés dans la maison de son grand-père et ont divisé le groupe en deux, les femmes d'un côté et les hommes de l'autre.

La voix entrecoupée de sanglots, Émerithe Nyiraneza raconte la suite des événements.

Ils ont tué tous les garçons. Il y en avait au moins sept. Ils les ont tous tués. Puis nous, les filles, on était là puis ils ont dit à mon grand-père, on va te laisser les filles. On va les tuer quand on va enterrer le corps du président.

Émerithe Nyiraneza, survivante du génocide au Rwanda

La jeune femme a échappé à la mort grâce à la vigilance de son grand-père, qui est resté à ses côtés pendant le génocide. Par la suite, elle a épousé un homme qu'elle connaissait depuis à peine deux semaines et le couple est demeuré au Rwanda pendant cinq ans après le génocide. En 1999 le couple et leurs deux jeunes enfants ont émigré en Ouganda, où ils se sont retrouvés dans un camp de réfugiés pendant cinq ans.

Depuis un peu moins de dix ans, Émerithe Nyiraneza travaille comme préposée dans un foyer de soins de Moncton, au Nouveau-Brunswick.«Il faut que j'aide des gens pour avancer, au lieu de reculer»: Émerithe Nyiraneza aime son travail comme préposée dans un foyer de soins à Moncton, N.-B. Photo : Radio-Canada / Michel Nogue

En 2003, la famille s'est établie à Moncton. Mme Nyiraneza a obtenu son diplôme d'études secondaires et elle a décroché un emploi comme préposée dans un foyer de soins. Aujourd'hui, elle tient à aider des gens. C'est ce qui lui permet d'aller de l'avant dans sa vie.

Elle et son époux ont divorcé, elle a élevé seule ses trois fils et elle est fière d'avoir survécu à l'enfer rwandais : Maintenant, je suis une mère. J'ai trois enfants. Les garçons qui se sont fait tuer... maintenant on peut voir des garçons dans la famille.

Quand on lui demande si la planète peut tirer une leçon du génocide de 1994, elle répond qu'elle admire la résilience des Rwandais.

Il y a une leçon. Ils pensaient qu'ils avaient tué tous les gens. Mais ceux qui sont restés, ils sont solides. Ils ont bâti le pays meilleur qu'il était avant. Et puis il faut qu'on s'aime comme des Rwandais. Il ne faut pas dire : "Tu es tel, tu es tel". Nous sommes tous des êtres humains. Nous sommes tous des Rwandais.

Émerithe Nyiraneza, survivante du génocide au Rwanda

Après être enfin sortie de l'horreur, cette survivante du génocide a trouvé la force de pardonner à ceux qui ont semé la mort et la destruction dans son pays. Pourtant, au début, elle avait de la difficulté à entrer dans l'église que fréquentaient les tueurs : Finalement, c'est moi qui me faisais mal toute seule. En pardonnant, tu te pardonnes toi-même. [...] Pardonner, c'est la meilleure thérapie.

Nouveau-Brunswick

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