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analyse

Embellie au Québec, austérité en Ontario

Les premiers ministres du Québec et de l'Ontario, François Legault et Doug Ford.

Les premiers ministres du Québec et de l'Ontario, François Legault et Doug Ford

Photo : Radio-Canada

Gérald Fillion

Il est quand même fascinant de voir les écarts budgétaires entre le Québec et l'Ontario. Le gouvernement Ford a présenté un budget qui amorce une ère d'austérité. Le retour à l'équilibre s'annonce pour 2023-2024, mais les compressions seront importantes et douloureuses. Cette cible pour le retour à l'équilibre, c'est presque une décennie après le Québec!

Rappelez-vous, en 2014-2015, le gouvernement Couillard a dévoilé son premier budget et, déjà, un surplus se dégageait : 136 millions de dollars avant le versement au Fonds des générations.

Dans les années qui ont suivi, en raison de compressions importantes dans la croissance des dépenses puis d’une accélération de la croissance économique, les surplus se sont accumulés : 3,6 milliards de dollars en 2015-2016, surplus de 4,4 milliards en 2016-2017, de 4,9 milliards en 2017-2018 et de 5,6 milliards en 2018-2019.

Le nouveau gouvernement de François Legault prévoit des surplus avant le versement au Fonds des générations pour toute la durée de son mandat : 2,5 milliards de dollars cette année en 2019-2020, 2,7 milliards en 2021-2021, excédent attendu de 2,9 milliards en 2021-2022, de 3,4 milliards en 2022-2023 et de 4 milliards en 2023-2024.

Pendant ce temps, en Ontario, après des déficits de 12 et de 10 milliards de dollars en 2018-2019 et 2019-2020, le ministre des Finances Vic Fedeli prévoit un déficit de 6,8 milliards de dollars en 2020-2021, de 5,6 milliards en 2021-2022 et de 3,5 milliards en 2022-2023.

La dette nette de l’Ontario a augmenté de 114 % depuis une décennie à 343 milliards de dollars, alors qu’elle n’a progressé que de 40 % au Québec de 2008 à 2019 pour atteindre 174 milliards de dollars au 31 mars 2019.

Le graphique suivant montre l’évolution de la dette au Québec et en Ontario, un graphique tiré du budget présenté par le gouvernement ontarien jeudi.

L’exercice 2019-2020 vient consacrer l’échange de position entre les deux provinces. La dette de l’Ontario passera à 40,7 % du PIB, alors qu’au Québec elle atteindra 38,6 %. La dette ontarienne est maintenant plus lourde que celle du Québec, ce qui semble agacer profondément le gouvernement Ford.

« Les ratios de la dette nette au PIB des deux provinces ont convergé, est-il écrit dans le budget Fedeli, et on s’attend à ce que celui du Québec soit inférieur à celui de l’Ontario à l’exercice 2018‐2019. Voilà qui atteste l’importance d’avoir en place un plan pour équilibrer le budget qui soit raisonnable et responsable et fondé sur des décisions à long terme judicieuses. »

Directions différentes

La note de crédit de l’Ontario a été revue à la baisse dans les dernières années. Ainsi, l’agence Standard & Poors a attribué une note de A+ (stable) à la province alors qu’au Québec, la note est supérieure, à AA- (stable). Moody’s affiche une note de AA pour l’Ontario, mais avec perspective négative, ce qui veut dire que la note pourrait être abaissée. Au Québec, Moody’s accorde AA2 à la province avec perspective stable. Une agence chinoise a accordé, en 2018, une note parfaite de AAA au Québec pour l’émission d’obligations en Chine.

« Grâce à la baisse du poids de la dette, est-il écrit dans le budget d’Éric Girard du 21 mars dernier, le Québec bénéficie de coûts d’emprunt avantageux. Le Québec emprunte actuellement à des coûts inférieurs à ceux de l’Ontario. »

L’Ontario et le Québec ne sont pas du tout engagés dans la même direction. Alors que le Québec a des munitions pour faire face au vieillissement de la population et au ralentissement de l’économie, l’Ontario s’engage sur une séquence d’austérité qui pourrait être particulièrement pénible.

Après une croissance des dépenses de 8,3 % en 2017-2018 et de 5,4 % en 2018-2019, le nouveau gouvernement de Doug Ford prévoit une hausse de 0,1 % en 2019-2020 et de 1,2 % ou 1,3 % dans les années suivantes.

Dans les faits, en santé comme en éducation, la hausse des dépenses sera plus faible que le taux d’inflation, ce qui équivaut dans les faits à une baisse de dépenses. Dans plusieurs secteurs, les budgets vont baisser : réduction des dépenses de près de 25 % dans le logement et les affaires municipales, de près de 36 % en environnement, protection de la nature et les parcs, de 49 % dans les affaires autochtones.

« C’est un budget d’austérité, nous a dit l’économiste Marie-Christine Bernard du Conference Board à RDI économie jeudi soir. Le gouvernement Ford avait deux choix pour essayer de contrôler les finances de la province : soit augmenter les impôts ou les diverses taxes, soit contrôler plus les dépenses. Il est allé du côté des dépenses. »

« Si le gouvernement réussit dans son plan budgétaire, selon Marie-Christine Bernard, ce serait le plan budgétaire le plus austère des 40 dernières années sur une période de 5 ans. » Elle s’attend à des réductions de services en santé et en éducation. Pour répondre à la croissance normale des coûts, il faudrait augmenter les dépenses en santé de 4,5 % et en éducation, de 3,5 %. Le gouvernement Ford prévoit 2,2 % en santé et 2,6 % en éducation en 2019-2020.

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