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Facebook soupçonné d'encourager la discrimination envers les chercheurs d’emploi et de logement

Le logo de Facebook se reflète dans les lunettes d'un homme qui regarde un écran.
Le fonctionnement de Facebook facilite la discrimination envers ses abonnés qui cherchent un emploi ou un logement, allègue une demande d'autorisation en action collective déposée jeudi à Montréal. Photo: Reuters / Regis Duvignau
Radio-Canada

Une demande d'autorisation en action collective alléguant que Facebook permet la publication d'offres d'emploi ou de logement discriminant ses abonnés selon des motifs interdits par les lois canadiennes a été déposée jeudi en Cour supérieure du Québec.

La firme montréalaise IMK y soutient que les abonnés du réseau social le plus populaire de la planète ne voient pas ses publicités sur leur fil d’actualité en raison de leur race, de leur sexe, de leur état civil, de leur âge, de leur origine ethnique ou de leur condition sociale.

Le cabinet d’avocats représente plus précisément Lyse Beaulieu, une adjointe juridique et administrative de 65 ans qui soutient n'avoir vu aucune offre d'emploi sur son fil Facebook en raison de son âge entre 2017 et 2019, alors qu'elle en cherchait activement un.

IMK cherche toutefois à représenter tous les Canadiens ayant un compte Facebook pouvant avoir été victimes de diverses pratiques de Facebook entre le 11 avril 2016 et la date à laquelle l’action serait approuvée, ce qui pourrait se produire d'ici la fin de l'année.

« On sait qu’il y a 20 millions d’utilisateurs de Facebook au Canada, donc, on estime que des centaines de milliers de Canadiens ont été victimes de discrimination », explique l'un des trois avocats au dossier, Jean-Michel Boudreau, en entrevue à Radio-Canada.

IMK souhaite plus précisément que la firme californienne soit contrainte de verser des dommages moraux, pécuniaires et punitifs aux abonnés qui auraient été lésés, et qu’elle soit frappée d'une injonction lui ordonnant de mettre un terme à trois pratiques distinctes.

Facebook viole la Charte québécoise [des droits et libertés] et des lois provinciales sur les droits de la personne de façon continuelle depuis des années.

Extrait de la demande d'autorisation d'IMK

Selon Me Boudreau, la première forme de discrimination vise le mécanisme de Facebook qui permet aux annonceurs de définir les paramètres de leur offre afin que seuls les utilisateurs répondant à certains critères reçoivent les annonces.

La requête s'en prend aussi au fait que le texte de certaines annonces peut comprendre des propos discriminatoires, même si Facebook prétend les filtrer. « On peut toujours écrire dans une annonce "nous ne voulons pas de familles dans notre logement" ou – et ceci est un exemple fictif – "nous ne voulons pas de famille arabe dans notre logement" », explique l'avocat.

L'algorithme interne de Facebook, qui sélectionne lui-même un public cible plus susceptible de recevoir une annonce, est aussi au banc des accusés, ajoute-t-il.

La requête souligne que la situation des abonnés canadiens de Facebook est aggravée par le fait que la compagnie a reconnu avoir préconisé des pratiques discriminatoires aux États-Unis et s’est engagée à y mettre fin, mais sans étendre cette décision au Canada.

Pour nous, c’est d’une part une admission qu’ils sont au courant du problème, et il n’y a aucune raison de ne pas le faire au Canada s’ils l’ont fait aux États-Unis.

Jean-Michel Boudreau, avocat responsable du dossier, au sujet de l'entente à l'amiable conclue par Facebook aux États-Unis
Une publicité bilingue du Centre national des arts cherche des candidats pour postuler l'un ou l'autre d'une vingtaine d'emplois. Au bas de l'annonce, Facebook indique que l'abonné voit la publicité parce que le Centre veut joindre des gens de 18 à 55 ans. Cette publicité du Centre national des Arts, à Ottawa, est citée en exemple dans la demande d'autorisation d'IMK. On y voit clairement, au bas, que l'offre d'emploi cible les demandeurs de 18 à 55 ans. Cela signifie qu'une personne qui s'identifie comme ayant 56 ans ou plus sur Facebook ne peut la voir. Le Centre soutient que ce microciblage s'est produit par erreur, un employé ayant utilisé des paramètres d'une ancienne annonce. Photo : Radio-Canada

Elle présente à la Cour supérieure quelques exemples de publicités ciblées qu’elle juge discriminatoires, dont une majorité d’offres d’emploi visant spécifiquement des abonnés Facebook ayant un âge spécifique.

Dans un courriel envoyé à Radio-Canada, Facebook assure qu'elle ne cautionne pas les pratiques discriminatoires.

« Il n’y a pas de place pour de la discrimination chez Facebook; c’est strictement interdit par nos politiques », assure un porte-parole.

« Au cours de la dernière année, nous avons renforcé nos systèmes pour accroître la protection contre les abus. Nous sommes au courant de la plainte, et nous répondrons en conséquence. »

Le site Internet de Facebook spécifie bel et bien que les annonceurs ne doivent pas faire de discrimination. La demande en autorisation collective argue cependant que cela ne les empêche pas de le faire.

Avec les informations de CBC et la collaboration de Diana Gonzalez

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