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Laïcité : Valérie Plante lance un appel au calme

Valérie Plante répond aux questions des journalistes à l'hôtel de ville.

La mairesse Valérie Plante et le chef de l'opposition, Lionel Perez, doivent proposer lundi une déclaration sur la laïcité de l'administration municipale et la liberté de religion des personnes.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, lance un appel à la « retenue » dans le débat sur le projet de loi sur la laïcité de l'État québécois.

Mme Plante, qui est rentrée jeudi d’une mission d’une semaine en Amérique du Sud, s’est expliquée sur les raisons pour lesquelles elle a tardé à réagir à la déclaration du maire de Hampstead, William Steinberg, qui avait qualifié le 5 avril le projet de loi de « nettoyage ethnique ».

« J’ai pour principe de ne pas utiliser les médias sociaux comme paravent pour me cacher. Je pense qu’un élu qui réagit sur les médias sociaux doit se rendre disponible dans un délai raisonnable pour répondre aux questions des médias », a dit la mairesse en conférence de presse, faisant implicitement référence aux habitudes du président des États-Unis qui utilise les médias sociaux « pour empêcher les journalistes de faire leur travail ».

Mme Plante réitère son indignation face aux propos de M. Steinberg et continue de dire qu’il devrait s’excuser, comme elle l’avait affirmé jeudi par voie de communiqué. Elle lui reproche de faire dévier le débat sur sa personne plutôt que de se concentrer sur ceux qui seront touchés par le projet de loi.

« En tant qu'élus, nous avons une responsabilité accrue de nous élever au-dessus de la mêlée et d'exprimer notre point de vue d'une façon qui n'empire pas les choses », a-t-elle dit.

Une fausse nouvelle dénoncée

La mairesse a également dénoncé une fausse nouvelle qui a circulé à son sujet cette semaine sur les réseaux sociaux. On y affirmait erronément que Mme Plante avait participé dimanche dernier à une manifestation organisée par Adil Charkaoui contre le projet de loi. Or, la manifestation a eu lieu pendant que la mairesse était en Argentine.

« Je tiens à dénoncer ces tactiques qui n’ont pour but que de me discréditer, de me diaboliser, et surtout d’envenimer le débat. Ça ne respecte pas ce que j’essaie de faire comme mairesse, soit de calmer les choses et de demander qu’il y ait un débat public respectueux », a-t-elle soutenu.

« [La laïcité] est une question sensible. On s’attendait à ce qu’il y ait des réactions vives à ce sujet. Un débat, c’est quelque chose qui est sain, qu’il faut faire. J’invite la population et les groupes à faire preuve de vigilance et à être conscients qu’il s’agit d’êtres humains », a-t-elle ajouté.

Au moment du dépôt du projet de loi, la mairesse avait affirmé être la cible de messages violents après avoir exprimé ses préoccupations face à l’impact du projet sur la population montréalaise.

Déclaration commune sur la laïcité

Par ailleurs, la mairesse et le chef de l’opposition à l’hôtel de ville de Montréal, Lionel Perez, proposent conjointement une « déclaration réitérant la laïcité institutionnelle de Montréal et la liberté religieuse des individus » qui sera débattue lors du conseil municipal de lundi.

On y affirme entre autres que « personne ne devrait vivre dans la peur ou l’incertitude au sujet de son emploi ou de sa place dans la société montréalaise parce qu’elle ou il choisit de pratiquer sa religion » et que « personne ne devrait se faire refuser une promotion sur la base d’une croyance religieuse ».

La motion vise à affirmer « le caractère inaliénable du principe de laïcité ouverte », « l’importance de la laïcité des règlements municipaux » et « le soutien indéfectible » de la Ville envers ses employés, peu importe leurs convictions religieuses.

Réunion du conseil annulée à Hampstead

Le maire de Hampstead, William Steinberg, photographié en gros plan à l'Hôtel de Ville.

Le maire de Hampstead William Steinberg a qualifié le projet de loi sur la laïcité du gouvernement Legault de « nettoyage ethnique pacifique ».

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

De son côté, le maire de Hampstead a annulé la séance spéciale du conseil municipal qu'il avait convoquée lundi pour discuter de laïcité.

Dans un communiqué, la Ville de Hampstead explique que le maire a pris cette décision parce que « le conseil municipal veut que tous les arguments contre ce projet de loi soient entendus et débattus sans distractions inutiles ».

Le maire Steinberg, qui refuse de s’excuser pour avoir publiquement comparé le projet de loi sur la laïcité de l’État à du « nettoyage ethnique » le 5 avril dernier, avait convoqué cette séance extraordinaire pour faire adopter une résolution visant à condamner le projet de loi et s’engager du même coup à ne pas la respecter si elle devait être adoptée.

Devant la réaction provoquée par ses propos, le maire Steinberg avait tenu à préciser qu'il ne parlait pas de « nettoyage ethnique » en faisant référence à un génocide ou à des expulsions de force du territoire, mais plutôt à un « nettoyage ethnique pacifique » qui ferait en sorte que le Québec devienne une société moins diversifiée. Il avait justifié le choix de cette expression en expliquant qu'il faut parfois employer « des mots forts pour ouvrir les yeux sur la réalité ».

Selon nos sources, des employés de la Ville tentaient depuis de le dissuader de tenir cette réunion spéciale lundi afin de ne pas envenimer la situation.

Le communiqué de la Ville précise qu'une résolution contre le projet de loi 21 sera présentée au conseil municipal à une date ultérieure, « dans une atmosphère plus sereine ».

Depuis vendredi dernier, les propos du maire de Hampstead ont soulevé de nombreuses réactions d'indignation autant dans les rangs des partisans que des adversaires du projet de loi de la Coalition avenir Québec, qui prévoit, entre autres, l'interdiction du port de signes religieux pour les juges, policiers, procureurs de l'État, ainsi que pour les enseignants des écoles primaires et secondaires du réseau public.

À Québec, le premier ministre François Legault avait aussitôt demandé des excuses à M. Steinberg. De son côté, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, avait demandé à la Ville de Hampstead de ne pas tenir ce conseil spécial, sauf s'il s'agissait de donner l'occasion au maire Steinberg de présenter des excuses pour ses propos, que Lionel Perez avait aussi condamnés.

L'affaire a même eu des échos jusqu'à Ottawa, où le premier ministre Justin Trudeau et ses collègues de l'opposition ont aussi condamné les propos du maire de Hampstead.

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