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Premier budget Ford : une austérité à retardement pour ne pas nuire à Andrew Scheer

Deux hommes se serrent la main.

Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, félicite son ministre des Finances Vic Fedeli à la suite de la présentation du budget 2019 de la province, à Queen’s Park, le 11 avril 2019.

Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn

Christian Noël

ANALYSE – Le premier budget du gouvernement Ford reporte d'un an le retour promis à l'équilibre budgétaire et freine le rythme des dépenses sans effectuer de coupes trop visibles ou draconiennes. Les conservateurs ontariens pratiquent l'austérité à retardement afin de ne pas tirer dans le pied de leurs cousins fédéraux, juste avant le coup de départ de l'élection fédérale.

En lisant les 382 pages du premier budget du gouvernement progressiste-conservateur en Ontario, on aurait pu croire qu’il s’agissait d’une ébauche de programme électoral pour son cousin fédéral Andrew Scheer.

Toutes les cinq pages, le budget ontarien critique la « taxe sur le carbone destructrice d’emplois » et promet bientôt une campagne d’information payée par les deniers publics pour mettre en lumière son « coût réel pour les familles et les entreprises ». Le budget ontarien soutient aussi la construction d’un pipeline sur son territoire, afin de ressusciter le projet Énergie Est.

Ce n’est pas trop surprenant de voir Doug Ford répéter les mêmes arguments qu’Andrew Scheer, puisque l’avenir politique de l’un dépend en partie de la façon dont l’autre gère ses priorités budgétaires.

Équilibre budgétaire reporté

Doug Ford avait promis d’équilibrer le budget en quatre ans : il remet l’atteinte du déficit zéro de 365 jours. Il avait promis des baisses d’impôts pour les particuliers et pour les entreprises : elles devront attendre à plus tard. Il promettait une cure minceur dans l’appareil de l’État : il s’exécute, mais du bout des doigts.

En fait, la lutte contre le déficit budgétaire commence lentement, pour s’accélérer plus tard. La province prévoit éponger 1,4 milliard de dollars d’encre rouge cette année (2019-2020) et trois fois plus (3,5 milliards) l’année suivante, après les élections fédérales.

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Photo : Radio-Canada / Camile M Gauthier

Investissements ciblés

Le budget ontarien met d'abord l’accent sur des investissements ciblés : 11 milliards de dollars pour le métro de Toronto, 2 milliards de dollars en crédit d’impôt pour l’accès aux services de garde, 560 millions de dollars en santé pour mettre fin à la médecine de couloir et 1 milliard de dollars en 5 ans pour rénover les écoles. Il vise les enfants, les parents et les grands-parents, un peu comme l’ont fait les libéraux dans le budget fédéral.

Côté compressions, le ministre des Finances Vic Fedeli laisse entendre qu’il mise sur une austérité en douceur. Les dépenses sont tout compte fait plafonnées, avec une augmentation annuelle de moins de 1 % pour les trois prochaines années, bien en dessous de l’inflation. Le budget du ministère des Affaires autochtones est amputé de 50 %, celui de l’Environnement recule de 35 %, tandis que le budget des Services sociaux et de l’Aide à l’enfance perdra 1 milliard de dollars.

Pour le moment, il n’y a pas de grandes réductions budgétaires visibles à la Mike Harris. Les conservateurs assurent qu’ils pourront se débarrasser du déficit de 10,3 milliards de dollars grâce à des gains d’efficience budgétaire.

En lisant entre les lignes, on comprend que si la grande cure minceur promise par Doug Ford ne se matérialise pas concrètement dans son premier budget, elle se cache dans des réformes à venir, dont les effets se feront sentir plus tard.

Compressions retardées

Refonte de l’aide sociale, diminution de la masse salariale des fonctionnaires, réorganisation du système de santé; des initiatives qui toucheront éventuellement les services aux citoyens, et donc, qui ont le potentiel de soulever un tollé contre l’équipe conservatrice, qu’elle soit provinciale ou fédérale.

Ce n’est pas un secret que les conservateurs fédéraux envient les succès électoraux des progressistes-conservateurs en Ontario et espèrent répéter leurs prouesses en octobre, notamment dans les régions rurales et les banlieues de Toronto.

Ce n’est pas un secret non plus que Doug Ford et Andrew Scheer font partie d’une coalition de chefs conservateurs (avec Jason Kenney en Alberta et Scott Moe en Saskatchewan) qui ont uni leurs efforts pour taper sur la tête de Justin Trudeau et sa taxe sur le carbone.

Un budget d’austérité à la sauce conservatrice en Ontario permettrait à Justin Trudeau de se servir de Doug Ford comme d’un épouvantail et d’attaquer par ricochet le chef conservateur fédéral Andrew Scheer, par simple association de famille politique.

Doug Ford se sent donc peut-être forcé de mettre de l’eau dans son vin budgétaire, parce qu’en politique, le zèle des amis est parfois plus néfaste que la haine des ennemis.

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