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Pourquoi le métro de Montréal ne peut-il pas circuler la nuit?

Le métro de Montréal est fermé entre 1h30 et 5h30. Photo: Radio-Canada / Romain Schué
Romain Schué

Contrairement à celui de New York ou de Londres, le métro de Montréal ne peut être ouvert toute la nuit. Pourquoi? Radio-Canada a passé une soirée complète dans les tunnels de la métropole pour tenter de comprendre.

Alors que le métro Crémazie s’apprête à fermer ses portes, quelques dizaines de mètres plus loin, une tout autre activité débute.

Dans les locaux des ateliers Youville, l’un des trois ateliers de maintenance du réseau montréalais, des dizaines d’employés sont déjà à pied d’oeuvre pour nettoyer et entretenir les wagons entreposés dans ces gigantesques hangars.

« La nuit, il y a beaucoup, beaucoup d’activités. Pas seulement du lundi au vendredi, mais du lundi au dimanche », explique Philippe Schnobb, le président du conseil d'administration de la Société de transport de Montréal (STM).

Ici, les trains sont scrutés à la loupe. Les graffitis sont nettoyés et tous les 20 000 km, le temps d’une soirée, une inspection du niveau d’huile, du système de freinage et des pneumatiques est notamment menée. Plus tard, à 120 000 km, chaque véhicule subit une nouvelle inspection plus poussée, qui peut durer cinq jours.

Une personnes vérifie l'état d'un train.Aux ateliers Youville, les métros Azur sont régulièrement inspectés. Photo : Radio-Canada / Thomas Bignon

Surtout, ces ateliers situés dans le nord de la ville sont le point névralgique de cette activité nocturne, qui concerne près de 300 travailleurs, présents sur les quelque 130 chantiers ouverts actuellement dans les sous-sols de la métropole.

Un intervalle de quatre heures chaque nuit

Dès le passage du dernier train, vers 1 h 30, une trentaine de locotracteurs, qui fonctionnent au diesel, empruntent les rails pour transporter divers matériaux nécessaires à l’entretien des 71 km du réseau.

Jamais le métro de Montréal n’avait connu, depuis son entrée en service en 1966, une telle activité.

Des travaux dans le métro.Différents travaux sont menés dans les tunnels du métro de Montréal. Photo : Radio-Canada / Thomas Bignon

Infiltration d’eau, soudure, consolidation d’un mur usé, excavation : les travaux sont multiples et se déroulent, pour la plupart, uniquement la nuit, en moins de quatre heures. Le premier métro de la journée circule aux alentours de 5 h 30.

C’est vraiment une course contre la montre qu’on vit tous les jours. On a une courte période de temps pour remettre la station disponible à la clientèle, tôt le matin, pour ne pas qu’il y ait de retard pour le service.

Martin Chartrand, directeur de l’entretien des équipements fixes

Au métro Mont-Royal, par exemple, « on est en train littéralement de refaire une station pendant qu’elle est en exploitation », détaille Donald Desaulniers, directeur des grands programmes de maintien des actifs du métro.

Une nouvelle passerelle est construite, avec la réfection de la voûte, afin de supporter deux nouveaux ascenseurs, qui devraient voir le jour d’ici 2022.

Des gens sur une nacelle.À la station Mont-Royal, une nouvelle passerelle est en cours de construction. L'un des chantiers majeurs de la STM. Photo : Radio-Canada / Thomas Bignon

Des investissements en hausse

Ces dernières années, les investissements n’ont cessé d’augmenter, dans le but de protéger les actifs et d’améliorer, également, le service, avec la construction de multiples ascenseurs.

En 2025, la STM compte doter 41 stations d’un ascenseur. À ce jour, seules 14 stations disposent d’un tel équipement. En 2038, toutes les stations devraient d’ailleurs être universellement accessibles, a déjà promis la Société.

Investissements annuels pour le maintien des actifs et l’accessibilité

  • 2017 : 150 millions de dollars
  • 2018 : 200 millions
  • 2019 : 270 millions
  • 2022-2023 : 400 millions

« On a un déficit d'investissement à récupérer. Il y a des équipements et des installations qui sont d’origine. Ils donnent encore du bon service, mais il faut s’empresser d’agir avant que la fiabilité du métro ne puisse être affectée », précise Luc Tremblay, directeur général de la STM, précisant qu'un « risque » existe si de tels travaux ne sont pas menés.

Le risque, c’est qu’on pourrait avoir une multiplication des pannes, des arrêts de service. C’est pour ça que c’est important d’investir de façon proactive, au bon moment, pour prévenir les pannes et maintenir la fiabilité du métro.

Luc Tremblay, directeur général de la STM
Un locotracteur.Ces petites locomotives, appelées locotracteurs, transportent différents matériaux utiles pour ces travaux ou ramènent les débris. Photo : Radio-Canada / Thomas Bignon

Pas « un caprice » de fermer la nuit

Dans ces conditions, ouvrir le métro toute la nuit, comme l’a récemment réclamé l’opposition officielle à l’Hôtel de Ville, se révèle impossible, assure la STM. « Ce n’est pas un caprice », jure Philippe Schnobb.

Travailler la nuit, « c’est essentiel si on veut que le métro soit fiable le jour », ajoute le président du conseil d'administration de la STM.

À New York, précise-t-il, une double voie permet des travaux d’entretien, sans altérer la circulation des trains.

Des voies du métro.Contrairement à différentes autres lignes de métro dans le monde, le métro de Montréal ne dispose pas d'un système de double voie. Photo : Radio-Canada / Romain Schué

« Peut-être qu’à New York, on a négligé l’entretien », juge Philippe Schnobb, tout en rappelant que la métropole américaine est contrainte d’investir « des milliards » et de prochainement « créer un péage pour financer des travaux qu’on n’a peut-être pas faits ces dernières années ».

« Nous, on les fait de façon graduelle, la nuit », ajoute-t-il, soulignant qu’il ne souhaite pas aller dans ce sens.

Si on a le moyen de construire des lignes parallèles, je pense qu’on devrait plutôt utiliser cet argent-là pour construire de nouvelles lignes. Ce serait plus efficace et ce serait une meilleure utilisation des fonds publics.

Philippe Schnobb, président du conseil d'administration de la STM

Prolonger l’ouverture du métro jusqu’à 2 h ou 3 h du matin, l’été, durant la saison des festivals, est également exclu.

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