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Voici pourquoi les morses vus dans Our Planet tombent des falaises

Un morse et ses défenses assis sur une banquise

Les morses peuvent peser jusqu'à 1500 kg

Photo : Associated Press / Joel Garlich-Miller/U.S. Fish and Wildlife Service

Fanny Bourel

Les images de morses chutant du haut de falaises et s'écrasant sur le sol, montrées dans la série documentaire Our Planet (Notre planète) sur Netflix, ont ému de nombreuses personnes. L'explication à ce comportement se trouve du côté scientifique, et est non sensationnaliste.

Un des épisodes de la série documentaire Our Planet (Notre planète), mise en ligne vendredi sur la plateforme Netflix, invite le spectateur à constater les effets du réchauffement climatique sur les animaux peuplant l’Arctique.

L’une des scènes montre des centaines de morses dévalant des pentes rocheuses du nord de la Russie avant de s’écraser des dizaines de mètres plus bas. C’est l’une des pires choses que j’ai jamais filmées, a affirmé Jamie McPherson, l’un des cadreurs de l’équipe de tournage.

L’extrait publié lundi par Netflix sur YouTube, qui cumule presque 1,4 million de vues, fait le lien entre le changement climatique et le triste sort de ces morses.

Toutefois, il est facile d’y voir des animaux se jetant volontairement dans le vide. Nous sommes très bons pour attribuer aux animaux des comportements humains, explique Lyne Morissette, une biologiste marine partageant son temps entre son entreprise de services-conseils dans le domaine marin et son travail de vulgarisation scientifique pour les médias.

Mais il faut éviter de déraper dans l’interprétation anthropomorphique en voyant cela comme un suicide.

Lyne Morissette

À l’heure où les climatosceptiques tentent de discréditer la cause environnementale, il est important de faire preuve de rigueur, selon Lyne Morissette.

Des chutes accidentelles

Stéphane Lair, professeur en médecine vétérinaire à l’Université de Montréal, abonde dans le même sens : la chute des morses est accidentelle. Si les morses plongent dans l’eau pour se nourrir, ils se reposent sur des morceaux de banquise. Ces plaques de glace sont également essentielles à la reproduction de ces mammifères et à la survie des jeunes morses.

Le couvert de glace se réduit à cause du réchauffement climatique, souligne Stéphane Lair.

Les morses passent donc plus de temps sur la terre ferme, où les ressources alimentaires sont moins nombreuses et où ils sont davantage menacés par leur principal prédateur : l'ours polaire.

Ces dernières années, on a constaté la concentration d’un grand nombre de morses sur un même espace, ajoute le spécialiste. La colonie de morses filmée dans Notre planète rassemble 100 000 animaux.

Plus habiles sur la glace que sur la terre

Trop nombreux pour tenir tous ensemble sur la plage, les morses se dirigent vers les hauteurs, qui constituent un habitat plus risqué pour eux. Ils sont plus habiles dans l’eau et sur la glace que sur la terre ferme, précise Stéphane Lair.

Ce n’est pas une espèce programmée pour être en haut d’une falaise et reconnaître les dangers de ce milieu.

Stéphane Lair

Les morses ne sont d’ailleurs pas les seuls mammifères à se retrouver sur la terre ferme en raison du changement climatique. Au Nouveau-Brunswick, on voit des phoques se faire frapper par des voitures, dit Lyne Morissette. Ils n’ont pas encore développé les bons réflexes pour s’adapter à ce nouvel habitat.

En tentant de se déplacer d’une roche à l’autre, les morses ont donc pu tomber accidentellement. Comme ils ont tendance à se regrouper, ils peuvent se bousculer pas mal, et un mouvement de panique peut se créer, analyse Stéphane Lair.

D'autres hypothèses?

Sur les réseaux sociaux, la présence d’un ours polaire a été avancée pour expliquer la chute des morses vue dans Notre planète, bien que l’équipe de la série documentaire réfute cette idée. La présence d’un prédateur peut créer un affolement, mais cette panique peut survenir sans prédateur, souligne Stéphane Lair, qui précise que les ours polaires mangent surtout des phoques.

La vue de l’équipe de tournage aurait-elle pu perturber les morses? Non, selon nos deux experts.

Les équipes de documentaires animaliers sont habituées à ce type de tournage et le font dans le respect des animaux, en faisant notamment attention à se tenir à bonne distance.

Lyne Morissette

Des morses autrefois dans le golfe du Saint-Laurent

Pouvant peser jusqu’à 1800 kilos et vivre 40 ans, les morses se divisent en deux sous-espèces : celle de l’Atlantique et celle du Pacifique, qui est la plus nombreuse.

Le golfe du Saint-Laurent a déjà compté jusqu’à 300 000 morses, mais cette population a été décimée par la chasse il y a plus d’un siècle. Le mammifère était notamment chassé pour son huile, servant de combustible pour le chauffage et l’éclairage.

La fin de la chasse commerciale, qui est entrée en vigueur au Canada en 1930, a permis aux populations de morses de croître lentement, le taux de fécondité de cet animal étant faible.

Les groupes de morses sont difficiles à comptabiliser, il est compliqué d’évaluer à quel point cette espèce est menacée par le changement climatique et par la pollution.

Avec les informations de The Atlantic

Faune marine

Environnement