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Des travailleurs étrangers temporaires toute l’année

César Geovany Alvarez Macolás, originaire du Guatemala, travaille sur la ferme Bard de Sainte-Anne-de-la-Pocatière.

Photo : Radio-Canada / François Gagnon

Ariane Perron-Langlois

Les travailleurs étrangers temporaires sont de plus en plus nombreux sur les fermes du Bas-Saint-Laurent, et ils ne font pas que contribuer aux récoltes. Un nombre grandissant d'entreprises agricoles ont recours à leurs services toute l'année, en raison de la pénurie de main-d'œuvre qui s'aggrave.

Selon des données de l’Union des producteurs agricoles (UPA) du Bas-Saint-Laurent, en 2017, 20 entreprises agricoles bénéficiaient du programme de travailleurs étrangers temporaires. En 2018, ce nombre a bondi à 51. Et l'UPA prévoit qu'en 2019, ce sont 80 fermes de la région qui devraient engager des travailleurs étrangers pour réussir à accomplir toutes les tâches.

Le nombre de travailleurs étrangers temporaires a augmenté au Bas-Saint-Laurent, selon des données de l'UPA.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le nombre de travailleurs étrangers temporaires a augmenté au Bas-Saint-Laurent, selon des données de l'UPA.

Photo : Radio-Canada / Gabriel Rochette-Bériau

Le nombre de travailleurs étrangers employés dans la région a suivi cette croissance, en passant de 90 en 2017, à 192 en date du 8 avril 2019.

Pour le directeur du centre d’emploi agricole de l’UPA du Bas-Saint-Laurent, Frank St-Pierre, cette hausse est directement reliée à la pénurie de main-d’œuvre que connaît la région.

La rareté de main-d'œuvre nous affecte de façon assez impressionnante. La courbe démographique aussi n'est pas en notre faveur. Le vieillissement de la population, ensuite le taux de chômage qui est en diminution, explique M. St-Pierre.

Nos offres d'emploi en agriculture, je ne vous cacherai pas que ça ne se bouscule pas aux portes pour offrir leurs services.

Frank St-Pierre, directeur du centre d’emploi agricole, Fédération de l’UPA du Bas-Saint-Laurent
César Geovany Alvarez Macolás et Marie-Josée Bard nourrissent les veaux.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

César Geovany Alvarez Macolás et Marie-Josée Bard nourrissent les veaux.

Photo : Radio-Canada / Ariane Perron-Langlois

Des besoins été comme hiver

L’UPA du Bas-Saint-Laurent observe aussi un autre phénomène : désormais, les deux tiers des entreprises agricoles qui embauchent des travailleurs étrangers temporaires font de la production animale.

Or, dans ces fermes laitières, porcines, bovines ou avicoles, le travail se poursuit été comme hiver. Le besoin de main-d’œuvre se fait donc sentir toute l’année.

La ferme Bard de Sainte-Anne-de-la-Pocatière a accueilli son premier travailleur étranger temporaire en 2017. En raison de sa croissance, l'entreprise veut avoir davantage recours à cette main-d'œuvre.

Les producteurs sont en train d'organiser le travail pour que les trois mêmes Guatémaltèques reviennent à la ferme en rotation. Ils travailleront six mois au Québec, avant de rentrer auprès de leurs proches pour trois mois, et reviendront ensuite au Québec pour recommencer le cycle. Ainsi, deux de ces employés seront présents sur la ferme en même temps.

La propriétaire de la ferme Bard de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, Marie-Josée BardAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La propriétaire de la ferme Bard de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, Marie-Josée Bard

Photo : Radio-Canada / François Gagnon

C’est une main-d’œuvre qui est rendue qualifiée pour nous et nos besoins. Ils connaissent notre routine, ils savent ce qu’on attend d’eux […] Pour nous, c’est une très grande richesse.

Marie-Josée Bard, propriétaire de la ferme Bard

« Pour la famille »

À la ferme Bard, César Geovany Alvarez Macolás vit son deuxième séjour de travail en deux ans. Il affirme qu’il gagne deux à trois fois plus d’argent au Québec que dans son Guatemala d’origine.

Tous ses efforts visent à offrir de meilleures conditions de vie à sa femme et son fils de cinq ans, restés au Guatemala.

[Je me sens] parfois un peu triste, parfois un peu heureux. Triste parce que je ne peux pas les voir, mais heureux parce que je peux leur envoyer plus d’argent, résume l’homme de 29 ans dans une entrevue en espagnol.

César Geovany Alvarez Macolás Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

César Geovany Alvarez Macolás, 29 ans, veut offrir une vie meilleure à sa femme et son fils de cinq ans.

Photo : Radio-Canada / Ariane Perron-Langlois

Il faut parfois faire des sacrifices pour la famille. Tout ce qui est bien nécessite des sacrifices.

propos traduits de César Geovany Alvarez Macolás

Une nécessaire adaptation

Dario Alejandro Lucero Ventura n’avait jamais quitté le Guatemala avant de s’installer pour quelques mois à la ferme Pial de Saint-Joseph-de-Kamouraska.

Le changement a été radical pour le père de famille de 25 ans, qui était habitué à travailler avec une dizaine de vaches en liberté. Le troupeau de son employeur québécois compte 350 bêtes et des technologies beaucoup plus poussées que celle qu'il connaissait dans son pays.

J'ai toujours aimé travailler dans l'élevage au Guatemala. C'est pourquoi cela a été facile pour moi, même avec les machines d'ici qui n'existent pas au Guatemala. Je me suis adapté. Ils m'expliquent et, grâce à Dieu, j'ai la capacité de comprendre les choses rapidement, raconte, en espagnol, le jeune homme.

Le propriétaire de la ferme Pial, Mathieu Chénard, a lui aussi dû s’adapter pour former les travailleurs étrangers temporaires qu’il accueille sur sa ferme malgré la barrière de la langue.

Mathieu Chénard nourrit une vache de son troupeau à Saint-Joseph-de-KamouraskaAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Mathieu Chénard nourrit une vache de son troupeau à Saint-Joseph-de-Kamouraska

Photo : Radio-Canada / Ariane Perron-Langlois

Passer du temps avec eux. Discuter avec eux. C'est sûr que conjuguer des phrases, on n’est pas rendus là encore. Mais tous les mots clés, les mots qu'on utilise fréquemment sur la ferme, on finit très bien par se débrouiller. Même eux se forcent pour comprendre le français.

Mathieu Chénard, propriétaire de la ferme Pial

Le premier de ces travailleurs est arrivé il y a moins d’un an. Bientôt, ils seront trois à se relayer sur sa ferme, toujours les mêmes.

Amitiés et solitude

À chaque séjour, un lien de plus en plus fort se tisse entre les employeurs et leurs travailleurs qui font la navette entre le Canada et le Guatemala, raconte Marie-Josée Bard.

Quand il y a un travailleur qui quitte [la ferme], on a un petit motton, un petit pincement au cœur, parce qu'on l'aime cette personne-là […] Quand on les voit partir, on sait que pour eux c'est un moment de bonheur parce qu'ils vont rejoindre leur famille, mais pour nous c'est oh, on va se revoir dans trois mois, illustre-t-elle.

Un travailleur étranger temporaire au travail sur une ferme laitièreAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Dario Alejandro Lucero Ventura au travail

Photo : Radio-Canada / Ariane Perron-Langlois

Cependant, même si Dario et César tentent tous deux d'apprendre le français, la barrière de la langue fait en sorte qu’ils ont peu de contacts avec la communauté en dehors de leur lieu de travail.

Ils passent l'essentiel de leurs séjours au Québec entre la ferme et l'appartement fourni par leur employeur. Entre les journées de travail, une certaine solitude s’installe parfois.

En réalité, on ne connaît pas ce lieu. On n'est pas habitué à cet autre pays. On ne connaît pas les gens, on ne parle pas leur langue. Je suis seul dans l'appartement. Je vois des films, je ne sors que pour acheter la nourriture de la semaine. Je ne peux pas parler la langue. Je ne sais pas communiquer, pratiquement, confie César Geovany Alvarez Macolás.

C'est un grand sacrifice parce que je ne suis pas avec ma fille, je ne peux pas la prendre dans mes bras, je ne peux pas lui parler. Cela fait déjà 10 mois de son enfance que j'ai manqués. Mais je suis là pour ça, pour lui donner le meilleur.

propos traduits de Dario Alejandro Lucero Ventura
Le travailleur agricole Dario Alejandro Lucero Ventura Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Dario Alejandro Lucero Ventura travaille pour la première fois sur une ferme canadienne.

Photo : Radio-Canada / Ariane Perron-Langlois

Malgré les salaires plus élevés, les deux travailleurs ne voudraient pas rester au Canada en permanence, sauf peut-être si leurs familles pouvaient aussi s’y installer.

Des projets d’expansion rendus possibles

Marie-Josée Bard et Mathieu Chénard sont soulagés de savoir qu’ils peuvent compter sur des travailleurs qui reviendront les soutenir à la ferme.

Maintenant que leurs inquiétudes liées au manque de main-d’œuvre sont derrière eux, les deux producteurs ont chacun lancé des travaux d’expansion de plusieurs millions de dollars.

Ils souhaitent ainsi assurer la pérennité de leurs fermes, qui sont dans leur famille depuis quatre et cinq générations respectivement.

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