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Pourquoi certaines villes recyclent-elles moins que d’autres?

Des poubelles de recyclage désignées pour la nourriture et les objets en plastique.

Windsor recycle un peu plus du tiers de ses déchets; Halifax, plus de la moitié.

Photo : Radio-Canada

Rose St-Pierre

Alors que certaines villes canadiennes entament un virage vert, d'autres peinent à améliorer leur bilan environnemental. C'est le cas de Windsor, qui arrive en queue de peloton lorsqu'il est question de recyclage des déchets. Comment expliquer que certaines municipalités recyclent la majorité de leurs déchets, alors que d'autres entassent près de 70 % de leurs rebuts dans leur site d'enfouissement?

Le programme de recyclage à Windsor existe depuis plus d’un quart de siècle. Pourtant, année après année, les résidents ne recyclent pas plus du tiers de leurs déchets.

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Photo : Radio-Canada / Camile M Gauthier

Il y a deux ans, Joséphine Tan-Yan, originaire de Toronto, a déménagé dans le Sud-Ouest de l’Ontario, à la frontière des États-Unis. Elle entamait alors un virage zéro déchets.

Il y a beaucoup de travail à faire, lance-t-elle d’emblée.

Quand on est arrivés ici, on n’a pas eu le choix d’ajuster notre consommation et de réfléchir à des solutions. Puisque plusieurs types de plastiques ne sont pas recyclables et qu’aucun programme de compostage municipal n’existe, la nouvelle résidente de Windsor a dû faire preuve de créativité pour limiter son impact environnemental.

Pour l’instant, j’accumule mon compost et je vais le porter à Toronto lorsque je suis de passage, explique Mme Tan-Yan.

Pour elle, c’est à la Municipalité de faire davantage de sensibilisation. La Ville doit informer les citoyens : elle doit être plus novatrice et plus à l’avant pour expliquer ce qu’on doit faire aux résidents.

La responsabilité des élus

C’est le mandat que s’est donné la gestion des services environnementaux de la Ville.

Mais Anne-Marie Albidone, qui gère ces services, croit plutôt que Windsor fait bonne figure au chapitre du recyclage.

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Photo : Radio-Canada / Camile M Gauthier

Les gens de Windsor font beaucoup de recyclage. Nous avons un taux de diversion des déchets d’environ 37 %. D’autres municipalités compostent déjà et ont un taux de diversion de 55 %. Évidemment, c’est plus que nous, mais on est presque là seulement avec le recyclage, dit-elle.

Néanmoins, Mme Albidone reconnaît que le taux de récupération des déchets de Windsor ne s’améliore pas, stagnant autour des 35 % depuis les dernières années. C’est parce que le programme n’a pas changé, explique-t-elle.

Depuis 25 ans, la fréquence de la cueillette et la grosseur des bacs de recyclage à la disposition des citoyens n’ont pas augmenté. Les citoyens doivent d’ailleurs encore séparer le plastique du papier, ce qui n’est pas toujours fait et diminue le taux de récupération.

Deux bacs de recyclage devant une rangée de maisons.

En 2017, 37% des déchets étaient recyclés à Windsor, un pourcentage en légère baisse depuis les deux dernières années. En comparaison, Toronto recycle 53% de ses déchets, York 60% et Sudbury 45%.

Photo : Radio-Canada / Rose St-Pierre

On pourrait améliorer notre pourcentage si les gens portaient plus attention à ce qu’ils mettent dans le recyclage, affirme Mme Albidone.

L’amélioration de ce système de recyclage passe aussi par les élus, précise la fonctionnaire. Je pense qu’il y a une volonté d’améliorer les choses, mais seulement à un certain point. La question est de savoir à quel coût, dit-elle.

Et la pression d’entamer un virage vert est moins forte à Windsor.

Dans notre région, on a encore un 20 ans d’espace disponible dans notre dépotoir. La Ville de Toronto, il y a 10 ans, n’avait presque plus de place.

Anne-Marie Albidone, gestionnaire des services environnementaux pour la Ville de Windsor

Si bien des villes compostent et recyclent par obligation, d’autres ont donc le choix. Il n’y a rien de moins cher que de mettre les déchets dans la terre. C’est la réalité, admet Mme Albidone.

Un engagement citoyen

Boîtes de carton et papiers empilés

Le centre de tri de Windsor

Photo : Radio-Canada / Rose St-Pierre

Selon Marc Olivier, chercheur au Centre universitaire de formation en environnement et développement durable de l’Université de Sherbrooke, la participation à la récupération dépend de deux choses : la perception de la population par rapport aux enjeux environnementaux et les outils disponibles.

La participation est liée à un engagement qui est personnel, explique le chercheur. Le taux de recyclage d’un citoyen dépend donc de sa sensibilisation aux questions environnementales, mais aussi de son niveau d’études, de son âge et de sa situation économique.

Les quartiers de maisons unifamiliales participent plus au recyclage. Dans les quartiers où on a des gens plus scolarisés, on participe davantage. Et les personnes aînées qui n’ont jamais fait de recyclage, on a de la difficulté à démarrer ça, constate le professeur.

Dans le cas de Windsor, où environ le quart de la population est immigrante, le défi est plus grand. Pour plusieurs qui n’ont pas connu ces systèmes-là dans leur pays d’origine, il est évident qu’ils arrivent dans un monde qu’ils ne connaissent pas du tout, note M. Olivier.

Mais le plus important, précise le chercheur, c’est l’engagement de la jeunesse.

Le meilleur outil pour changer les mentalités dans une communauté, ce sont les jeunes. Selon lui, ils sont les meilleurs sensibilisateurs.

La prise en charge par les jeunes

Sept jeunes devant un bac de compost.

Les jeunes responsables du programme de compostage de l'école secondaire l'Essor. De gauche à droite: Talia Vanden Enden, Christopher Rahi, Emma Bacon, Greta Mariotti, Heather Reid, Luca Riccio-Durocher et Jacqueline Malik.

Photo : Radio-Canada / Rose St-Pierre

À l’École secondaire l’Essor, à Windsor, un programme de compost pensé et géré par les jeunes vient tout juste de démarrer.

Le grand but de ce projet, c’est de réduire les masses de déchets que l’école génère chaque mois, explique une élève responsable du programme.

Entre-temps, ils tentent aussi de convaincre leurs parents d’emboîter le pas, même s’ils rencontrent toujours de la résistance.

J’ai demandé à mes parents si on pouvait faire ça dans notre cour, mais mon père a dit que c’est trop de travail. Si Windsor avait un système en place, ça encouragerait les gens parce que ce serait beaucoup plus facile, soutient Talia Vanden Enden.

Mais les jeunes n’attendront pas que la Municipalité entame un virage vert pour changer leurs habitudes. Ni que les élus votent en faveur d’une amélioration du système de recyclage.

Ces jeunes considèrent que c’est à eux que revient cette responsabilité.

Nous les jeunes, on doit faire l’effort. Avant de se frustrer, il faut faire l’effort. On doit montrer qu’on est ambitieux et qu’on veut un changement, lance Emma Bacon.

Windsor

Recyclage