•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Outaouais kitsch : quand « quétaine, ringard et exagéré » sont assumés

Une statue de cornet de crème glacée géant et un homme chevauchant une asperge géante
Le cornet de crème glacée emblématique du casse-croûte Patalou à Plaisance et l'asperge géante de la ferme La Macédoine à Papineauville. Photo: Sites web : OttawaVeloOutaouais et Guy-Louis Poncelet
Christelle D'Amours

Reconnaissez-vous ces mascottes géantes, emblèmes d'entreprises de l'Outaouais? Elles ont été répertoriées sur la carte interactive Patrimoine Kitsch Québec. Un courant thématique en vogue, selon l'artiste Roxanne Arsenault, mais surtout un répertoire folklorique qui en a long à raconter.

Des bars thématiques tiki hawaïen éparpillés un peu partout dans la province jusqu’au magasin de souvenirs en forme de baleine de Matane : on trouve de tout sur la carte interactive Patrimoine Kitsch Québec (Nouvelle fenêtre). Roxanne Arsenault - aussi connue sous le nom d'artiste Donzelle - et Caroline Dubuc, commissaire au design pour la Ville de Montréal, se sont amusées à créer ce répertoire auquel les gens peuvent ajouter les restaurants, hôtels, bars et attractions les plus kitsch qui soient au gré de leurs découvertes.

On s’y intéresse, on est fascinés quand même par ces endroits-là qui nous font bien rire, mais qui, en fait, quand on les analyse un peu plus en profondeur, c’est intéressant de voir ce qu’ils ont à nous dire.

Roxanne Arsenault, co créatrice de Patrimoine Kitsch Québec
Une pièce pleine d'objets avec portant la marque commerciale Coca-ColaLes objets à l'effigie de la marque commerciale Coca-Cola sont omniprésents dans le Resto chez Mo-Nik à Gatineau, secteur Hull. Photo : Facebook / Resto chez Mo-Nik

En Outaouais, le Resto chez Mo-Nik, l’antre de la marque Coca-Cola sise dans le secteur Hull, ainsi que les asperges géantes de la ferme La Macédoine à Papineauville font partie des « petites perles du patrimoine » ajoutées par les internautes.

Une entorse au caractère québécois de la carte a même permis au Pub Italia, rue Preston à Ottawa, d’afficher son ambiance religieuse teintée d’humour.

Une table de restaurant au décor rappelant l'intérieur d'une église catholique.Agrandir l’imageBancs d'église, vitraux et figurines à l'effigie de personnages de l'église catholique : tout, au Pub Italia d'Ottawa, rappelle l'ambiance d'une chapelle, touche humoristique comprise. Photo : Site web du Pub Italia

Mais qu’est-ce que le kitsch?

Roxanne Arsenault a complété une maîtrise en arts visuels consacrée à l'esthétique kitsch. Selon elle, c’est surtout une image péjorative qui vient à l’esprit, lorsqu’on prononce ce mot. On veut dire kitsch quand on veut dire quétaine, mauvais goût ou [quand] ça nous fait rire tout simplement, soutient la diplômée.Si ça devient ça la définition, personne ne va s’entendre sur ce qui est de mauvais goût. Parce que les choses de mauvais goût pour moi ne le sont pas pour toi, et ainsi de suite.

À son avis, il serait plus pertinent de définir le kitsch par ce qui relève de l’imitation, l’excès, l’intensité et la stimulation des sens.

Un lieu kitsch immersif, c’est un lieu dans lequel on rentre, puis on oublie un peu notre quotidien parce que le décor, la musique, les odeurs et même l’allure des serveurs ou des cuisiniers : tout contribue à ce mirage du faux.

Roxanne Arsenault, cocréatrice de Patrimoine Kitsch Québec
Un magasin en forme de baleine géanteLa boutique de souvenirs La Baleine à Matane. Photo : Facebook / Camping Parc Sirois La Baleine

Mme Arsenault souligne la temporalité qui doit être considérée pour employer le terme correctement. Dans les années 1960, le kitsch, pour eux, c’était les années 1920, alors que pour nous, en 2019, c’est plus les années 1960 [à] 1980 qui sont rendues kitsch, explique-t-elle. Elle ajoute que les années folles relèvent désormais plutôt du domaine des antiquités. C’est évolutif.

Divertissant, mais instructif

C’est un restaurant à la thématique tiki exagérée qui a marqué Roxanne Arsenault, lorsqu’elle était enfant. Depuis, son émerveillement face à la diversité de la culture kitsch à travers le monde ne cesse de croître. Celle qui en a fait le sujet de son mémoire de maîtrise affirme qu’on trouve des trésors dans l’architecture, les décors et l’art à l’échelle internationale. Au-delà de l’esthétisme, déjà intéressant en soit, l’artiste y voir une fenêtre ouverte sur le monde.

Un restaurant à l'ambiance orientaleLe décor de la Couscoussière d'Ali Baba à Montréal offre à ses visiteurs une ambiance orientale typique et des spectacles de danse baladi. Photo : Site web de la Couscoussière d'Ali Baba

Je pense aussi que ces lieux-là parlent spécifiquement de courants d’immigration, de notre société. Ils parlent de plein de choses en fait qu’on ignore un peu et qui sont vraiment intéressantes à analyser, affirme Mme Arsenault.

Un brin de folie qui a donc son lot d’histoires à raconter, mais qui demeure absolument nécessaire dans la société moderne, de l'avis de la spécialiste.

Roxanne Arsenault invite le public à bonifier la carte des lieux et attractions emblématiques - toujours en place ou disparus - de la culture kitsch, qui constitue de son point de vue un patrimoine bien assumé et apprécié à l’échelle provinciale.

On travaille ensemble à créer cette mémoire collective, conclut-elle.

Ottawa-Gatineau

Culture