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Cyclone au Mozambique : l'arbre coupé qui cache la dévastation

Vue aérienne de terres inondées au Mozambique.

Le passage du cyclone Idai a fait des centaines de morts au Mozambique.

Photo : The Associated Press / STR

Radio-Canada

Près d'un mois après le passage du cyclone Idai, le Mozambique continue de compter ses morts. L'ouragan a fait 600 morts jusqu'à maintenant, mais des dizaines de personnes sont toujours portées disparues. Les effets destructeurs de la tempête ont probablement été aggravés par une déforestation accélérée.

Un texte d'Étienne Leblanc

Situé sur la côte est de l'Afrique, le Mozambique n'est pas étranger aux tempêtes tropicales qui naissent dans l'océan Indien. Au pays, personne n'a oublié le grand cyclone Eline en 2000. La tempête avait fait 150 morts et forcé le déplacement de 300 000 personnes.

Depuis cette tempête dévastatrice, il y a 19 ans, sept autres ouragans ont frappé le Mozambique et tué près de 1000 personnes.

Idai aura pratiquement rayé de la carte la ville de Beira (500 000 habitants), inondée à 90 % à la suite du passage de la tempête.

Aussi destructeur qu'il soit, le cyclone aura au moins permis aux experts de constater une chose : la déforestation en cours dans ce pays a probablement accentué les effets de la tempête sur les côtes et à l'intérieur des terres.

Sur le plan géographique, le Mozambique est très vulnérable aux tempêtes. Le pays possède 2700 km de façade maritime, où se jettent de nombreux fleuves qui prennent leur source à l'intérieur du continent.

Les arbres d'une mangrove.

Les arbres d'une mangrove

Photo : CRDI

Le rôle fondamental des mangroves

Comme de nombreux pays côtiers dans les tropiques, les côtes du Mozambique sont en partie protégées par des mangroves, ces forêts d'arbres aux racines solides qui poussent dans la vase, le long du littoral.

Or, le bois des mangroves est très prisé par l'industrie forestière.

« Plusieurs forêts de mangroves sur la côte du Mozambique, de Madagascar et de la Tanzanie ont été détruites, dit Michele Leone, spécialiste du programme Agriculture et environnement au Centre de recherche en développement international (CRDI), basé à Nairobi, au Kenya. Le bois de mangrove est très fort, c'est un bon bois, utilisé pour la construction, parce qu'il résiste aux termites. »

Les mangroves sont une protection très forte pour les côtes, surtout quand elles sont plates.

Michele Leone, Centre de recherche en développement international

Ces mangroves agissent comme une barrière naturelle face aux forces de l'océan. Elles peuvent servir à casser les vagues et à retenir une partie de l'eau dans la mer.

Les arbres : un rôle de tampon

Sans ce garde-fou naturel, l'eau transportée par les tempêtes pénètre à l'intérieur des terres et inonde les terres agricoles et les zones habitées. Mais, là aussi, la destruction des forêts pose problème.

Dans les zones déboisées, l'eau s'écoule toujours plus loin, allant gorger d'eau les fleuves et les rivières, qui, bien que loin de la mer, débordent à leur tour.

Le quart du territoire mozambicain est couvert de forêt. Or, depuis 1980, le pays a perdu l'équivalent du territoire de l'Allemagne en forêt. Chaque année, 0,8 % du couvert forestier disparaît, soit 2670 kilomètres carrés, l'équivalent de 1000 terrains de soccer tous les jours.

Le passage de la tempête Idai aura permis aux spécialistes de constater une chose : là où les forêts ont été mieux préservées, les dommages ont été beaucoup moins importants.

« Il y a des parties où la forêt de mangrove sur la côte n'a pas été déforestée, ou des parcs nationaux comme le parc Gorongosa, à l'intérieur du pays, ont été protégés », dit Michele Leone.

Ces parcs ont une fonction très importante. Un de leur service écosystémique, c'est de créer une grande zone tampon.

Michele Leone, Centre de recherche en développement international

Ainsi, lors d'un gros cyclone, les parcs nationaux protégés se font inonder. Mais l'eau est emprisonnée sur place au lieu de s'écouler dans les terres agricoles et les zones habitées.

À l'opposé, dans les régions où la forêt a été coupée à l'intérieur des terres, les inondations monstres ont laissé place à de nombreux glissements de terrain.

Les racines étant disparues, le sol perd sa structure et, gorgé d'eau, se défait en croûte. Comme si la catastrophe n'avait pas déjà fait assez de dommages.

Une famille coincée sur le toit de leur maison dans le district de Buzi près de Beira, au Mozambique.

Une famille coincée sur le toit de leur maison dans le district de Buzi près de Beira, au Mozambique.

Photo : Reuters / Siphiwe Sibeko

Ailleurs dans le monde, les mangroves sacrifiées

La destruction des mangroves est un phénomène généralisé. Cet écosystème complexe, qui se développe dans les habitats salins et les sédiments côtiers, se retrouve dans 123 pays dans le monde.

La situation est particulièrement grave en Asie du Sud. Selon ONU Environnement (anciennement appelé le Programme des Nations unies pour l'environnement), la région pourrait perdre 35 % des mangroves d'ici 2050.

De l'Inde aux Philippines, en passant par l'Indonésie ou le Vietnam, on coupe la précieuse ressource pour faire place aux activités économiques, notamment les fermes d'élevage de crevettes et les activités pétrolières.

Le village de Paraliya, au Sri Lanka, après le passage du tsunami de 2004.

Le village de Paraliya, au Sri Lanka, après le passage du tsunami de 2004

Photo : Reuters / Kieran Doherty

En 2004, lors du grand tsunami qui a frappé les pays riverains de l'océan Indien, une partie du Sri Lanka a été frappé de plein fouet par la grande vague, qui a tout balayé sur son passage.

En 2005, des experts de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) ont comparé deux villages de ce pays qui avaient été touchés par la catastrophe. Le premier était protégé par une vaste forêt de mangroves, alors que le second était ouvert sur la mer suite à une déforestation importante.

Le tsunami a fait deux victimes dans le premier cas, et 6000 dans l'autre.

Dans plusieurs pays, des programmes de protection des mangroves ont été mis en place, mais les activités économiques exercent beaucoup de pression.

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