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Recycler le verre reste un défi

Des bouteilles de verre

Photo : Radio-Canada

Jean-Philippe Robillard

Malgré une hausse du recyclage du verre au Québec, la majorité de cette matière continue à être enfouie et les transformateurs ne s'entendent pas sur une solution.

Selon des données préliminaires de Recyc-Québec, le recyclage de verre a atteint 37 % l’an dernier, alors qu’il était de 14 % en 2015. Malgré cette embellie, le problème du recyclage du verre demeure entier.

Encore aujourd’hui, une grande quantité de cette matière continue d’être enfouie plutôt que d’être recyclé. L’an dernier, 70 000 tonnes de verre ont été envoyées dans des dépotoirs par les centres de tri et c’est sans compter ce que les citoyens ont mis directement aux poubelles.

Alors que ces tonnes de verre sont expédiées à l’enfouissement, le fabricant de contenants de verre Owens-Illinois doit s’approvisionner à l’extérieur du Québec pour alimenter son usine de Montréal, qui utilise 40 % de verre recyclé.

Ça fait sept ans que je suis ici et ça fait sept ans qu’on prend du verre des autres provinces, parce que c’est du verre qui provient des systèmes de consigne.

François Carrier, directeur de l’usine d’Owens-Illinois à Montréal

La fonderie de Montréal achète son verre recyclé entre autres de l’Ontario et du Nouveau-Brunswick, deux provinces où les bouteilles de vin et de spiritueux sont consignées. L’entreprise en achète également aux États-Unis et prend aussi du verre provenant de la consigne des bouteilles de bière du Québec.

Des bouteilles de verre en production. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Usine de fabrication de bouteilles de verre

Photo : Radio-Canada

L’an dernier, 70 000 tonnes de verre recyclé ont été utilisées dans l’usine, mais rien ne provenait de la collecte sélective et du bac de récupération des Québécois.

On est une des seules usines au monde qui n’a pas accès à du verre recyclé dans son entourage, à 500 kilomètres à la ronde; ce n’est pas normal.

François Carrier, directeur de l’usine d’Owens-Illinois à Montréal.

Le grand patron de la fonderie estime que les centres de tri du Québec n’arrivent pas à produire du verre recyclé de qualité pour les besoins de l’usine. « On a de la misère à le traiter, à le séparer des autres matières; donc, le verre des centres de tri, c’est actuellement du verre avec un taux de contamination en différents produits. »

Le bac et la pureté du verre recyclé

Au Québec, le verre doit être trié à travers les autres matières déposées au bac de récupération. Rien de bon pour son usine qui a besoin d’avoir un verre d’une plus grande pureté comme le permet la consigne. « Avec un système consigné, on n’a pas de déchets de céramique, de bois ou de métaux, ajoute M. Carrier. C’est pour ça que le verre consigné est beaucoup plus pur que le système qu’on a actuellement au Québec. »

M. Carrier estime que le Québec devrait opter pour la consigne des bouteilles d’alcool comme ailleurs au pays. « La consigne fonctionne ailleurs, alors ça devrait fonctionner ici. »

Selon Recyc-Québec, les Québécois ont généré 157 000 tonnes de verre l’an dernier et seulement 58 000 tonnes ont été recyclées, tant la qualité est mauvaise.

Pour certaines entreprises, la qualité du verre produit dans les centres de tri n’est pas un problème. On s’accommode de la situation. À l’usine du Groupe Bellemare, à Trois-Rivières, on utilise chaque année 30 000 tonnes de verre des bacs de récupération pour fabriquer différents types de produits.

C'est possible de faire quelque chose avec ce verre-là.

Serge Bellemare, copropriétaire du Groupe Bellemare

Entrevue avec Karel Ménard, directeur général du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets

Pour y parvenir, l’entreprise investit plusieurs millions de dollars dans des équipements qui retrient la matière des centres de tri. Elle fabrique aujourd’hui des abrasifs au jet, du matériel filtrant pour l’eau et de l’ajout cimentaire, des produits qu’elle vend partout en Amérique du Nord.

Selon Serge Bellemare, le système de collecte sélective fonctionne bien au Québec. « Je suis confortable avec le système actuel, parce que je sais que je vais avoir un approvisionnement en continu pour mon entreprise. »

Il ne croit pas que la mise en place d’une consigne sur les bouteilles de vin et de spiritueux de la Société des alcools du Québec serait plus avantageuse pour les citoyens. « Avoir deux systèmes en parallèle, je pense que ça sera plus coûteux que ce qu’on a présentement, et il y a déjà une habitude qui est créée de mettre dans le bac bleu. »

Contre une consigne

Dans un rapport déposé récemment, Éco entreprise Québec (EEQ), qui représente ceux qui commercialisent les contenants, s’est prononcé contre un système de consigne. Selon l’organisme, il est possible d'obtenir du verre recyclé de qualité et d’augmenter le taux de recyclage sans imposer un système de consigne sur les bouteilles de vin et de spiritueux. Pour EEQ, il suffit d’investir pour moderniser les équipements dans les centres de tri et de développer une véritable industrie du recyclage du verre au Québec.

EEQ doit d’ailleurs fournir des équipements de triage de quelques millions au nouveau centre de tri en construction à Montréal. « Conformément à nos recommandations du Bilan du plan Verre l’innovation, le centre de tri de la Ville de Montréal produira un verre de grande taille facile à trier chez le conditionneur. Ce verre de grande granulométrie produit à Montréal pourra notamment être destiné à la refonte pour faire de nouveaux contenants », nous écrivait le porte-parole d'EEQ.

Le directeur de l’usine d’Owens-Illinois, François Carrier, doute cependant que le verre qui y sera trié atteigne la qualité souhaitée pour son usine. « On a travaillé depuis trois ans avec Éco entreprise sur un projet pilote, et je suis le premier qui a été déçu de voir que ça n'a pas fonctionné. On a eu des échantillons, mais c'était encore trop contaminé pour pouvoir l'utiliser. »

Le ministre québécois de l’Environnement, Benoit Charette, a promis de trancher la question de la consigne dans les prochains mois. Il a refusé de nous accorder une entrevue, mais son cabinet nous a fait savoir par courriel qu’ils étaient « en réflexion quant aux différents éléments que comporterait une réforme de la gestion des matières résiduelles », ajoutant qu’un plan plus détaillé sera dévoilé dans les prochains mois.

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