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Un parent inconnu d’Homo sapiens découvert aux Philippines

Alain Labelle

Des fossiles datés de 50 000 à plus de 67 000 ans découverts aux Philippines appartiendraient à une espèce humaine contemporaine à l'Homo sapiens. Voici l'Homo luzonensis!

Vue des fouilles de la grotte de Callao en 2011.Agrandir l’imageVue des fouilles de la grotte de Callao en 2011. Photo : CNRS

Les caractéristiques physiologiques archaïques et modernes particulières de l’espèce lui confèrent une branche distincte dans l’arbre généalogique du genre Homo aux côtés des Homo neanderthalensis, Homo denisovensis, Homo floresiensis et bien sûr de notre espèce, Homo sapiens.

En outre, cette découverte n’est pas sans renforcer l'importance de l’Asie du Sud-Est insulaire dans l’histoire évolutive des homininés, lignée à laquelle appartiennent les genres Homo, Australopithecus et Paranthropus, mais aussi les gorilles, chimpanzés et bonobos.

Homo luzonensis n'est pas un ancêtre direct de l'homme moderne, mais plutôt une espèce voisine.

La préhistoire de l’Homo

  • Le genre réunit les humains et les espèces apparentées.
  • Il serait apparu il y a quelque 2,5 millions d'années.
  • Il a produit une variété d'espèces, en raison de sa dispersion géographique précoce et de son développement dans des niches écologiques différentes.
  • Toutes les espèces du genre Homo sont disparues, sauf Homo sapiens.
  • Les dernières espèces disparues, Homo floresiensis, Homo denisovensis et Homo neanderthalensis, se sont éteintes il y a 30 000 à 50 000 ans.

L'Homo luzonensis

Cette espèce a été décrite à partir de 13 ossements fossiles et des dents ayant appartenu à au moins trois individus différents, dont un enfant. Ces restes ont été découverts lors de fouilles effectuées dans la grotte de Callao située sur l’île de Luçon entre 2007 et 2015.

La une du magazine NautreAgrandir l’imageLa découverte d'Homo luzonensis a fait la une du magazine Nature. Photo : Nature

L’anthropologue français Florent Détroit et ses collègues du Muséum national d’histoire naturelle de Paris, avec d’autres scientifiques philippins et australiens, estiment qu’il s’agit des plus anciens restes humains connus aux Philippines, précédant les preuves de la présence des premiers Homo sapiens datés de 30 000 à 40 000 ans.

Leurs origines et le parcours migratoire qu’ils ont emprunté pour arriver sur l’île de Luçon restent un mystère. Une chose est certaine, pendant le Quaternaire, l'île de Luçon n'a jamais été accessible à pied. Ces Homo doivent donc avoir trouvé un moyen de traverser la mer.

Comparer des dents avec des dents

Les comparaisons effectuées entre ces fossiles et ceux d’autres espèces Homo au moyen de techniques d’imagerie et de morphométrie 3D montrent que l’Homo luzonensis présente des caractères très primitifs ressemblant aux australopithèques, mais aussi d’autres, plutôt modernes, souvent associés aux Homo sapiens.

Fossiles découverts dans la grotte de Callao et attribués à la nouvelle espèce Homo luzonensis.Agrandir l’imageFossiles découverts dans la grotte de Callao et attribués à la nouvelle espèce Homo luzonensis. Photo : CNRS

Deux exemples :

  • Les prémolaires et molaires illustrées sur le tableau (a) ont appartenu au même individu. Elles sont dotées de 2 à 3 racines, alors que chez Homo sapiens il n’y en a qu’une et parfois deux. Par ce caractère et par la morphologie de l’émail et de la dentine, les prémolaires d’Homo Iuzonensis se rapprochent de celles des australopithèques et espèces anciennes du genre Homo, tels Homo habilis et Homo erectus.
  • Les molaires (b) sont petites et ont une morphologie très simple, plus proche de celles d’Homo sapiens.

Ces caractères combinés empêchent les anthropologues de les associer à une espèce connue aujourd’hui.

Les os des pieds présentent aussi des détails distincts. La phalange proximale présente une courbure très marquée et des insertions très développées pour les muscles assurant la flexion du pied. Or, ces caractéristiques n’existent pas chez Homo sapiens. Mais, encore une fois, cette phalange rappelle fortement celles des australopithèques.

Contexte

  • La plus ancienne présence d’hominine connue aux Philippines date de 700 000 ans.
  • Homo luzonensis y vivait quelque 600 000 ans plus tard.
  • Cette espèce aurait évolué sous les effets de l’endémisme insulaire, un peu comme Homo floresiensis sur l’île de Flores en Indonésie, dont les restes ont été découverts en 2003.
  • L’endémisme insulaire pourrait expliquer la « réapparition » de caractéristiques primitives chez Homo luzonensis.

Il faut rappeler que les restes d’australopithèques n’ont été découverts qu'en Afrique et à des périodes bien plus anciennes (environ 2 à 3 millions d’années).

En outre, ces caractéristiques uniques sont très différentes des autres représentants du genre Homo, qui peuplaient au même moment l’Asie du Sud-Est, c’est-à-dire Homo sapiens et Homo floresiensis.

Le détail de ces travaux est publié dans la revue Nature (Nouvelle fenêtre) (en anglais).

Anthropologie

Science