•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Des plongeurs pilleraient les trésors enfouis de la Nouvelle-Écosse

L'archéologue et plongeur Duane Dauphinee à son domicile de Williamswood, en Nouvelle-Écosse le 1er avril 2019.

L'archéologue et plongeur Duane Dauphinee à son domicile de Williamswood, en Nouvelle-Écosse.

Photo : La Presse canadienne / Andrew Vaughan

Radio-Canada

En voulant protéger ses vestiges culturels, la Nouvelle-Écosse encourage la prolifération de « plongeurs pirates » qui pillent les épaves des navires s'étant échoués près de ses côtes et mettent leurs trésors à l'abri du gouvernement, estiment des explorateurs.

Environ 10 000 épaves se trouveraient, dans certains cas depuis des siècles, au large de la Nouvelle-Écosse. Leur présence a attiré de nombreux explorateurs et plongeurs archéologues.

En 2010, l’ancien gouvernement néo-démocrate de la province abrogeait la Loi sur les trésors, seule loi du genre en Amérique du Nord, qui permettait aux plongeurs d’obtenir des permis pour explorer les épaves. La Nouvelle-Écosse, qui prenait jusque là 10 % des butins remontés par les plongeurs, voulait désormais s’approprier la totalité des biens et des objets récupérés dans les fonds marins.

Selon des experts du domaine, cela a plutôt eu pour effet de dissuader les expéditions organisées et d’encourager les plongeurs clandestins.

Jeff MacKinnon, chasseur de trésors comme son père et son grand-père avant lui, n’a mené aucune expédition au large de la Nouvelle-Écosse depuis l’abrogation de cette loi. Il affirme cependant que des plongeurs s’y aventurent illégalement, et que ceux-ci n’ont aucun intérêt à dévoiler les trésors qu’ils y trouvent, puisqu’ils seront obligés de les céder au gouvernement.

L’homme du Cap-Breton ne croit pas une seconde que la stratégie du gouvernement a permis d’éviter le pillage de ces épaves. C’est trop séduisant pour certaines personnes, dit-il.

Jeff MacKinnon croque une pièce d'or.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Jeff MacKinnon, chasseur de trésor, croque une pièce d'or.

Photo : La Presse canadienne

M. MacKinnon ajoute que rien n’empêche ces gens de plonger et qu’il n’y a pas de façon efficace de contrôler ce qui se passe dans ces sites sous-marins extracôtiers.

La stratégie du gouvernement aurait donc des effets contraires, en privant la province de précieux vestiges historiques, estime Duane Dauphinee, un plongeur d’Halifax qui a participé à des expéditions archéologiques sous-marines à travers le monde.

Les objets sont découverts clandestinement dans les épaves et aboutissent dans le sous-sol de ces plongeurs, illustre M. Dauphinee. Il fait aussi valoir que de travailler avec la province permettait à l’époque aux explorateurs de connaître la provenance et la pertinence historique de ce qu’ils découvraient.

Roger Marsters, curateur au Musée maritime de l’Atlantique, à Halifax, est lui aussi d’avis que les épaves sont fouillées illégalement. Il croit que la province devrait désigner un plongeur archéologue pour superviser la gestion de ces sites.

Cette personne pourrait, selon lui, sensibiliser la communauté des plongeurs à la gestion responsable de ces ressources patrimoniales.

Les chasses aux trésors, pendant ce temps, n’ont pas cessé à la célèbre île Oak, censée receler un légendaire butin, jamais découvert. L’île est l’objet d’une téléréalité à succès, The Curse of Oak Island.

Lorsque le NPD a révoqué la Loi sur les trésors en 2010, des dispositions ont été prises pour que les fouilles puissent continuer à l’île Oak. Jeff MacKinnon estime que cela est injuste, alors que d’autres sites, d’une valeur historique potentiellement supérieure, sont ignorés.

Une carte d'Oak Island.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Oak Island, en Nouvelle-Écosse, attire la convoitise des chercheurs de trésors.

Photo : Radio-Canada / CBC

Considérant le succès de l'émission The Curse of Oak Island, il croit aussi qu’il s’agit d’une occasion manquée de donner de la visibilité à d’autres sites en Nouvelle-Écosse, qui pourraient eux aussi faire l’objet de séries télévisées ou de documentaires.

En 1965, des plongeurs avaient récupéré des pièces d’or d’une valeur d’un demi-million de dollars dans l’épave du navire français Le Chameau, qui a coulé près de Louisbourg en 1725. Ce trésor peut aujourd’hui être admiré par tout le monde au Musée maritime de l’Atlantique.

Mais Jeff MacKinnon craint que la collection du musée ne soit pas enrichie de sitôt. La province, selon lui, a découragé les explorateurs et les chasseurs de trésors, et le gouvernement n’a pas les moyens de financer de telles expéditions.

Les payeurs de taxes ne vont pas dépenser de l’argent pour récupérer des épaves. Ils aiment mieux que leur argent soit investi dans les soins de santé ou une meilleure éducation pour leurs enfants, dit M. MacKinnon. Alors pourquoi ne pas travailler avec le secteur privé pour récupérer ces épaves?

Nouvelle-Écosse

Histoire