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« Nettoyage ethnique » : Trudeau dénonce les propos du maire de Hampstead

Le maire de Hampstead William Steinberg a qualifié le projet de loi sur la laïcité du gouvernement Legault de « nettoyage ethnique pacifique ».

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Yannick Donahue

Justin Trudeau a dénoncé à son tour, mercredi, les propos du maire de la ville de Hampstead, William Steinberg, qui a qualifié, le 5 avril dernier, le projet de loi 21 sur la laïcité de « nettoyage ethnique ». Le premier ministre du Canada a jugé ces paroles « inacceptables » et a invité M. Steinberg à présenter des excuses, comme l'a aussi demandé mardi le premier ministre du Québec, François Legault.

Pour moi, c’est inacceptable les paroles que le maire de Hampstead a utilisées, et j’espère qu’il va s’excuser. On n’a pas besoin d’aller aux extrêmes, on peut débattre du projet de loi sans pousser trop fort.

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

M. Trudeau considère que le débat au sujet du projet de loi sur la laïcité du gouvernement Legault « doit être amené de façon respectueuse ».

« Il y a des gens qui sont extrêmement inquiets par ce projet de loi et je les comprends, mais on ne devrait pas utiliser des propos comme cela, a-t-il affirmé lors d’une mêlée de presse. Évidemment, quand on parle de l’Holocauste, il faut toujours faire attention. Il faut faire attention de ne pas aller vers les extrêmes dans ce débat. Il y a assez de substance dans ce débat pour l’avoir de façon respectueuse. »

Le chef du Parti conservateur, Andrew Scheer, a aussi déploré les commentaires de William Steinberg : « C’est un choix de mots très inacceptable. […] On peut critiquer le projet de loi sans exagérer ».

Steinberg minimise ses propos

William Steinberg a affirmé le 5 avril que le projet de loi sur la laïcité du gouvernement du Québec était « une tentative d’expulser ceux qui pratiquent des religions minoritaires, ne laissant que des non-croyants et des chrétiens au Québec ». « C'est du nettoyage ethnique – pas avec un fusil, mais avec une loi. C'est raciste et c'est ignoble », a-t-il dit.

Mardi, il a dit qu’il n’avait « pas du tout » l'intention de présenter des excuses. « J’entends plutôt demander aux gens d’arrêter de dire "nettoyage ethnique", mais de dire "nettoyage ethnique pacifique", pour que nous comprenions dès le départ que je ne parle pas de génocide, d’abattre les gens, d’expulser les gens, rien de tout cela », a-t-il déclaré.

Le maire Steinberg a continué mercredi à minimiser la teneur de ses déclarations, tout en répétant qu'il ne s'excuserait pas. Il a déploré le fait que « certains médias se sont concentrés sur deux mots et ont ignoré les conséquences futures de ce projet de loi ».

« Mes commentaires pris dans leur contexte soulevaient simplement un impact évident de cette loi. Ces mots doivent être dits. Les gens doivent comprendre à quel point c’est sérieux. Maintenant, nous avons fait valoir notre point, nous avons exprimé notre message, je ne vais probablement plus utiliser les mots "nettoyage ethnique". Vous l’avez déjà entendu, vous n’avez plus besoin de l’entendre à nouveau », a-t-il déclaré.

Il a ajouté : « Regardez les impacts du projet de loi 21, regardez la façon dont il va mener à une société moins diversifiée et discutons de cela. Car, avant mes remarques, j’ai entendu peu de gens, sinon personne, parler des impacts pour réduire la diversité au sein de la société et c’est ça le vrai enjeu. Alors, si les gens veulent parler de cet enjeu au lieu de tout le reste, je crois que ce serait une très bonne idée ».

Le maire de Hampstead a annoncé qu’il ne participera pas à la manifestation prévue le 14 avril afin de ne pas devenir « une distraction ».

Une réunion spéciale du conseil municipal de la Ville de Hampstead est convoquée lundi prochain dans le but de discuter du dossier de la laïcité. L'ordre du jour doit être publié vendredi après-midi.

Le maire souhaite faire adopter une résolution visant à condamner le projet de loi 21. Avec cette résolution, la Municipalité désire déclarer officiellement son intention de ne pas se conformer à la loi si elle devait entrer en vigueur. M. Steinberg a répété que ce projet de loi est « raciste ».

Ce refus d'appliquer la loi n'aurait toutefois pas une grande incidence, puisque Hampstead n'a ni police ni cour municipale.

Une plainte

Mercredi matin, on apprenait qu’une plainte a été déposée contre le maire William Steinberg à la Commission municipale du Québec (CMQ) concernant ses déclarations controversées.

La plainte en question a été déposée par un résident de Montréal, Jean-François Racine, qui considère que William Steinberg a tenu « des propos intolérants envers le projet de loi 21 ».

« Je dépose cette plainte pour qu’une forme d’égalité et de justice pour tous soit respectée à Montréal. J’espère que vous allez prendre cette plainte en considération et enquêter sur la sévérité des propos que le maire de Hampstead William Steinberg a tenus vendredi dernier », écrit-il dans sa lettre.

La ministre des Affaires municipales, Andrée Laforest, a confirmé mercredi matin que la CMQ avait reçu une plainte à cet effet. « On va laisser la CMQ décider et gérer ce dossier », a-t-elle dit.

« Le maire de Hampstead a dérapé » - Legault

Les déclarations de William Steinberg ont continué de faire réagir à l’Assemblée nationale, les députés dénonçant tour à tour sa position.

Le premier ministre François Legault croit que les paroles du maire William Steinberg traduisent un manque de considération pour les Québécois.

« Je pense que les Québécois ont le droit de se donner des façons de faire. Entre autres, de dire que les personnes qui travaillent pour l’État, qui sont en position d’autorité, ne devraient pas, au Québec, porter de signes religieux, a affirmé le premier ministre. Je pense que c’est tout à fait légitime. […] Je pense que les Québécois doivent être respectés. »

« Quand je vois le maire de Hampstead en remettre, je trouve qu’il manque de respect envers la majorité des Québécois », a-t-il dit en mêlée de presse.

Le chef caquiste faisait référence au fait que M. Steinberg a dit, mardi, qu'il parlera plutôt dorénavant de « nettoyage ethnique pacifique ».

François Legault estime que « le maire de Hampstead a dérapé ».

« Il y a eu une plainte déposée à la Commission municipale du Québec. On va laisser la Commission faire son travail. Maintenant, je pense qu’il est en train de s’isoler et il est en train de se mettre à dos la majorité des Québécois. Je ne pense pas que cela va aider sa crédibilité pour l’avenir », a déclaré le premier ministre.

« Steinberg doit réfléchir à son avenir » - Arcand

De son côté, le chef par intérim du Parti libéral du Québec, Pierre Arcand, invite M. Steinberg à la réflexion. « Si j’étais à sa place, je réfléchirais à [m]on avenir. Je pense qu’il doit réfléchir à son avenir », a-t-il dit avant d’ajouter : « Je ne l’appelle pas à démissionner ».

C’est sûr que ce que la CAQ fait au Québec de façon générale incite à ce genre d’excès. Il y a des projets de loi qui sont divisifs et évidemment ça amène souvent à des excès.

Le chef par intérim du Parti libéral du Québec, Pierre Arcand

François Legault a répliqué à Pierre Arcand en lui demandant de modérer ses déclarations.

« Depuis quelque temps, j’ai de la misère à le reconnaître. Encore une fois, je lui demande à M. Arcand et à tous les élus d’être respectueux des positions des différents partis. Je comprends que c’est un dossier qui est émotif, mais on peut faire des débats au Québec dans le calme. Je lui demande de ne pas faire exprès pour [...] rajouter de l’huile sur le feu », a-t-il dit.

Des paroles honteuses

Pour sa part, le chef par intérim du Parti québécois, Pascal Bérubé, estime que les paroles de l’élu montréalais sont honteuses.

« Ce que M. Steinberg a dit est profondément honteux. Il devrait s’excuser en français et en anglais. S’il maintient ses propos, il est disqualifié de tout débat sur les enjeux de laïcité. Quiconque va s’associer avec lui… Il vient de tomber dans la catégorie d’Adil Charkaoui. Il ne pensait jamais que cela allait arriver, mais il est dans le même groupe, quant à moi », a-t-il affirmé.

Comme Justin Trudeau, la vice-première ministre du Québec, Geneviève Guilbault, a elle aussi invité William Steinberg à faire amende honorable.

« Il y a des excuses qui lui ont été demandées. J’ai senti que de la part de tous les élus ici à l’Assemblée nationale il y avait aussi un consensus à l’effet que ces propos-là étaient inacceptables. Cela peut inutilement faire déraper le débat, un débat qui est sensible. Il faut le faire dans le calme, dans le respect. Il faut que ça demeure pacifique. Je pense qu’il serait de mise de sa part de s’excuser, parce que ce genre de propos venant d’un élu n’est pas acceptable », a-t-elle dit.

Le ministre québécois de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, Simon Jolin-Barrette, s’est défendu de vouloir diviser la population.

« On a un projet de loi qui est modéré. Un projet de loi qui est pondéré, qui est applicable. Cela fait plus de 10 ans qu’on parle de l’interdiction du port de signes religieux chez certaines personnes en situation d’autorité », a-t-il affirmé.

Réaction de l'administration Plante

Après les premiers ministres François Legault et Justin Trudeau, l'administration Plante a réagi pour la première fois mercredi à la controverse déclenchée par le maire de Hampstead.

Le responsable des relations gouvernementales au comité exécutif de Montréal, Jean-François Parenteau, déplore ces propos. Il souhaite des excuses. Mais il ne va pas jusqu'à les réclamer, comme l'ont fait de nombreux autres élus.

« Je pense que M. Steinberg a toute la légitimité et le sens moral de s’excuser, s’il doit s’excuser. Je pense qu’il sent la pression de l’ensemble de ses collègues élus des différents paliers et c’est certain que des excuses, à ce moment-ci, seraient appréciées – ce sera son libre choix à lui – pour garder un débat sain et aller plus loin dans ce débat. »

La mairesse Valérie Plante, en mission en Amérique du Sud, n'a pas encore commenté l'affaire.

Plusieurs personnes étaient déjà sorties sur la place publique mardi pour demander au maire Steinberg de retirer ses paroles et de s’excuser publiquement, dont le premier ministre François Legault, le député libéral de la circonscription québécoise de D'Arcy-McGee David Birnbaum, le chef de l'opposition officielle à l'Hôtel de Ville de Montréal Lionel Perez et le conseiller de Hampstead Leon Elfassy.

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