•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

L'Algérie expulse le directeur local de l'Agence France-Presse

Aymeric Vincenot, assis à un bureau, devant un ordinateur.

Aymeric Vincenot, directeur de l'Agence France-Presse à Alger, a été expulsé d'Algérie. Il était en poste depuis juin 2017.

Photo : Getty Images / AFP

Radio-Canada

Le chef du bureau de l'Agence France-Presse (AFP) à Alger, Aymeric Vincenot, a été expulsé mardi par les autorités algériennes. L'accréditation du journaliste de 45 ans n'a pas été renouvelée, sans qu'aucune explication formelle ne soit fournie, et l'ultime délai qui lui avait accordé par la police a expiré.

Son expulsion survient alors que l’Algérie est secouée depuis sept semaines par un mouvement de contestation sans précédent contre le système au pouvoir. Les manifestations pacifiques ont déjà forcé la démission du président Abdelaziz Bouteflika, et les protestataires assurent que leurs pressions se poursuivront.

« Cette décision prise sous la présidence de M. Bouteflika est inacceptable. Il n'est pas question pour nous, dans ces conditions, de nommer dans l'immédiat un nouveau directeur à Alger », a commenté le président-directeur général de l'AFP, Fabrice Fries, dans un communiqué.

Cette décision porte gravement atteinte à notre dispositif, qui vise à assurer une couverture exhaustive et rigoureuse des événements historiques qui se déroulent actuellement en Algérie.

Fabrice Fries, président-directeur général de l'AFP

M. Fries a assuré que l’AFP « ne renonçait pas pour autant » à poursuivre sa couverture du soulèvement populaire. Des envoyés spéciaux y ont été dépêchés ces dernières semaines, et l’agence entend continuer de déposer des demandes de visa pour d'autres journalistes.

Le titre de séjour d’Aymeric Vincenot, qui n'avait plus d'accréditation depuis la fin de l'an dernier, était arrivé à échéance le 28 février.

Nous regrettons cette décision et rappelons notre attachement à la liberté de la presse et à la protection des journalistes partout dans le monde.

Agnès von der Mühll, porte-parole du ministère français des Affaires étrangères

La demande de renouvellement de sa carte de presse pour 2019, nécessaire pour l'obtention d'un permis de résidence, est restée sans réponse officielle de la part des autorités, malgré les efforts de l'AFP pour obtenir des explications. La direction de l’agence n’a d’ailleurs reçu aucune notification formelle justifiant la décision.

Un responsable de l’AFP a simplement été informé de vive voix en mars de divers griefs, portant notamment sur la couverture de l'actualité algérienne et de l'état de santé de M. Bouteflika par le chef du bureau de l'AFP, mais sans qu’on lui soumette la moindre preuve d'une faute de sa part.

En outre, M. Vincenot n'a jamais eu la possibilité de répondre.

L'expulsion du directeur du bureau de l’AFP à Alger est plus qu’un signe extrêmement négatif, c’est l’indice d’une volonté de dissimulation : pourquoi violer la liberté de la presse dans une telle période politique?

Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières, sur Twitter

Fin mars, un envoyé spécial de l'agence Reuters, le journaliste tunisien Tarek Amara, a aussi été expulsé d'Algérie, après avoir couvert des manifestations contre le régime pendant plusieurs jours. Les autorités algériennes n'avaient fourni aucune explication. Reuters avait affirmé à l'AFP que son journaliste disposait d'une accréditation pour exercer en tant qu'envoyé spécial.

Fin février, une dizaine de journalistes algériens ont aussi été arrêtés et détenus durant plusieurs heures, après avoir participé à un rassemblement visant à dénoncer les pressions subies et les restrictions à la couverture du mouvement de contestation « imposées par [leur] hiérarchie ».

D'autres manifestations du genre ont tout de même eu lieu par la suite.

Plusieurs journalistes, la main sur la bouche, tiennent des pancartes dénonçant la censure.

Des journalistes algériens ont dénoncé la censure qui leur est imposée lors d'un rassemblement organisé devant le siège de la télévision d'État, le 25 mars dernier.

Photo : Reuters / Ramzi Boudina

Reporters sans frontières, qui a placé l’Algérie à la 136e place sur 180 pays dans son dernier classement de la liberté de presse, avait condamné ces interpellations et « l'intervention brutale des forces de l'ordre ».

Dans le communiqué de l'AFP, Fabrice Fries a d’ailleurs tenu à exprimer « la solidarité » de l'Agence « envers les journalistes algériens, qui font courageusement leur métier dans des conditions particulièrement difficiles ».

L'AFP est l'agence de presse internationale la mieux implantée en Algérie, où elle est présente depuis 1962.

Avec les informations de l'Agence France-Presse

Afrique

International