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Le maquereau ou une nouvelle histoire de surpêche

Des maquereaux

Des maquereaux

Photo : Radio-Canada

Joane Bérubé

On pourrait croire que toutes les leçons ont été tirées du moratoire sur la pêche aux poissons de fond. Or, même réduits depuis quelques années, les niveaux actuels de pêche au maquereau peuvent difficilement être maintenus sans compromettre le rétablissement de la population.

La pêche est toujours le principal facteur de mortalité du maquereau. Le taux d’exploitation en 2018 a été estimé à 77 % de la biomasse.

La pression par la pêche est toujours importante, la biomasse est très basse et le recrutement de ses deux dernières années est très bas. Les deux dernières années, on a eu le recrutement le plus bas sur toute la série temporelle, indique Andrew Smtih, biologiste responsable de l’évaluation des stocks à l’Institut Maurice-Lamontagne.

La diminution de la population de maquereaux n’est pourtant pas un phénomène nouveau. Un nouveau modèle d’évaluation des stocks, développé par les scientifiques de Pêches et Océans Canada, ne fait pas que confirmer le déclin, il le sanctionne.

Même si la pêche était suspendue, la probabilité que les stocks puissent se reconstituer et sortir de la zone critique serait, en 2021, de 68 %.

Le Maquereau bleu

Livre de référence sur le maquereau bleu

Photo : Radio-Canada

Le maintien d’un quota de 10 000 tonnes, comme en 2018, abaisse cette probabilité à 49 % en 2020 et à 48 % en 2021. La probabilité de croissance du stock d'ici 2021 est passée de 78 % à 49 %.

Un nouveau modèle d’évaluation

Présent dans le golfe durant la belle saison, le maquereau pêché dans le golfe du Saint-Laurent passe ses hivers au sud, près des côtes du Maine et même jusqu’à celles du New Jersey. Les prises hivernales de nos voisins du sud influent donc sur la santé de la population du nord et sont maintenant intégrées aux estimations de stock de Pêches et Océans Canada.

Les scientifiques ont aussi intégré dans leurs calculs différents paramètres, dont des estimations des prises non comptabilisées provenant de la pêche récréative et de certaines prises pour appâts non inscrites au journal de bord des pêcheurs. Ces prises représentent maintenant un pourcentage important de tous les prélèvements de maquereaux, mais ne sont pas incluses dans le taux de prises autorisées (TAC) par le plan de pêche.

Un pêcheur de maquereau à Sept-Îles

Un pêcheur de maquereau à Sept-Îles

Photo : Radio-Canada / Nicolas Lachapelle

Une baisse continue et une surpêche confirmée

Les prises de maquereaux dans le nord-ouest de l'Atlantique et dans les eaux canadiennes et américaines sont en baisse depuis 2005.

Seulement au Canada, les débarquements ont chuté de 54 726 tonnes à 8 674 tonnes entre 2005 et 2013.

  • Le taux de prises autorisées (TAC) pour le nord-ouest de l'Atlantique a déjà grimpé jusqu’à 200 000 tonnes avant les années 2000.
  • Le TAC a été abaissé à 36 000 tonnes en 2012.
  • Avec des prises autorisées de seulement 8000 tonnes, les pêcheurs canadiens ont atteint leur quota pour la première fois en 2016.

Autrement dit, avant 2016, les captures autorisées ont été supérieures, et même certaines années largement supérieures, aux débarquements et n’ont pas servi à limiter la pêche.

D’ailleurs, en 2017, les Américains ont estimé que le maquereau bleu du nord-ouest de l'Atlantique avait été surexploité et continuait de l’être.

Andrew Smith, biologiste en évaluation des stocks à Pêches et Océans Canada

Adam Smith, biologiste en évaluation des stocks à Pêches et Océans Canada

Photo : Radio-Canada

Andrew Smith, biologiste en évaluation des stocks à l’Institut Maurice-Lamontagne, confirme : C’est, dit-il, un poisson qui est toujours surpêché.

Reproduction difficile

La surpêche n’est pas le seul facteur qui influe négativement sur la reconstitution de la population de maquereaux. La reproduction aussi.

C’est un relevé annuel d’œufs qui permet de calculer la biomasse des reproducteurs. Depuis 2005, le niveau de la biomasse du stock reproducteur ne représente plus que le vingtième de ceux observés dans les années 1980. Cette situation rend difficile la capacité du stock à se reconstituer.

Membre du groupe de travail sur le maquereau, mis sur pied par Pêches et Océans Canada, le pêcheur David Huard veut demeurer optimiste. Le maquereau, dit-il, c’est un pélagique. Les pélagiques, lorsqu’ils ont des bonnes années de reproduction, on peut être une dizaine d’années sans avoir de problème avec le stock. Ça fait 20 ans qu’on n’a pas eu une bonne année de reproduction. La dernière, ç'a été en 1999. Avant ça, ç’a été en 1986. Il y a eu des bonnes années de pêche au maquereau par la suite. On est dû pour une bonne année.

Les grands maquereaux reproducteurs presque disparus

Selon le biologiste Andrew Smith, les trois quarts des spécimens pêchés au cours des dernières années sont nés en 2015. Un maquereau peut vivre jusqu’à 20 ans, mais il est désormais difficile de pêcher un maquereau de plus de 7 ans.

Les relevés scientifiques démontrent que les niveaux de recrutement, soit la présence de jeunes maquereaux, en 2017 et 2018 sont aussi au plus bas. C’est difficile de prévoir si d’autres cohortes s’en viennent pour remplacer celle de 2015, commente le scientifique. Espérer qu’une cohorte importante vienne rétablir la situation, c’est un peu comme une loterie, ajoute-t-il.

Les conditions environnementales et la disponibilité de proies, non seulement pour les adultes, mais aussi pour les larves, c’est l’environnement qui va déterminer si la cohorte sera forte ou non, explique le biologiste Andrew Smith. Le réchauffement de l’eau du golfe devient donc un obstacle puisqu’il pourrait expliquer la diminution de la biomasse de zooplanctons dont se nourrit le maquereau.

Un appât

Les pêcheurs de homards comme David Huard utilisent le maquereau comme appât.

Un pêcheur debout près de son bateau

Le pêcheur de homard, David Humard

Photo : Radio-Canada / Martin Toulgoat

Pour lui, il est important que les pêches comme le homard ou le crabe, qui utilisent le maquereau comme appât, puissent conserver leur certification de pêche durable.

Le maquereau représente 50 % des appâts utilisés.

La moitié de ce maquereau provient toutefois d’autres pays. L’enjeu, souligne le pêcheur, c’est d’essayer de garder une autonomie de nos pêches au Canada, s’il faut utiliser de l’appât étranger pour pêcher notre poisson, on devient vulnérables sur le marché. Les prix aussi. On perd le contrôle sur le prix de l’appât aux pêcheurs.

Des relevés d’œufs ont été effectués un peu partout dans le golfe, y compris près de Terre-Neuve, où les pêcheurs disent observer beaucoup de jeunes maquereaux. Ces relevés n’ont pas permis de démontrer que le maquereau avait de nouveaux sites de frai.

Des solutions attendues

Différentes hypothèses ont été transmises au ministre des Pêches pour sauver l'espèce.

On est prêt à réduire les quotas, à réduire notre part.

David Huard, pêcheur de homard, Gaspésie
Des bateaux au printemps amarrés à un quai

Havre de pêche de New Port

Photo : Radio-Canada / Martin Toulgoat

Les pêcheurs de homard de la Gaspésie ont d'ailleurs recommandé un quota de 8000 tonnes. Si je me souviens bien des chiffres, ça donne 50 % des chances de sortir de la zone critique d’ici 7 ans.

Terre-Neuve, qui capture grosso modo 50 % du quota, souhaiterait en avoir plus.

David Huard ne souhaite pas que soit imposé un moratoire complet sur la pêche. Il croit plutôt que la solution passe par une collaboration entre pêcheurs et scientifiques. Ils ont l’œil sur le sujet, mais ils sont conscients que les pêcheurs font un effort. C’est un stock important et les pêcheurs vont faire ce qu’il faut pour le protéger.

Le ministre des Pêches du Canada, Jonathan Wilkinson, devrait rendre une décision d'ici quelques semaines.

Gaspésie et Îles-de-la-Madeleine

Économie