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La moitié des villes de la région de Québec ont déjà retiré leur crucifix

Plan rapproché d’un crucifix.

Beaumont n’a pas l’intention de décrocher le crucifix de la salle du conseil municipal.

Photo : Radio-Canada

Louis Gagné

De nombreuses municipalités de la grande région de Québec n'ont pas attendu l'annonce du retrait du crucifix du Salon bleu de l'Assemblée nationale pour décrocher celui ornant leur salle de conseil. Un recensement effectué par Radio-Canada permet de constater qu'environ 50 % des villes de la Capitale-Nationale et de la Chaudière-Appalaches l'ont déjà remisé.

Dans certaines municipalités, le retrait du symbole rappelant la crucifixion de Jésus-Christ remonte à plusieurs années. C’est le cas à Laurier-Station, où la Cour municipale et les conseillers partagent la même salle. La croix aurait été retirée après qu’un juge eut refusé de siéger en présence du crucifix.

D’autres villes comme Saint-Gilles, sur la Rive-Sud, ont choisi de décrocher l’objet controversé après le dépôt du rapport de la commission Bouchard-Taylor, en 2007. Ses auteurs recommandaient le retrait du crucifix placé au-dessus du siège du président de l’Assemblée nationale, dans le Salon bleu.

À noter que certaines municipalités ne sont pas en mesure de confirmer qu’un crucifix a déjà été accroché à l’intérieur de leur salle de conseil. C’est le cas, entre autres, d’East Broughton.

Sur la quarantaine de villes contactées par Radio-Canada, 19 ont toujours un crucifix à l’intérieur de leur salle de conseil.

Patrimoine

Beaumont est de celles-là. Son maire, David Christopher, explique que le crucifix fait partie du patrimoine.

Il rappelle que sa municipalité a été fondée il y a près de 350 ans, à une époque où la religion était omniprésente dans la vie de ses habitants.

« La croix, moi, je la laisserais là, pour ceux qui ont fondé Beaumont, pour son patrimoine. Ça faisait partie de la culture », affirme M. Christopher en entrevue à Radio-Canada.

David Christopher photographié en contreplongée à l’intérieur de la salle du conseil municipal de Beaumont. On aperçoit le crucifix qui orne l’un des murs de la salle.

Le maire de Beaumont, David Christopher

Photo : Radio-Canada / Carl Boivin

Le maire dit comprendre que les générations plus jeunes tiennent moins à ce symbole, mais il fait remarquer, dans le même temps, que les aînés y sont attachés.

Il faut respecter tout le monde puis ce n'est pas facile. Si c'est la voix de la municipalité, des citoyens, ou si la loi nous l’oblige, on va l'enlever, c'est sûr.

David Christopher, maire de Beaumont

Attachement au crucifix

Jonathan Livernois, professeur au Département de littérature, théâtre et cinéma de l’Université Laval, s’intéresse depuis plusieurs années aux débats sur le crucifix et le maintien du patrimoine religieux. Il n’est pas surpris de voir certaines municipalités y rester attachées.

« Dans les plus petites communautés, qui ont une population vieillissante, on peut comprendre l'attachement au crucifix, c'est clair », indique M. Livernois.

Jonathan Livernois en entrevue à Radio-Canada. Il porte des lunettes, a les bras croisés et se tient debout, à côté d’une bibliothèque murale.

Jonathan Livernois, professeur au Département de littérature, théâtre et cinéma de l’Université Laval

Photo : Radio-Canada

Le débat sur le crucifix, c'est viscéral. On touche à la religion puis c'est un sujet extrêmement tabou au Québec.

Jonathan Livernois, professeur au Département de littérature, théâtre et cinéma de l’Université Laval

Le professeur constate que certaines villes telles que Montréal et Lévis ont décidé de « prendre les choses en main » et annoncé qu’elles retireraient le symbole chrétien. D’autres, comme Québec, préfèrent le garder.

Jonathan Livernois note que le crucifix qui orne la salle de conseil de l’hôtel de ville de Québec a ceci de particulier qu’il n’est pas placé directement au-dessus du fauteuil de la présidente, comme c’est le cas ailleurs.

« C'est un peu à l'écart. À la rigueur, on peut se dire [que] ça passe », mentionne le spécialiste de l’histoire littéraire et intellectuelle du Québec.

Photographie en contreplongée d'un crucifix en bois accroché sur un mur pâle

Le crucifix en place dans la salle de Conseil de l'hôtel de ville de Québec.

Photo : Radio-Canada / Daniel Coulombe

Distinction

Il insiste d’ailleurs sur la distinction qu’il y a à faire entre, d’une part, les signes religieux qui sont inscrits dans l’histoire du Québec, comme le drapeau fleurdelisé ou les rues portant des noms de saints, et, d’autre part, la présence d’un crucifix au Salon bleu ou dans une salle de conseil.

« Est-ce qu'il est normal qu'il y ait un signe religieux […] au-dessus des fauteuils de président, de présidente? demande le professeur. Là, c'est autre chose. On ne parle pas d'une présence d'un crucifix dans un immeuble. C'est là, peut-être, la différence. »

Jonathan Livernois soutient que le crucifix ne devrait pas occulter les autres enjeux liés au maintien du patrimoine religieux. La menace de démolition qui pèse sur le monastère des Dominicaines, à Berthierville, constitue un bel exemple, selon lui.

Avec les informations de Marie Maude Pontbriand et de Nicolas Vigneault

Québec

Politique municipale