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Un cowboy sur un cheval.

Plusieurs experts croient que les Canadiens ont une compréhension assez stéréotypée de l'Alberta et qu'en réalité, sur bien des enjeux, les positions des Albertains sont proches de celles des autres résidents du pays.

Photo : getty images/istockphoto / alptraum

Laurence Martin

Demandez à n'importe qui de vous décrire un Albertain et vous risquez d'entendre les mêmes stéréotypes : cowboy, redneck... et très à droite. Or, plusieurs sondages montrent que les résidents de l'Alberta sont beaucoup plus centristes qu'on ne pourrait le croire. Et ce, même si le Parti conservateur uni de Jason Kenney mène largement dans les intentions de vote, à quelques jours des élections. Décryptage.

Commençons d’abord par regarder comment les Albertains se positionnent eux-mêmes sur l’échiquier politique.

Un sondage réalisé il y a près d’un an par CBC demandait à 1200 répondants de dire s’ils se considéraient plus à gauche, à droite ou au centre.

Près d’un répondant sur trois s’est déclaré centriste. Seulement 37 % des sondés se sont dit « à droite ».

Surprenant, pour une province qui a donné près de 60 % d’appui au Parti conservateur fédéral, lors de la dernière élection? Pas tant que ça, croit Melanee Thomas, qui est politologue à l’Université de Calgary.

L’erreur qu’on fait, c’est de penser que les gens en Alberta sont très conservateurs parce qu’ils votent souvent en masse pour le Parti conservateur.

Melanee Thomas, politologue à l’Université de Calgary

Or, l’allégeance à un parti est souvent complexe, précise-t-elle. Le partage des idées joue un rôle clé, mais les gens peuvent aussi appuyer une formation politique par habitude, par défaut, parce qu’ils aiment le chef ou encore parce qu'ils ont l’impression que c’est la personne qui défend le mieux les intérêts de leur province.

Mais sur les enjeux comme tels, « les Albertains ont souvent les mêmes points de vue qu’une majorité de Canadiens », ajoute la professeure Thomas. « Ce sont des gens globalement modérés. »

Pas contre le mariage gai

Deux mains serrées. Sur chacun des poignets, on voit un bracelet arc-en-ciel.

Aujourd'hui, plus de 4 Albertains sur 5 sont favorables aux mariages entre conjoints de même sexe.

Photo : getty images/istockphoto

Prenons la question du mariage gai, par exemple. Depuis une dizaine d’années, Faron Ellis, un chercheur au Collège de Lethbridge, sonde les Albertains sur des enjeux sociaux plutôt sensibles.

Si, en 2009, seulement 66 % de ses répondants étaient favorables à une union entre conjoints de même sexe, aujourd’hui, ce nombre est passé à 82 %.

Sur l’avortement aussi, les Albertains ont évolué : une grande majorité souhaiterait laisser le libre choix aux femmes.

Lors de la campagne électorale de 2012, d’ailleurs, les Albertains avaient vivement réagi quand un candidat du Wildrose – le parti le plus à droite à l’époque – avait blogué que les « homosexuels passer[ont] l’éternité dans un lac de feu, l’enfer, un endroit de souffrances éternelles ».

Après ce commentaire homophobe, la chef du parti, Danielle Smith, qui menait dans les sondages, avait vu ses appuis s’écrouler. Le Wildrose avait perdu au profit des progressistes-conservateurs, qui proposaient un programme beaucoup plus centriste.

« Ça démontre que les Albertains sont très attachés aux droits des minorités », explique le politologue à l’Université de l’Alberta, Pascal Lupien.

Est-ce qu’on accepte l’intolérance en 2019?

Une pancarte électorale du candidat Mark Smith.

Mark Smith est le candidat du Parti conservateur uni dans la circonscription de Drayton Valley, au sud-ouest d'Edmonton.

Photo : Radio-Canada / Emilio Avalos

Comment expliquer alors que, cette fois-ci, en 2019, les commentaires intolérants de certains candidats conservateurs ne fassent pas fléchir les appuis au parti de Jason Kenney dans les sondages?

La semaine dernière, on apprenait que le conservateur Mark Smith avait comparé l’amour entre homosexuels à de la pédophilie. Et en début de campagne, une candidate de Jason Kenney a été contrainte de démissionner après avoir tenu des propos sympathiques aux nationalistes blancs.

Malgré tout, la firme Forum Research donne cette semaine 23 points d’avance au Parti conservateur uni de M. Kenney face au NPD de Rachel Notley.

Selon le politologue Pascal Lupien, la majorité des Albertains ne sont pas devenus tout d’un coup racistes ou homophobes. Et s’il y a bien une droite religieuse qui aime se faire entendre dans la province, elle n’est pas dominante.

La différence par rapport à 2012, explique-t-il, c’est que l’économie ne va pas bien; c’est devenu l’enjeu prédominant dans la campagne.

Les gens pensent d’abord et avant tout à leur bien-être, au chômage.

Pascal Lupien, politologue, Campus Saint-Jean, Université de l’Alberta

Et donc, selon lui, ils sont prêts parfois à passer par-dessus des commentaires qui les dérangent ou les choquent.

Patricia Wiersma se tient debout dans la cuisine de sa boulangerie.

Patricia Wiersma est la propriétaire de la boulangerie Drayton Valley Bakery & Café.

Photo : Radio-Canada / Laurence Martin

Un petit détour dans la circonscription de Drayton Valley, au sud-ouest d’Edmonton, en est un bon exemple.

C’est là que se présente Mark Smith, le candidat conservateur aux propos controversés. Les commentaires ont refait surface durant la campagne, mais ils semblent avoir peu d’impact sur les électeurs du coin.

« Mon fils est gai, nous confie Patricia Wiersma, et on entend toujours des bêtises du genre. Ce qui compte pour moi, c’est ce que les politiciens font, pas ce qu’ils disent. »

À côté d’elle, une autre femme, Pat Harden, qui dit « n'avoir rien contre les gais », pense quand même probablement voter pour le Parti conservateur uni de Jason Kenney, car il pourrait aider l’économie albertaine. 

Les Albertains très « anti-taxes »

Calculatrice.

Là où les Albertains sont souvent plus conservateurs que la majorité des Canadiens, c'est sur les questions fiscales.

Photo : getty images/istockphoto

Il y a un enjeu sur lequel les Albertains sont plus à droite que les autres Canadiens : les questions fiscales.

Dans le sondage réalisé par CBC, à peine un quart des sondés se disaient favorables à l’instauration d’une taxe de vente provinciale (l’Alberta est la seule province à ne pas en avoir une).

Pourtant, le même sondage montre que les Albertains sont très attachés à leurs services publics.

Les gens se sont habitués à avoir des services en santé et en éducation « mieux financés qu’ailleurs », explique le professeur Pascal Lupien, mais sans avoir à payer de taxe de vente.

Et jusqu’en 2014, les rentes de l’industrie pétrolière permettaient de se passer des rentrées fiscales qu’apporterait une telle taxe.

Mais depuis la chute des prix du pétrole, ces rentes ont beaucoup diminué, ce qui complique la situation. D'autant que les Albertains s’attendent quand même « à pouvoir accéder aux services sans payer [plus] d’impôts ou de taxe de vente ».

On veut la Cadillac des services sociaux, mais sans payer pour.

Melanee Thomas, politologue à l’Université de Calgary

« Je crois qu’il est peut-être temps que les Albertains grandissent », ajoute la politologue, et qu’ils s’inspirent des autres Canadiens sur les questions fiscales.

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Politique provinciale