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Des coquerelles au quartier général de la Sûreté du Québec

Une coquerelle morte
Une coquerelle morte Photo: iStock
Pascal Robidas

La Sûreté du Québec a dû faire venir un exterminateur une cinquantaine de fois en deux ans pour des coquerelles découvertes à son quartier général du 1701, rue Parthenais, à Montréal. Ces signalements ont été faits par les policiers eux-mêmes et par les employés civils sur presque tous les étages.

Peu importe les étages de l'édifice emblématique, la présence de coquerelles découvertes mortes ou vivantes n'est pas rare au QG de la SQ. Elles sont découvertes dans les cages d'ascenseurs, les toilettes, les couloirs ou les bureaux.

En vertu d'une demande d'accès à l'information, Radio-Canada a pu constater que la situation dérange de plus en plus les policiers et les employés civils, comme en font foi ces extraits.

Extraits de demandes d'exterminateur :

2e étage : « présence de coquerelles vivantes, local 2.03 » (7 mars 2018)

3e étage : « Nous avons attrapé une coquerelle au CVCO. Pouvez-vous venir traiter svp. Nous l'avons capturée si vous avez besoin de la voir » ( 4 juin 2018)

4e étage : « coquerelles dans le corridor » (3 novembre 2017)

5e étage : « il y a des coquerelles dans les toilettes des femmes » (23 et 25 janvier 2018)

6e étage : « toilettes femmes, présence de coquerelles » (21 janvier 2019)

7e étage : « il y a une coquerelle dans le bureau ouvert (capturée) au 7.40, aile A » (29 octobre 2018)

8e étage : « coquerelle vue au plafond au-dessus du cubicule #61. La cliente a rappelé pour demander en urgence d'envoyer quelqu'un pour régler le problème » (25 août 2017)

10e étage : « (contrôle des armes à feu, il y a des coquerelles » (19 juillet 2017)

11e étage : « celui de la direction générale: présence de coquerelles, toilettes femmes » (6 avril 2018)

13e étage : « pour votre information, coquerelle vivante trouvée dans le local 13.04 » (24 septembre 2018)

Au 1er mai 2017, la Société québécoise en infrastructures, qui est propriétaire de l'immeuble, avait prévu un contrat de 20 340 $ pour retenir les services en extermination du fournisseur Orkin Canada, basé à Blainville.

Depuis les derniers mois, la société d'État a modifié son contrat de service pour revoir à la hausse le montant alloué en extermination.

Au 1er mai 2018, le montant a augmenté de 23 278 $ à 27 478 $, puis une semaine plus tard, il était revu à 35 798 $.

Plusieurs étages ou sections d'immeuble ont été décontaminés au cours des derniers mois pour répondre aux signalements des gestionnaires.

Appelée à réagir, l'Association des policières et policiers provinciaux du Québec estime que le nombre de plaintes de ses membres n'a rien d'alarmant pour le moment. Mais le président de son syndicat, Pierre Veilleux, dit prendre le dossier au sérieux.

Nous suivons l’évolution de ce problème et nous sommes en contact avec les différents intervenants, notamment ceux de la Sûreté du Québec et de la Santé publique, pour trouver les meilleures solutions possible.

Pierre Veilleux, président du syndicat de l'Association des policières et policiers provinciaux du Québec

Difficile de se débarrasser des coquerelles

Pour enrayer définitivement le problème, la Société québécoise en infrastructures doit changer sa stratégie, croit Frank Pulcini, le propriétaire de Central Extermination, contacté par Radio-Canada.

À ce rythme, il croit que le nombre de demandes pour les services d'un exterminateur pourrait être tout aussi élevé au cours des prochains mois.

« Le problème d'y aller une pièce à la fois est que les produits utilisés pour décontaminer ont tous une date d'expiration. En considérant que les coquerelles peuvent survivre longtemps dans les murs, sans nourriture, tu retournes aux mêmes endroits 3 ou 4 mois après », indique Frank Pulcini.

Une coquerelle, c'est une coquerelle, peu importe le type. Elles sont très résistantes, même aux radiations. Elles peuvent survivre jusqu'à 8 mois sans nourriture à l'intérieur des murs, même si les pièces sont décontaminées.

Frank Pulcini, propriétaire de Central Extermination

Pas d'infestation, dit la SQI

La Société québécoise en infrastructures (SQI) affirme que le quartier général de la SQ n'est pas un immeuble public vétuste. Au cours des dernières années, la fermeture du centre de détention Parthenais, situé sur le toit, a entraîné des travaux de réfection majeurs.

« L’immeuble fait par ailleurs l’objet de travaux fréquents de maintien d’actif, dont le remplacement des ascenseurs, la réfection de l’entrée électrique, le remplacement des contrôles des équipements de chauffage, de ventilation et de climatisation », énumère Martin Roy, à la direction des communications de la SQI.

M. Roy ajoute que les blattes retrouvées sont de type américaines et n’ont rien à voir avec les blattes germaniques, souvent associées à des endroits insalubres.

Toutefois, selon l'avis de Central Extermination, les blattes de type américaines sont aussi nuisibles pour la santé que les germaniques. Elles causent aussi des allergies, des problèmes respiratoires et des irritations aux yeux.

« La blatte américaine peut pondre une vingtaine d'oeufs durant son cycle de vie, contrairement à une quarantaine pour sa cousine, la blatte germanique, affirme Frank Pulcini, expert en extermination. Qu'elles soient de type germaniques ou américaines, elles ont toutes les mêmes habitudes en se faufilant dans la plomberie, les murs et les plafonds. Elles ont la même capacité de se multiplier rapidement. »

Le porte-parole de la Société québécoise en infrastructures estime que la situation est nettement sous contrôle.

« Il importe de préciser que [les coquerelles] retrouvées à quelques occasions dans l’édifice [une trentaine – pour la plupart mortes – sur une période de deux ans] sont des blattes américaines, tel qu’indiqué par les experts. Ces dernières vivent essentiellement dans des milieux humides [réseaux d’égout municipaux et réseaux sanitaires d’édifices] et dès qu’elles en sortent, elles meurent rapidement », insiste-t-il.

Plusieurs demandes de superviseurs

Or, selon les documents que nous avons obtenus, le nombre de visites de l'exterminateur était plutôt de 50 fois – et non de 30 fois –, et la plupart des blattes découvertes par le personnel étaient vivantes. Voici un extrait des documents :

De nouveaux travaux planifiés

La SQI demeure donc convaincue que la source du problème provient du réseau d’égout municipal de Montréal. La société d'État prépare actuellement une intervention de réfection complète de la tuyauterie du réseau sanitaire du quartier général de la SQ.

« Cette intervention s’inscrit dans le cadre de son plan de maintien d’actif et la Direction de la santé publique est en accord avec les paramètres proposés. Cette intervention pose de nombreux défis puisqu’il s’agit d’un édifice de quelque 68 000 m2 et, comme vous le savez, des gens y travaillent 24 heures par jour, 365 jours par année », précise Martin Roy, à la direction des communications de la SQI.

L'exterminateur Frank Pulcini soutient que ces travaux pourraient ne pas régler la situation.

« La tuyauterie d'un immeuble peut aussi servir de porte d'entrée, mais ce n'est pas la seule raison pour expliquer leur présence. Les blattes américaines sont surtout transportées par l'humain avant de s'installer dans les immeubles », croit Frank Pulcini de Central Extermination.

La Sûreté du Québec a préféré ne pas commenter la situation, puisqu'elle est locataire de l'édifice.

Pour joindre Pascal Robidas : 514-895-0158

Grand Montréal

Société