•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Fausse certitude sur l’allergie à la pénicilline

On voit en gros plan un paquet de comprimés de pénicilline.

Des comprimés de pénicilline

Photo : iStock / assalve

Danny Lemieux

Au Canada, 3,3 millions de personnes, soit 10 % de la population, disent être allergiques à la pénicilline, un antibiotique très efficace. Toutefois, une analyse d'envergure publiée au début de l'année a permis de confirmer ce que certains médecins savent déjà, mais que le grand public ignore : 95 % des personnes qui se croient allergiques à la pénicilline ne le sont pas.

Autrement dit, pratiquement tout le monde pourrait recevoir de la pénicilline sans danger ni risque.

La plupart du temps, on découvre cette prétendue allergie durant l'enfance, lors des premières infections. Peu de temps après la prise de l’antibiotique, une réaction se produit. On parle ici habituellement d’une éruption cutanée.

Par précaution, le médecin l’annote au dossier. L’allergie ne sera jamais remise en cause. Or, dans 95 % des cas, l’éruption cutanée est provoquée non pas par la pénicilline, mais plutôt par l’infection elle-même.

Très souvent, les infections elles-mêmes peuvent occasionner au niveau de la peau des rougeurs, un érythème cutané qui mime en fait une réaction allergique ou du moins suggère une réaction allergique. Donc, en clinique, c'est souvent difficile, voire impossible, de faire la différence entre une éruption cutanée en lien avec l'infection versus une vraie réaction allergique. Par principe de précaution, très souvent, on va vouloir étiqueter la personne comme étant allergique à ce médicament, explique le Dr Matthieu Picard, immunologue-allergologue à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont.

Or, apposer une étiquette erronée n’est pas sans conséquence. D’abord, sur le plan économique, l’antibiotique de remplacement est souvent plus coûteux. Mais le vrai problème est ailleurs.

C'est un enjeu de santé publique, car ceux qui se disent allergiques à la pénicilline, très souvent, vont se retrouver à être traités avec des antibiotiques de deuxième choix qui sont à plus large spectre, donc capables d'être actifs contre un plus large éventail de bactéries, ce qui, au final, contribue à augmenter la résistance aux antibiotiques.

Dr Matthieu Picard, immunologue-allergologue à l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont
Plusieurs flacons d'antibiotiques sur un comptoir de la pharmacie d'un hôpital.

Des antibiotiques qui sont administrés aux patients d'un hôpital.

Photo : Radio-Canada / Martin Thibault

Face au doute, il n’y a pas mille solutions. On passe le test d’allergie en injectant au niveau de la peau différentes sortes de pénicilline. En l’absence de réaction cutanée, on passe à la 2e étape du test : la provocation orale. L’enfant, lui, passe directement à cette étape. On donne 10 % de la dose standard de pénicilline et on observe le patient pendant 30 minutes. Si tout va bien, on donne 90 % de la dose standard puis on patiente une heure. Dans pratiquement tous les cas, le résultat sera négatif.

Dans cette situation-là, on va remettre aux patients un document qui certifie qu'ils ne sont pas allergiques à la pénicilline. Ils vont ensuite le remettre à leur pharmacien et à leur médecin pour que la note soit retirée du dossier. On veut cesser d’éviter inutilement la pénicilline chez ces patients-là, explique le Dr Picard.

Bien que rare, l’allergie à la pénicilline existe. Or, même pour ceux qui y sont allergiques, un test pourrait s’avérer utile.

Donc, même les gens réellement allergiques à la pénicilline peuvent perdre leur allergie avec le temps, de sorte que, si la réaction est survenue il y a souvent plus de 10 ans ou 20 ans, il y a d'excellentes chances que la personne ne soit plus allergique à la pénicilline aujourd’hui.

Dr Matthieu Picard, immunologue-allergologue à l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont

Bien que le test soit simple, on peut difficilement imaginer que des millions de Canadiens puissent y être soumis.

On veut privilégier des gens qui sont plus à risque d'avoir besoin d'antibiotiques dans le futur, soit par exemple parce qu'ils ont une maladie chronique, comme du diabète, ou une maladie pulmonaire obstructive chronique ou un cancer. Ou des gens qui vont subir une opération parce qu'on sait qu'en périopératoire, on peut avoir plus besoin d'antibiotiques, donc on va essayer de prioriser ces gens-là, dit le Dr Picard.

Les jeunes chez qui l'on suspecte une allergie à la pénicilline auraient, eux aussi, tout avantage à passer le test. L’enfance étant une période propice à la prise d’antibiotiques, mieux vaut éviter la méprise.

Le reportage de Danny Lemieux et Chantal Théorêt est diffusé à l’émission Découverte, dimanche, à 18 h 30, à ICI Radio-Canada Télé.

Santé publique

Santé