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Délibérations à l'enquête du coroner sur l'accident de la scène de Radiohead

Photo de camions de pompier et d'une ambulance au parc Downsview après l'accident.
Des véhicules d'urgence sur les lieux de l'effondrement en juin 2012 Photo: La Presse canadienne / Nathan Denette
Jean-Philippe Nadeau

À Toronto, le jury du coroner a entendu, mardi après-midi, les derniers arguments à l'enquête sur la mort du technicien du son Scott Johnson, qui a été tué dans l'effondrement d'une scène de spectacle en 2012, au parc Downsview, dans le nord de la métropole.

D’entrée de jeu, l’avocat du coroner, Prabhu Rajan, explique que l’accident du 16 juin 2012 aurait pu être évité et que plusieurs erreurs ont été commises relativement à l’édification de la scène du groupe britannique Radiohead dans le parc de compétence fédérale.

Plus de 25 témoins ont témoigné en deux semaines lors de cette enquête.

Me Rajan affirme que les témoignages et les preuves qui y ont été présentées montrent que des erreurs humaines et des failles dans le design de la structure ont provoqué l’effondrement de la scène de spectacle. Les ouvriers ont été négligents dans leur travail, les plans comportaient des contradictions, des pièces importantes de l’ensemble étaient manquantes, rappelle-t-il. Il est évident que Scott n’a eu aucune chance de s’en sortir.

Gros plan sur un homme dans la début trentaine. Le technicien en percussions Scott Johnson est mort écrasé par une scène en 2012 avant un concert de Radiohead. Photo : Ken Johnson

L’avocat note par ailleurs l’absence d’une tierce partie indépendante qui aurait pu superviser le chantier du début à la fin avant la présentation du concert ce soir-là. Ni le design de la scène ni sa construction n’ont fait l’objet d’une surveillance attentive, poursuit-il.

Me Rajan relève un manque de communication entre les ingénieurs et les ouvriers. Les ingénieurs n’ont pas été consultés durant les travaux et tout le monde a [tenu pour acquis] que les pièces avaient été correctement assemblées.

Il recommande au jury de prononcer un verdict de mort accidentelle, parce que personne n’avait l’intention malicieuse de provoquer un effondrement de la scène sur des travailleurs.

Les différentes parties dans cette cause ont proposé tour à tour leurs propres recommandations qui sont adressées aux gouvernements fédéral et provincial, à l’ordre professionnel des ingénieurs de l’Ontario et l’industrie du divertissement.

Recommandations proposées

Me Rajan suggère en outre au jury plusieurs propositions pour éviter qu'une pareille tragédie ne se reproduise. Il propose par exemple des amendements à la Loi ontarienne sur la santé et la sécurité au travail et au Code du bâtiment de la province pour veiller à ce que les scènes de spectacle soient dorénavant assemblées de façon sécuritaire.

Il demande en outre au gouvernement fédéral de faire en sorte que le code du bâtiment d'une ville et d'une province puisse s'appliquer sur les terrains urbains qui lui appartiennent, comme le parc Downsview. Ce n'était pas le cas au moment de l'accident.

Une enseigne lumineuse qui annonce que le concert de Radiohead avait été annulé après l'accident du 16 juin 2012.L'accident a fait un mort et trois blessés. Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Le ministère public propose surtout à la province de créer d'ici décembre 2019 un groupe de travail permanent, ou une commission, comme il en existe en Colombie-Britannique (Actsafe BC) pour promouvoir la sécurité des travailleurs de l'industrie et garantir la fiabilité des sites de concert, en particulier les sites temporaires en plein air.

Un tel organisme serait composé, selon Me Rajan, d'ingénieurs, de concepteurs, d'ouvriers et de syndicats. Son mandat consisterait à fournir à l'industrie du spectacle de l'information, de l'éducation, de la formation et des consultations en matière de santé et sécurité au travail.

Me Rajan a même suggéré au jury d'inviter le gouvernement provincial à demander au père de Scott, Ken Johnson, de siéger à cette commission.

Quelques recommandations

  • nécessité de suivre des plans conformes et cohérents avec liste de vérification
  • évaluation systématique des risques relativement à un site choisi en plein air
  • présence obligatoire d'un superviseur de chantier en tout temps
  • accès interdit sur scène lorsque des travaux ont lieu sur le toit de la structure
  • inspection systématique des scènes de spectacle temporaires une fois complétées
  • présence obligatoire d'une tierce partie indépendante pour superviser le chantier

Ironiquement, M. Johnson fait lui-même partie d'une commission semblable au Royaume-Uni, où il est appelé à donner des conseils en matière de sécurité dans le secteur du bâtiment. J'espère que personne ne doute que la vie de mon fils aurait pu être sauvée, a-t-il dit dans ses conclusions au jury.

Réactions mitigées

M. Johnson, qui a assisté à toute l'enquête, a lui aussi soumis des recommandations au jury avant de retourner au Royaume-Uni, parce que la complaisance dans le travail peut être dangereuse selon lui. Sans une bonne formation, sans un approfondissement des connaissances techniques, il est facile avec le temps de reproduire toujours les mêmes erreurs de personnes supposément compétentes.

Le père de Scott se dit néanmoins convaincu que des changements seront apportés pour éviter pareil drame dans l'avenir. Nous sommes toutefois toujours aussi déçus que les accusations criminelles aient été abandonnées à cause de délais de procédures.

On voit le père de la victime, Ken Johnson, à la sortie des audiences à la cour du coroner de Toronto.Le père de la victime, Ken Johnson, à la sortie des audiences. Photo : Radio-Canada / Martin Trainor

L'avocat de l'entreprise Live Nation, qui était au banc des accusés à l'époque, a toutefois dit douter dans ses conclusions que de tels changements soient apportés. Me Jack Siegel rappelle que le gouvernement provincial actuel privilégie la déréglementation à la législation.

L'avocat Ryan Coughlian qui représente le groupe Radiohead était plus confiant. Nous espérons que le jury adoptera les recommandations les plus importantes, même si nous reconnaissons que certaines d'entre elles se heurteront probablement à des sensibilités politiques.

Le jury composé de cinq personnes n'est pas tenu de respecter les recommandations qu'on leur a formulées et il peut lui-même en suggérer au moment où il remettra son verdict au coroner, le Dr David Cameron.

Toronto

Accident de travail