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La promesse d'une élection présidentielle en Algérie ne fait pas taire la rue

À Alger, un étudiant réclame le départ des « 3B », soit le président par intérim Abdelkader Bensalah (au centre de la pancarte), le président du Conseil constitutionnel, Tayeb Belaiz (à gauche), et du premier ministre, Nouredinne Bedoui (à droite).

Photo : Radio-Canada / Jean-François Bélanger

Agence France-Presse

Le président algérien par intérim, Abdelkader Bensalah, s'est engagé mardi à organiser « un scrutin présidentiel transparent et régulier », dans un discours à la nation retransmis à la télévision nationale.

M. Bensalah s'est engagé à organiser le scrutin dans les 90 jours, comme le prévoit la Constitution.

Nous sommes tenus de concourir, citoyens, classe politique et institutions de l'État, afin de réunir les conditions, toutes les conditions, d'un scrutin présidentiel transparent et régulier, dont nous serons tous les garants, un scrutin qui permettra à notre peuple d'exercer son choix libre et souverain.

Le président algérien par intérim, Abdelkader Bensalah

Des Algériens ont cependant continué à manifester en masse pour réclamer le départ du « système ». Des milliers d'étudiants ont crié « Dégage Bensalah! » et « Système dégage », devant la Grande Poste, dans le centre d'Alger.

La police a tiré des grenades lacrymogènes et fait usage de canons à eau pour les disperser, mais les manifestants étaient encore présents en fin d'après-midi, encerclés par les forces de l'ordre.

Dans un communiqué, Amnistie internationale a appelé « les autorités algériennes à respecter le droit de manifester pacifiquement garanti par la Constitution ».

Des étudiants ont aussi manifesté à Constantine, à Annaba (nord-est) et des rassemblements ont eu lieu à Ain Temouchent, Msila et Chlef, selon le site d'information Tout sur l'Algérie (TSA).

Après plus d'un mois d'une contestation massive et inédite à travers ce pays d'Afrique du Nord, M. Bouteflika a dû démissionner le 2 avril sous la pression conjuguée de la rue et de l'armée, qui a menacé de ne plus reconnaître son autorité.

Âgé de 82 ans, affaibli par un accident vasculaire cérébral depuis 2013, M. Bouteflika était chef de l'État depuis 20 ans. Mais son souhait de briguer un 5e mandat lors de la présidentielle prévue en avril a provoqué de gigantesques manifestations, notamment à Alger, malgré l'interdiction des rassemblements depuis 2001.

On veut le changement radical, depuis les racines. […] On ne s’arrêtera pas là. On fera tout pour tout changer.

Une étudiante algérienne, mardi, à Alger

Bensalah en selle pour 90 jours

Mardi, les parlementaires de l'Assemblée populaire nationale (APN, chambre basse) et du Conseil de la nation ont confirmé le choix de M. Bensalah pour assurer l'intérim pendant 90 jours.

Abdelkader Bensalah applaudit en regardant devant lui.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Abdelkader Bensalah applaudit après la confirmation de sa nomination à titre de président algérien par intérim.

Photo : Reuters / Ramzi Boudina

« Je vais travailler à concrétiser les intérêts du peuple », a promis Abdelkader Bensalah devant le Parlement. « C'est une grande responsabilité que m'impose la Constitution », a ajouté cet homme qui a occupé les fonctions de député, ambassadeur, haut fonctionnaire ministériel, sénateur, et a présidé les deux chambres du Parlement.

Il a accédé à la présidence du Conseil de la nation trois ans à peine après l'arrivée d'Abdelaziz Bouteflika au pouvoir.

Les partis d'opposition, se basant sur les revendications de la rue, avaient boycotté la réunion du Parlement, refusant de valider la nomination de M. Bensalah.

Vendredi dernier, jour traditionnel des manifestations, les Algériens avaient de nouveau défilé en masse pour exiger que soient exclus du processus de transition les hommes-clés de l'appareil mis en place par M. Bouteflika.

Outre M. Bensalah, deux autres responsables sont visés : le président du Conseil constitutionnel, Tayeb Belaïz, et le premier ministre Noureddine Bedoui.

Même le quotidien gouvernemental El Moudjahid, traditionnel vecteur de messages du pouvoir, avait suggéré mardi d'écarter Abdelkader Bensalah de la présidence par intérim.

Cette personnalité [...] n'est pas tolérée par le mouvement citoyen, qui exige son départ immédiat, mais aussi par l'opposition et une partie des représentants des formations politiques de la majorité des deux Chambres du Parlement.

Extrait de l'éditorial du quotidien El Moudjahid

L'armée insiste sur le respect de la Constitution

Mais le chef d'état-major de l'armée, le général Ahmed Gaïd Salah, de facto le nouvel homme fort du pays, exige que la succession de M. Bouteflika se fasse dans le strict respect de la Constitution.

« C'est là où il y a un vrai problème. L'armée tient à ce que cela [la transition] se fasse à l'intérieur de la Constitution, et la rue veut que cela se fasse à l'extérieur de la Constitution. Si l'armée n'assouplit pas sa position, on va vers la rupture », a dit à l'AFP Rachid Grim, enseignant en sciences politiques à l'Institut supérieur de gestion et de planification (ISGP) d'Alger.

Le mouvement de contestation réclame de sortir de ce cadre pour mettre sur pied des institutions de transition permettant d'engager des réformes profondes et d'organiser des élections libres.

El Moudjahid a évoqué une piste de compromis avec la création d'« une commission indépendante » qui serait chargée de tout le processus électoral.

Interrogé mardi matin avant la réunion du Parlement, Mourad, un entrepreneur de 50 ans, a dit vouloir la démission de M. Bensalah. « C'est la voix du peuple, et le peuple doit avoir raison », a déclaré ce père de famille qui va manifester le vendredi avec ses deux filles, âgées de 6 et 9 ans.

« Elles ne savent pas ce qu'est la démocratie [...]. Je veux leur inculquer ce qu'est la liberté », ajoute-t-il.

On veut un changement radical. On veut un pays de liberté et de démocratie.

Un étudiant algérien, mardi, à Alger

Dans un communiqué, Human Rights Watch a estimé mardi que le départ de Bouteflika était « tout au plus une première étape pour mettre fin au régime autocratique ».

« Lors de toute phase de transition, les autorités devraient pleinement respecter les droits qu'ont les Algériens de s'exprimer librement, de se réunir et de s'associer », a ajouté l'OMC.

« Elles devraient, le plus tôt possible, envisager d'amender les dispositions du Code pénal et les lois relatives aux associations et au rassemblement qui restreignent l'exercice de ces droits », a jugé HRW.

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