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Des infirmières, faute de médecins : le cas ontarien

Le reportage de Davide Gentile
Davide Gentile

Dans le Nord de l'Ontario, des infirmières praticiennes, qui détiennent une maîtrise, jouent un rôle similaire à celui des médecins de famille. Elles exercent des pouvoirs plus grands que leurs homologues du Québec. Assez, en fait, pour qu'un réseau de 25 cliniques menées par des infirmières praticiennes ait été mis sur pied pour compenser le manque de médecins.

Les jumeaux Gilles et Étienne soulignent leur premier anniversaire avec une série de vaccins. « On va vous demander de rester dans la salle d'attente 15 minutes après l'injection », souligne Sylvain Leduc.

Les deux petites têtes blondes gigotent pendant qu'il les examine. Oreilles, coeur, poumons, tout semble normal. Les deux enfants sont suivis de A à Z par Sylvain Leduc depuis leur naissance, même s'il n'est pas médecin, mais plutôt infirmier praticien spécialisé.

Leur mère, Noémie Robert Lajeunesse, est aussi sa patiente depuis 10 ans. « Un infirmier praticien fournit des soins parfaitement appropriés, donc je n'ai pas besoin de voir un médecin », dit la maman.

Ce n'est rien d'exceptionnel en Ontario. Ici, des milliers de patients sont entièrement pris en charge par des infirmiers praticiens comme Sylvain Leduc.

Un homme dans un cabinet médicalSylvain Leduc travaille comme infirmier spécialisé et traite quelque 700 patients. Photo : Radio-Canada

Il compte 700 patients, qu'il gère comme le ferait un médecin de famille au Québec. « Les patients sont notre responsabilité dès le départ, et ensuite on fait les diagnostics, les traitements et tout le suivi », relate M. Leduc.

Et la vaste majorité des patients ne sont en contact qu'avec lui. « Dans 99 % des cas, mes patients ne voient pas de médecin. Ma pratique est autonome et indépendante. » C'est que les infirmières praticiennes spécialisées (IPS) disposent en Ontario de pouvoirs très étendus.

Leur marge de manoeuvre est plus grande qu'au Québec quant à l'interprétation des examens. Et le nombre de diagnostics qu'ils peuvent poser n'est pas limité. « Vraiment, comme on dit en anglais. "sky is the limit" », résume Roger Pilon, infirmier praticien et professeur adjoint à l'Université Laurentienne de Sudbury.

« Si on fait une évaluation et que le diagnostic est flou, là on va demander l'avis d'un médecin », dit-il. En Ontario, les IPS offrent même l'aide médicale à mourir.

Denis Constantineau, debout dans un corridorSelon Denis Constantineau, PDG du Centre de santé communautaire du Grand Sudbury, l'arrivée des IPS nous a permis de doubler le nombre de patients qu'on peut desservir. Photo : Radio-Canada

Le champ d'exercices des IPS au Québec a été fortement élargi l'an dernier, mais il serait plus restreint que dans les deux provinces voisines. « Leur formation est plus poussée qu'ailleurs au Canada. Mais à l'inverse, leur champ de pratique est plus limité. Ils sont là où on était il y a 10 ou 20 ans », explique Roger Pilon.

Vaste autonomie

De plus, les infirmières praticiennes ontariennes peuvent prendre en charge directement des patients. Une autonomie qui a permis la création de 25 cliniques d'infirmières praticiennes spécialisées.

La première de ces cliniques a été fondée à Sudbury en 2007. « À l'époque, nous étions 5 employés. Nous en avons maintenant 19, et 3000 patients sont inscrits ici », relate Jennifer Clement, directrice de la Clinique d'infirmière praticienne de Sudbury.

Robert Fleming est suivi par elle depuis neuf ans. « On ne se sent jamais pressé, contrairement à ce que je vivais avec un médecin », dit-il. Une consultation avec une IPS ontarienne peut durer de 30 à 60 minutes.

Une infirmière spécialisée traite un patient dans sa clinique.Jennifer Clement dirige une clinique d'infirmières spécialisées dans le nord de l'Ontario. Photo : Radio-Canada

« L'un des facteurs qui ont permis l'émergence des IPS a été la pénurie de médecins dans le Nord de l'Ontario », rappelle Denis Constantineau, directeur général du Centre de santé communautaire de Sudbury.

« Pour nous, ça a doublé le nombre d'intervenants et doublé le nombre de patients suivis », dit M. Constantineau.

Noémie Robert Lajeunesse est très satisfaite des services de son infirmier praticien, et même si la jeune femme est récemment devenue médecin.

Elle rigole un peu lorsqu'on lui demande si la place grandissante des IPS provoque des tensions avec ses confrères. « C'est une excellente question », répond-elle en riant.

Selon elle, les médecins acceptent de mieux en mieux les infirmières praticiennes. « Ce sont des intervenants capables de desservir les gens qui n'ont pas de service. C'est donc absolument nécessaire d'avoir des infirmiers praticiens. »

Il est difficile d'importer rapidement ce modèle au Québec, où l'on compte seulement 500 infirmières praticiennes, alors que l'Ontario en compte plus de 3500. Le Québec souhaite toutefois combler l'écart en formant 2000 infirmières praticiennes spécialisées d'ici 5 ans.

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