•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

L'industrie du camionnage peine à attirer les jeunes

David Papoutchian, 29 ans, est un camionneur qui habite Winnipeg et sillonne depuis quatre ans les routes du Canada et des États-Unis.

Photo : Radio-Canada / Pierre Verrière

Pierre Verrière

Un an après la tragédie des Broncos, l'industrie du camionnage a fait l'objet d'une remise en question, notamment en ce qui concerne la réglementation qui régit la profession et la formation que doivent suivre les chauffeurs. C'est aussi une industrie en pleine mutation qui peine à attirer les jeunes, tout en connaissant un changement démographique.

Avant chaque voyage, David Papoutchian effectue une inspection méthodique de son camion. C'est toujours le même rituel. Armé d’une masse, il frappe sur les pneus pour en vérifier la pression avant d’ouvrir l’énorme capot pour inspecter le moteur et vérifier le niveau d’huile.

Après tout, c'est son outil de travail. Comme camionneur-propriétaire, il en est responsable. Il sait qu’une fois derrière le volant l’erreur n’est pas permise.

Il avoue que la tragédie des Broncos l'a ébranlé.

« Ça m'a touché, car étant que chauffeur routier, je dirais qu'on a un peu tous une épée de Damoclès au-dessus de la tête. N'importe quand, on peut avoir un accident et être en cause ou pas en cause et tuer quelqu'un. Ce n’est jamais facile », explique-t-il.

Il dit faire très attention pour respecter les heures de conduite. Comme il se rend régulièrement aux États-Unis, son camion est équipé d’un carnet de route électronique. Obligatoire aux États-Unis, ce petit boîtier directement lié au moteur permet d’enregistrer à la minute près le temps passé par le camionneur derrière son volant. Ce dispositif sera obligatoire au Canada d'ici la fin de 2019.

« Un accident, c'est très vite arrivé, et on peut très bien ne pas être en tort, mais si on n'est pas bon dans les heures, c'est tout pour le chauffeur », indique David.

Originaire de France où il était déjà chauffeur routier, il sillonne depuis quatre ans les routes nord-américaines.

À 29 ans, David n'est pas le chauffeur moyen pour l'industrie.

Une femme blonde avec un tailleur bleu et un collier en or.

Selon la PDG de Camionnage RH Canada, Angela Splinter, il est encore difficile d'attirer la jeune génération vers le métier de camionneur.

Photo : Radio-Canada

Selon la PDG de Camionnage RH Canada, Angela Splinter, le camionneur canadien moyen est un homme de 55 ans et plus.

Elle ajoute que, depuis quelques années, la profession voit arriver de plus en plus de chauffeurs routiers issus du sous-continent asiatique, en particulier de l'Inde. Ils représentent aujourd’hui un tiers des chauffeurs routiers circulant au Canada.

Malgré une pénurie qui se fait sentir, la jeune génération boude la profession.

« Il y a 30 ans ou 25 ans, si le père était camionneur ou avait des camions, les jeunes travaillaient avec leur père à l'âge de 10 ans et l'intérêt était là. Maintenant ça n’arrive plus », observe Gilbert Dubé, président et propriétaire de l’entreprise de camionnage Horizon International Distributors.

« Le recrutement local, ça n'existe quasiment plus », constate-t-il.

La profession souffre aussi d'un déficit d'image et est méconnue, selon l'industrie.

« Il y a encore des obstacles dus à une certaine perception du métier sur lesquels nous devons travailler pour attirer davantage de jeunes », reconnaît la PDG de Camionnage RH Canada, Angela Splinter.

« Les jeunes sous-estiment le salaire qu’un camionneur peut toucher », souligne-t-elle.

Selon l'Association des camionneurs du Manitoba, le camionnage figure pourtant en haut de la liste des meilleurs salaires dans la province.

En moyenne, sur le plan national, un camionneur peut espérer gagner entre 70 000 et 75 000 $ par an.

David Papoutchian dit, en revanche, comprendre les réticences des plus jeunes.

« Les contraintes sont là, bien sûr, parce qu'on part plusieurs jours sur la route. Donc, pour la vie de famille, c'est un peu compliqué. Peut-être que certains s'attendent à des salaires plus élevés que ce qu'on a dans l'industrie du camionnage », croit-il.

L'Alliance canadienne du camionnage prédit qu'il manquera 48 000 chauffeurs routiers d'ici 2024.

Emploi

Économie