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À l'approche de la semaine mondiale de la vaccination, la désinformation persiste

Un jeune enfant dans les bras de sa mère est sur le point de recevoir un vaccin.

Santé Canada recommande notamment que les enfants âgés de 12 à 15 mois soient vaccinés contre la rougeole, les oreillons et la rubéole.

Photo : iStock

Bernard Barbeau

Près de 20 millions d'enfants ne sont pas vaccinés ou le sont insuffisamment, déplore l'Organisation mondiale de la santé (OMS), qui tiendra du 24 au 30 avril la 15e semaine mondiale de la vaccination. En plus de la pauvreté et de la guerre, la désinformation demeure un obstacle à leur immunisation. Résultat : plusieurs vont mourir de maladies pourtant évitables.

Depuis deux ans, l'OMS a constaté de nombreuses flambées de rougeole, de diphtérie et de plusieurs autres maladies à prévention vaccinale dans le monde.

« La plupart des enfants non vaccinés sont ceux qui vivent dans les communautés les plus pauvres, marginalisées et en proie à des conflits », dit l'organisation, qui a aussi identifié la méfiance envers les vaccins comme l'une des 10 grandes menaces à la santé publique en 2019.

Le Québec et la France sont parmi les endroits où les théories anti-vaccins apportent le plus de méfiance, et ce, même si ces deux territoires ont été le théâtre d'importantes éclosions de rougeole en 2011. Cette année-là, 725 cas avaient été confirmés au Québec, la vaste majorité chez des enfants d'âge scolaire, d'après l'Institut national de santé publique. La France avait de son côté compté pour 14 000 des 26 000 cas répertoriés en Europe.

Mais malgré les voix qui s'élèvent constamment, surtout sur les réseaux sociaux, pour prétendre que les vaccins sont dangereux, un nombre record d'enfants ont été vaccinés de par le monde en 2017, soit plus de 116 millions. Les taux de couverture demeurent élevés y compris au Québec et en France : une fois informés, la plupart des parents finissent par opter pour la vaccination.

La vaccination permet de sauver des millions de vies chaque année et est largement reconnue comme l'une des interventions sanitaires les plus efficaces et les moins coûteuses.

L'Organisation mondiale de la santé, sur son site web

Certains porte-étendard de la cause anti-vaccins n'hésitent devant aucun moyen pour faire taire ceux qui s'appuient pourtant sur la science. Des experts ont même été menacés de mort pour avoir défendu la vaccination sur la place publique. Ce fut notamment le cas de médecins canadiens, dont la Dre Noni MacDonald, professeure de pédiatrie de l'Université Dalhousie, à Halifax, une référence en la matière.

Pourtant, « les vaccins ont sauvé plus de vies au Canada que toute autre intervention médicale des 50 dernières années », rappelait la Santé publique d'Ottawa, au début avril, dans un tweet sans équivoque.

L'administratrice en chef de la Santé publique du Canada, le Dre Theresa Tam, avait exprimé quelques semaines auparavant de vives inquiétudes devant le refus de certains parents de faire vacciner leurs enfants et devant le résultat de ce refus, soit « la réapparition au Canada et ailleurs dans le monde de certaines maladies évitables par la vaccination, en particulier de maladies aussi graves et contagieuses que la rougeole ».

Les données probantes concernant les effets de la désinformation, des rumeurs et des groupes anti-vaccins sur la couverture vaccinale et les éclosions de maladie qui en résultent dans de nombreux pays sont bien documentées.

L'Agence de la santé publique du Canada, dans son Guide canadien d'immunisation

Au Canada, la rougeole, qui entraîne de la fièvre, de la toux et des éruptions cutanées, était considérée comme enrayée depuis 1998.

Néanmoins, 28 cas de rougeole ont été rapportés dans les 12 premières semaines de l'année, au pays, notamment en Colombie-Britannique. À ce rythme, le total de 2019 pourrait dépasser 120 cas.

Or, il y en avait eu 29 dans l'entièreté de 2018, 45 en 2017, et 11 en 2016.

Le vaccin contre la rougeole, les oreillons et la rubéole (ROR) est au coeur de la question. La suspicion qui persiste découle en bonne partie d'un article publié en 1998 par la revue médicale britannique The Lancet, qui établissait un lien entre l’autisme et le vaccin ROR. La revue a plus tard admis qu'elle n'aurait jamais dû publier cette étude bâclée, menée sur seulement 12 enfants, et condamnée par la communauté scientifique. Son auteur Andrew Wakefield a été radié. Plusieurs études ont ensuite démontré qu'il n'y a pas de lien entre le vaccin ROR et l'autisme. La plus récente a été menée au Danemark.

« La rougeole compte parmi les maladies infectieuses les plus contagieuses, car il suffit de se trouver dans la même pièce qu'une personne infectée pour attraper la maladie », a insisté Ève Dubé, conseillère scientifique à l'Institut national de santé publique du Québec.

D'après elle, c'est aussi parce qu'« on ne voit plus tellement les maladies contre lesquelles on vaccine [...] que l'attention du public se tourne plus vers les risques des vaccins que vers leurs effets positifs ».

La Pre Heidi J. Larson, de la London School of Hygiene & Tropical Medicine, dont les travaux ont porté tout spécialement sur la confiance du public à l'égard de la vaccination, a pour sa part noté que si certaines inquiétudes persistent, « c'est en bonne partie parce qu'on cherche à expliquer l'existence de maladies [ou de troubles] telles que la sclérose en plaques et l'autisme, alors que la science actuelle n'arrive pas à le faire ».

Anthropologue et directrice fondatrice du Vaccine Confidence Project, la Pre Larson a aussi travaillé à promouvoir l'immunisation pour le compte de l'UNICEF.

L'apparition de taches rouges sur le corps fait partie des symptômes de la rougeole.

L'apparition de taches rouges sur le corps fait partie des symptômes de la rougeole.

Photo : iStock

La méfiance de la France

Le sondage le plus exhaustif au sujet de la confiance du public face à la vaccination a d'ailleurs été mené par une équipe dirigée par la Pre Larson, auprès de 65 000 personnes dans 67 pays, à l'automne 2015. Les résultats de l'exercice ont été publiés en 2016 sur EBioMedicine, un journal en ligne de The Lancet.

Ce sont les répondants de la France qui s'étaient montrés les plus incrédules quant à la sécurité des vaccins : 41 % des Français questionnés avaient dit s'en méfier, contre 12 % des Canadiens. Ces derniers étaient en phase avec les habitants de l'ensemble des pays sondés, la moyenne étant aussi de 12 %. Chez les Américains, la proportion de sceptiques était de 13,5 %. Et chez les Britanniques, elle était de 8,7 %. Au Bangladesh, à peine 0,2 % des répondants ont dit croire que les vaccins pouvaient représenter un danger.

« Le sentiment extrêmement négatif sur la sécurité des vaccins constaté en France provient de certaines controverses […] survenues depuis deux décennies », a signalé la Pre Larson. Elle a cité les supposés effets secondaires d'un vaccin contre l'hépatite B et ceux d'un autre contre le virus du papillome humain (VPH), qui n'ont toutefois jamais été prouvés.

Si 41 % des répondants français avaient des doutes sur la sécurité des vaccins, beaucoup moins en avaient sur leur efficacité : 17,3 %. Au Canada, cette proportion était de 10,5 %.

Malgré les craintes de plusieurs, en 2017, quelque 90 % des enfants français étaient vaccinés contre la rougeole et 96 % l'étaient contre la diphtérie, le tétanos et la coqueluche, selon l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

En début d’année, huit vaccins de plus ont été rendus obligatoires pour toute admission d’un enfant de moins de deux ans à la garderie, en France, portant le total à 11.

Quand j’ai annoncé le passage à 11 vaccins obligatoires pour les jeunes enfants, je savais que ce débat serait rude, que les doutes liés aux "fake news" touchaient beaucoup de Français.

Agnès Buzyn, ministre française de la Santé

Mais « la confiance envers les vaccins revient », a assuré la ministre Buzyn.

Une nourrisson reçoit un vaccin oral.

Des vaccins oraux gratuits sont offerts aux bébés québécois.

Photo : iStock

La méfiance du Québec

À l'échelle canadienne, un sondage a été mené du 1er au 6 février dernier auprès de 1723 membres du Forum Angus Reid. Parmi ces répondants, 29 % ont exprimé des doutes sur les connaissances scientifiques actuelles au sujet des vaccins, les Québécois se montrant les plus dubitatifs (48 %).

Un peu plus du quart des Canadiens sondés (26 %) craignaient des effets secondaires sérieux. Au Québec, cette proportion bondissait à 43 %.

Tout de même, la grande majorité des répondants ont dit croire que les vaccins sont efficaces pour l’individu vacciné (93 % dans l'ensemble du pays, 88 % au Québec), tout comme pour la communauté (92 % au Canada, 86 % au Québec).

Par ailleurs, 70 % (54 % au Québec) ont estimé que la vaccination devrait être obligatoire; 75 % (62 % au Québec) se sont dits d’avis qu’il est irresponsable d'être contre la vaccination; et 83 % (76 % au Québec) ont affirmé qu’ils n’hésiteraient pas à vacciner leurs propres enfants.

Le reportage de Normand Grondin

Quel est le taux de vaccination réel?

Les parents semblent faire ce qu'ils disent, à en croire l’Enquête sur la couverture vaccinale nationale des enfants, menée depuis 2011 par l’Agence de la santé publique du Canada et par Statistique Canada.

De nouveaux résultats sont attendus plus tard cette année. Les plus récentes données disponibles sont celles de 2015 :

Au Québec, la couverture pour l'ensemble des vaccins chez les enfants de deux ans était de 82 % en 2016, a indiqué l'Institut national de santé publique. Si on exclut le vaccin combiné contre le rotavirus et contre l’hépatite B, moins crucial, elle atteignait 91 %.

La couverture vaccinale contre la rougeole était de 82 % parmi les écoliers du primaire et de 88 % au secondaire.

« Notre taux de vaccination est assez bon. Là-dessus, je ne suis pas inquiète. Je pense qu’on a la situation sous contrôle », a estimé la ministre Danielle McCann, admettant néanmoins qu'il y a matière à amélioration.

On continue d’améliorer nos mesures là-dessus, sensibiliser la population, parce qu’on se fait vacciner pour soi-même, on se fait vacciner pour l’ensemble de la population. Plus notre taux de vaccination est élevé, plus l’ensemble de la population est protégée.

Danielle McCann, ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec

L'objectif du Plan national de santé publique est de 95 % pour les vaccins mentionnés ci-haut.

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