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La Passerelle-I.D.É. nie avoir créé un programme d'aide « fictif » pour prostituées

Mme Tchatat en entrevue.

Léonie Tchatat, fondatrice et présidente de la Passerelle

Photo : Radio-Canada / Guillaume Cottin

Natasha MacDonald-Dupuis

La Passerelle-I.D.É. dénonce « dans les termes les plus forts possible » des allégations du Toronto Star selon lesquelles l'organisme aurait mal utilisé plusieurs centaines de milliers de dollars en financement fédéral destiné à offrir du soutien à des prostituées. Des fonctionnaires du ministère de la Sécurité publique vont maintenant s'assurer que l'organisme a respecté les conditions du programme et prendre, au besoin, des mesures qui s'imposent.

Le quotidien torontois allègue qu'un financement de 400 000 $ versé à La Passerelle-I.D.É. pour un programme visant à aider les prostituées à se sortir du proxénétisme n'a pas servi pour ce type de programme.

Selon le Toronto Star, le programme Sans Visage, dont le budget total devait être de 1,5 million de dollars, serait essentiellement « fictif ».

Seule une petite partie du financement aurait été utilisé, pour offrir des ateliers à des femmes d'affaires francophones de Toronto. D'après le journal, ces femmes auraient déclaré ne pas savoir qu'elles avaient été identifiées dans le cadre d'un programme touchant à la prostitution.

Par voie de communiqué, La Passerelle-I.D.É. accuse le Toronto Star d'offrir « sciemment une fausse représentation du but et du contenu de Sans Visage ».

La Passerelle-I.D.É. accuse aussi le quotidien torontois de stigmatiser des femmes francophones vulnérables issues des minorités visibles, sans offrir plus de détails.

Radio-Canada n'a pas été en mesure de vérifier de façon indépendante l'enquête du Toronto Star.

Des réactions de ministères fédéraux

Un porte-parole du ministère fédéral de la Sécurité publique précise que « compte tenu de la gravité de ces allégations », les fonctionnaires vont demander des informations à La Passerelle pour s'assurer que le projet respecte toutes les exigences du programme. Le ministère est prêt à mettre un terme au projet et même à récupérer les fonds si l'organisme n'a pas rempli les obligations prévues par l'accord de financement.

De son côté, le ministère fédéral du Patrimoine canadien est très préoccupé par les allégations contenues dans les textes du Toronto Star et suit la situation de près.

Le ministère verse de l'argent pour le fonctionnement et des projets de La Passerelle. Une porte-parole précise que l'organisation a, à ce jour, respecté toutes les conditions du financement.

Des billets pour les enfants pauvres

La semaine dernière, La Passerelle-I.D.É. avait fait la une du quotidien torontois après que ses dirigeants aient admis avoir utilisé à des fins personnelles des billets de concert et d'événements sportifs destinés à des enfants dans le besoin.

Différents bailleurs de fonds de l'organisme torontois s'étaient dits « troublés » par ces informations, bien que la directrice générale de l'organisme, Léonie Tchatat, ait cité un « malentendu ».

« Évaluatrice indépendante »

L'une des conditions émises par Sécurité publique Canada pour que La Passerelle-I.D.É. puisse obtenir les 1,5 million de dollars était d'embaucher un « évaluateur indépendant ».

Radio-Canada a pu confirmer que c'est la directrice de La Passerelle-I.D.É. Paris, Siham Sahed, qui a été retenue pour évaluer le programme Sans Visage.

Jointe à Paris, Siham Sahed dit avoir analysé les documents qui ont été distribués aux femmes participantes, mais soutient n'avoir « aucun regard sur la façon dont les fonds sont investis ».

Mme Sahed admet avoir soulevé dans son rapport « un certain nombre de remarques sur les éléments de compréhension à destination des personnes ciblées par le programme ».

Selon elle, le programme Sans Visage a pour but « d'accompagner de jeunes femmes dans un processus de valorisation personnelle et professionnelle et leur éviter d'être dans un processus pernicieux tel que la prostitution ».

Deux femmes noires à un gala

La directrice de La Passerelle-IDÉ, Léonie Tchatat, en compagnie de la directrice de La Passerelle Paris, Siham Sahed au gala Prix Inspiration à Toronto en septembre 2018.

Photo : Twitter

Bureau à Paris

Mme Sahed précise qu'elle dirige La Passerelle-I.D.É. Paris de façon bénévole et que l'organisme est indépendant financièrement de La Passerelle-I.D.É. Toronto.

Contrairement à ce qui est indiqué sur son site web, La Passerelle-I.D.É. n'a pas « un bureau à Paris », selon Siham Sahed. Il s'agit plutôt d'une boîte postale, dit-elle.

C'est une association qui n'a pas de bureaux [...], et qui n'a pas les moyens encore de s'offrir de vrais locaux.

Siham Sahed, directrice de La Passerelle-IDÉ Paris

« Ses financements sont français et ne servent qu'à faire partir au Canada chaque année un groupe de 15 jeunes entrepreneurs français issus des quartiers modestes en France dans le cadre du programme Recipro'Cites », explique Mme Sahed.

Réactions à Queen's Park

Lundi, la ministre des Affaires francophones de l’Ontario, Caroline Mulroney a indiqué que son bureau est en contact avec La Passerelle-I.D.É.

« Nous leur avons déjà envoyé une lettre suite à l'article qui est sorti la semaine dernière pour les aviser qu'on les surveille de près. Je sais que le travail de base que fait cet organisme est important », a-t-elle expliqué.

Marie-France Lalonde, ancienne ministre des Affaires francophones et députée libérale, rappelle que ce sont des allégations, mais s'avoue très surprise depuis le début de l'affaire.

Il faut, de façon approfondie, voir comment les fonds publics ont été utilisés et avoir un rapport plus concret des résultats.

Marie-France Lalonde, ancienne ministre des Affaires francophones et députée libérale.

En 2018, La Passerelle-I.D.É. a reçu près de 2 millions de dollars des trois ordres de gouvernement, soit environ 85 % de son financement total.

Questions en suspend

La Passerelle-I.D.É. et son avocat n'ont toujours pas répondu à plusieurs questions de Radio-Canada concernant le financement de ses différents programmes.

En plus de diriger La Passerelle-I.D.É., Léonie Tchatat a occupé des postes importants dans la francophonie ontarienne.

Elle a été membre du comité de mise en oeuvre du projet d’université franco-ontarienne et siégeait jusqu'à récemment à la Commission ontarienne des droits de la personne.

« La Commission n’a pas de commentaires », a indiqué par courriel, le porte-parole Yves Massicotte. Le mandat de Mme Tchatat à la Commission s’est terminé le 1er février dernier (Nouvelle fenêtre).

Toronto

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