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Libye : frappes aériennes et combats se poursuivent en banlieue de Tripoli

Un homme est aux commandes d'une mitraillette fixée derrière un camion.
Des membres de l'Armée nationale libyenne s'avancent vers Tripoli. Photo: Reuters / Esam Omran Al-Fetori
Agence France-Presse

Le seul aéroport fonctionnel de Tripoli a été touché lundi par une frappe aérienne des forces loyales au maréchal Khalifa Haftar, qui mènent une offensive contre la capitale libyenne.

Depuis jeudi, l'homme fort de l'Est libyen et son autoproclamée Armée nationale libyenne (ANL) mènent l'assaut vers Tripoli, au prix de violents combats avec ses rivaux du Gouvernement d'union nationale (GNA), provoquant des dizaines de morts et déplaçant plus de 3400 personnes.

L'ANL a revendiqué le raid aérien contre l'aéroport de Mitiga, dans la banlieue est de Tripoli, qui a provoqué la suspension immédiate des vols et l'évacuation de l'aéroport, même si l'attaque n'a pas fait de victimes. Ahmad Al-Mesmari, porte-parole de l'ANL, a indiqué lors d'une conférence de presse que l'attaque visait un avion militaire Mig 23 et un hélicoptère.

Avant même que le raid ne soit revendiqué, l'émissaire de l'ONU en Libye, Ghassan Salamé, avait estimé que l'attaque constituait « une violation grave du droit international humanitaire qui interdit les attaques contre des infrastructures civiles ».

Des gens mettent des valises dans le coffre de leur voiture.Des gens sont évacués de l'aéroport de Mitiga après qu'il eut été touché par une frappe aérienne. Photo : Reuters / Hani Amara

Désaccord au Conseil de sécurité

Malgré le spectre d'une guerre généralisée en Libye, pays pétrolier en proie au chaos depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, les grandes puissances ont échoué à se mettre d'accord à l'ONU sur une déclaration appelant les forces du maréchal Haftar à cesser son offensive contre la capitale libyenne, où est basé le GNA.

Présentée au Conseil de sécurité dimanche soir, cette déclaration, soutenue entre autres par les États-Unis, a été bloquée par la Russie qui tient à ce que « toutes les parties » soient appelées à la retenue pour éviter « un bain de sang ».

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a renouvelé l'appel au dialogue. « Il rappelle qu'il n'y a pas de solution militaire au conflit en Libye et appelle toutes les parties à engager immédiatement le dialogue afin de trouver une solution politique », écrit dans un communiqué Stephane Dujarric, porte-parole du chef de l'ONU.

Dans ce même communiqué, M. Guterres « rappelle à toutes les parties qu'elles ont l'obligation, en vertu du droit humanitaire international et des lois internationales des droits de la personne, de protéger les civils. Tous les Libyens ont droit à la paix, à la sécurité, à la prospérité et au respect de leurs droits ».

Le maréchal Haftar est appuyé politiquement par une autorité basée dans l'est du pays. Outre les régions orientales, ses forces ont étendu leur emprise sur le sud de la Libye et visent désormais l'ouest, où est située Tripoli.

Mais elles font face au GNA, reconnu par la communauté internationale et soutenu notamment par de puissantes milices basées dans l'ouest.

Le GNA a promis dimanche une contre-offensive nommée Volcan de la colère pour « nettoyer toutes les villes libyennes des agresseurs » liés à Khalifa Haftar.

Lundi, le GNA a dénoncé l'attaque contre l'aéroport de Mitiga, considérée comme « un crime de guerre et un crime contre l'humanité », et promis de poursuivre ses auteurs devant la justice.

Selon un bilan du ministère de la Santé du GNA, au moins 35 personnes ont été tuées et une quarantaine blessées depuis le lancement de l'offensive du maréchal Haftar jeudi. Les forces pro-Haftar ont, elles, fait état samedi de 14 combattants tués.

Des hommes transportent et suivent un cercueil, d'autre sont accroupis pour prier.Des gens transportent dans un cercueil le corps d'un combattant du Gouvernement d'union nationale lors de ses funérailles, à Tripoli. Photo : Reuters / Ismail Zetouni

La vie continue à Tripoli

Après l'habituelle pause nocturne, les combats ont repris lundi matin pour la cinquième journée consécutive au sud de la capitale.

Les affrontements sont toujours en cours dans le périmètre de l'aéroport international, une infrastructure inutilisée depuis sa destruction par des combats en 2014 et située à une trentaine de kilomètres au sud de Tripoli. L'aéroport était contrôlé par des forces pro-GNA lundi en milieu de journée, selon les journalistes de l'AFP.

Des combats ont été signalés également à Wadi Rabi, dans le sud de Tripoli.

Le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR) a exprimé sa « préoccupation », appelant les belligérants « à assurer la sécurité de tous les civils » et un accès humanitaire « permanent ».

Plus tard à New York, le porte-parole de l'ONU Stéphane Dujarric a estimé à 3400 le nombre de personnes déplacées par les combats. « Des affrontements avec des armes lourdes ont touché des zones résidentielles et un nombre indéterminé de civils ne sont pas en mesure de fuir ces zones », a déclaré M. Dujarric à la presse.

La mission de l'ONU en Libye (MANUL) avait lancé dimanche un « appel urgent » à une trêve de deux heures dans la banlieue sud de Tripoli pour permettre l'évacuation des blessés et des civils face à l'escalade militaire. Mais les deux camps rivaux ont ignoré cet appel. Les services de secours libyens ont confirmé qu'ils n'avaient pas pu entrer dans les zones d'affrontement.

Malgré les violences aux portes de la capitale, les Tripolitains vaquaient lundi à leurs habitudes, dans un quotidien rythmé par les embouteillages et les files d'attente devant les banques ou les stations-service. Les services de l'administration fonctionnaient, et écoles et commerces étaient ouverts.

Dimanche, le ministère de l'Enseignement du GNA a souligné que les cours se poursuivaient « normalement » à Tripoli, sauf dans les zones de combats.

Les violences actuelles interviennent avant une conférence nationale à Ghadamès, sous l'égide de l'ONU, qui vise à dresser une « feuille de route » pour stabiliser le pays et qui devrait inclure la tenue d'élections. L’envoyé spécial de l'ONU en Libye avait assuré samedi que cette conférence était maintenue aux dates prévues, du 14 au 16 avril, sauf en cas de « circonstances majeures ».

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