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analyse

La CAQ à l’heure des premières frondes

Un homme portant un turban brandit une pancarte disant « Don't erase our identity »

Un manifestant au projet de loi 21 sur la laïcité à Montréal

Photo : The Canadian Press / Graham Hughes

Michel C. Auger

Les derniers jours ont été ceux des premières frondes contre le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ). Elles ont toutes en commun d'être menées contre des initiatives pour lesquelles le gouvernement Legault a pris soin d'ériger des barrières pour éviter, plutôt que pour permettre, le dialogue.

Dans les dossiers plus délicats qui sont devant l’Assemblée nationale, la fronde s’exprime à l’extérieur des institutions et pas toujours de la bonne façon, ce qui rend ensuite la reprise d’un dialogue encore plus difficile. Mais on ne construit pas de consensus sans parler à tout le monde, et en particulier à ceux qui ne sont pas d’accord avec nous.

Le gouvernement Legault confond souvent popularité et consensus, ce qui n’est pas du tout pareil. Ainsi, tous les sondages depuis 40 ans montrent qu'une majorité de gens souhaitent le retour de la peine capitale. Pourtant, aucun gouvernement ne se risquerait à le faire, parce qu’il n’y a certainement pas consensus sur la question.

Actuellement, les sondages montrent que la Loi sur laïcité de l’État est populaire. Mais on devrait sans doute faire attention aux sondages pris avant le dépôt de la loi – à ce jour, on n’a vu aucune enquête d’opinion qui ait été réalisée après le dépôt du projet de loi 21 – et avec un tout petit nombre de questions.

On a déjà vu ce film-là : la popularité tend à s’estomper avec le temps, quand les difficultés ou les incohérences de la loi deviennent claires. La Charte des valeurs du Parti québécois était populaire lors de son dépôt, mais au moment des élections – « le seul sondage qui compte » –, elle était devenue un boulet.

Dans le cas de la loi sur la laïcité, il est déjà évident qu’elle révèle des divisions réelles dans la société québécoise. Entre francophones et anglophones, entre Montréal et le reste du Québec et, jusqu’à un certain point, entre les jeunes Québécois et les plus âgés.

Beaucoup d’opposants constatent que toute ouverture est impossible, le gouvernement ayant décidé d’imposer d’avance les dispositions dérogatoires et, peut-être, le bâillon pour limiter les débats parlementaires. Ce qui est une admission qu’il a fait son lit, qu’il sait que sa loi est contraire aux libertés fondamentales et qu’il n’entend pas bouger.

Dans les circonstances, les déclarations déplacées deviennent le seul moyen d’évacuer la pression ou d’attirer l’attention. Il ne devient pas plus acceptable d’utiliser des mots comme « désobéissance civile » ou « nettoyage ethnique ». Mais c’est un signe que des frustrations s’accumulent.

Pas d’invitation

D’autant que, depuis le début de ce débat, ni le premier ministre ni le ministre responsable n’ont fait la moindre invitation au dialogue. M. Legault aurait pu contacter la mairesse de Montréal ou M. Jolin-Barrette aurait pu rencontrer les commissions scolaires anglophones. Rien de tout cela. On dirait que la CAQ ne parle qu’à la CAQ.

L’utilisation des clauses dérogatoires fait aussi que le gouvernement n’est aucunement obligé de justifier ses interdictions sur le fond. On se justifie en disant « le débat a trop duré » et qu’il faut « tourner la page », mais ce n’est pas un substitut à l’examen nécessaire de chacune des modalités de la loi, qui seront en vigueur pour des années, pour voir quelle pourrait être leur application à terme.

Ça fait 11 ans qu’on discute? On a beaucoup parlé du principe, certes. Mais pas des modalités de ce projet de loi, des modalités qui appartiennent à la CAQ, qui doit d’autant plus les justifier devant l’Assemblée nationale qu’elle refuse de le faire devant les tribunaux.

Ce n’est pas la seule fois où ce nouveau gouvernement refuse de tendre la main à ceux qui voient des faiblesses dans ses projets. Toute l’étude du projet de loi 9 sur l’immigration a été marquée par l’inflexibilité du ministre de l’Immigration quant aux 18 000 dossiers en attente et dont on avait décrété qu’ils seraient jetés à la poubelle.

Quand la protectrice du citoyen a demandé, en leur nom, des excuses pour cette « solution administrative à un problème humain », tout ce que le ministre a trouvé à dire est de lui reprocher son incompréhension du système d’immigration. Il a fallu une injonction pour que le gouvernement accepte de faire marche arrière et d’étudier les dossiers.

Et maintenant, c’est au tour du ministre des Transports, François Bonnardel, de rester ferme devant la grogne contre sa réforme de l’industrie du taxi. Le dossier est si complexe qu’il ne faut pas lui lancer la pierre, mais, encore une fois, on y reconnaît les habitudes de la CAQ : un projet élaboré avec peu ou pas de consultations, un ministre pressé et qui dit vouloir clore le débat une fois pour toutes.

Sauf qu’avec des chauffeurs de taxi qui risquent de perdre énormément dans l’opération, on risque quelque chose qui pourrait dépasser les gros mots et ressembler à une véritable crise sociale. On n’a qu’à faire une course en taxi, ces jours-ci, pour en être abondamment informé.

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