•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Des milliers de personnes dans les rues de Montréal contre le projet de loi sur la laïcité

Des femmes voilées manifestent avec des pancartes disant entre autres « Hijab mon droit mon choix », « Ce qui est dans ma tête est plus important que ce qui est dessus », « On veut un gouvernement pour tous les Québécois, pas pour Québécor!»

Manifestation contre le projet de loi 21 sur la laïcité au centre-ville de Montréal

Photo : The Canadian Press / Graham Hughes

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Quelques milliers de personnes ont manifesté dimanche au centre-ville de Montréal contre le projet de loi 21 sur la laïcité de l'État du gouvernement de François Legault en scandant les slogans « so-so-so-solidarité! », « Le Québec, c'est chez nous! » et « Legault, raciste! ».

Dans la foule, on retrouvait des jeunes familles et des personnes de tout âge et de toute appartenance ethnoreligieuse.

Plusieurs organisations citoyennes, dont certaines liées aux communautés sikhe, juive et chinoise, ont répondu à l'invitation du Collectif canadien anti-islamophobie dirigé par l'imam montréalais Adil Charkaoui.

Ce dernier s'est réjoui de la réponse du public. Dans son discours, il a affirmé que le projet de loi « cible les femmes voilées, leur dicte comment s'habiller et où travailler ».

Un homme portant un turban brandit une pancarte disant « Don't erase our identity »Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un manifestant au projet de loi 21 sur la laïcité à Montréal

Photo : The Canadian Press / Graham Hughes

Deux des survivants de l'attentat de la grande mosquée de Québec, Saïd El-Amari et Aymen Derbali, se sont adressés à la foule avant le départ de la marche.

« Je suis très ému et honoré d'être parmi vous pour cette mobilisation contre le projet de loi discriminatoire qui vise principalement les femmes musulmanes », a déclaré M. Derbali, confiné à un fauteuil roulant en raison des blessures subies lors de l'attentat.

« Le gouvernement Legault veut adopter une loi qui opprime les droits des femmes de porter leur voile et de travailler » au lieu de se pencher sur les problèmes de société comme l’islamophobie et la stigmatisation », a-t-il déploré.

Les organisateurs de la manifestation avaient de leur côté lancé un appel « à tous les Québécois et les Québécoises épris de justice et d'égalité » à marcher pour s'opposer à une loi « liberticide et discriminatoire ».

Une foule assez compacte dans un parc au centre-ville de MontréalAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des milliers de manifestants contre le projet de loi 21 sur la laïcité de l'État se sont rassemblés au parc Émilie-Gamelin à Montréal.

Photo : Radio-Canada / Alexis Gacon

Selon le Collectif canadien anti-islamophobie, le projet de loi ne vise pas à assurer la laïcité de l'État, mais plutôt à brimer les droits religieux.

« Si on analyse les dessous du texte de loi, c’est sûr que ce sont les femmes musulmanes qui sont visées », a souligné le porte-parole.

Taran Singh, un sikh de Montréal, ne comprend pas que le gouvernement consacre de l’énergie à attiser les tensions au sein de la population.

« Ce que font les partis politiques au Québec, c'est nous diviser. Anglophones contre francophones, fédéralistes contre souverainistes, laïcs contre immigrants religieux. Cette mentalité de nous contre eux ne sert personne », a dénoncé celui qui aspire à une société dans laquelle tous ont une place et peuvent contribuer sans être discriminés.

« Le Québec dit non à la discrimination », peut-on lire sur des affiches brandies par des manifestants, qui se sont réunis à la place Émilie-Gamelin à 12 h 30, avant de marcher sur le boulevard de Maisonneuve.

« Pourquoi les femmes voilées n'ont pas le droit d'être dans le pouvoir? Ça veut dire que ma femme ne peut pas être juge? Pourquoi est-ce qu'elle ne pourrait pas être juge? », a demandé un manifestant. « On veut travailler, a de son côté affirmé une manifestante portant le hidjab. On cache nos cheveux, mais notre cerveau et nos idées sont mûrs. »

On ne peut pas rester les bras croisés. On manifeste notre mécontentement contre un projet de loi qu’on juge discriminatoire et contre la communauté musulmane.

Une citation de : Bouzza Mache, porte-parole de la manifestation.

En plein milieu de la foule, Fatima Ben Frej s'époumonait à scander des slogans avec conviction.

« Non seulement je suis visée par les signes religieux parce que je porte le voile, mais en plus je suis visée parce que je suis une femme, donc je suis doublement motivée », a commenté l'étudiante qui croyait être née dans un milieu libre.

Choisir de porter le voile est un signe de fierté pour la jeune femme de 20 ans.

« Je suis vraiment fière de le porter, ce n'est pas un signe de soumission, c'est un signe de fierté pour moi », confie-t-elle.

« Je ne crois pas que François Legault a le pouvoir de me dire comment m'habiller, comment être », explique de son côté Selsabil Hamiham, 21 ans, entourée de ses amies.

« C'est ma liberté, c'est mon choix. Puisque personne ne m'a obligée à le mettre, personne ne va m'obliger à l'enlever », affirme l’étudiante en sciences qui est née et a grandi à Montréal. Selsabil a déjà pensé être enseignante, mais elle se dirige maintenant vers une carrière en pharmacologie.

Elle est sortie dans la rue dimanche parce que le projet de loi s'attaque à son identité, dit-elle. Elle s'inquiète que ce projet de loi pourrait être un premier pas vers des interdictions de port de signes religieux encore plus sévères.

Les manifestants brandissent des affiches contre le projet de loi 21.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les manifestants s'opposent au projet de loi 21 sur la laïcité de l'État du gouvernement de François Legault.

Photo : Radio-Canada

La manifestation survient après que le ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barette, eut réitéré vendredi son appel au calme.

« Dans un dossier comme celui-là, où il y a des sensibilités humaines, il faut faire preuve de pondération […]. J’en appelle au calme, à la sérénité. On est capables au Québec de débattre d’une question importante comme celle-là dans le respect de tout un chacun », a-t-il dit.

Collectif canadien anti-islamophobie

Adil Charkaoui, président et fondateur du Collectif canadien anti-islamophobie, avait fait la manchette en 2003 au Canada lorsqu'il avait été arrêté après l'émission à son endroit d'un certificat de sécurité. Il était soupçonné de terrorisme et d'avoir participé à un camp de formation avec d'autres militants en Afghanistan.

Le Marocain d'origine a fait l'objet d'une surveillance étroite au Canada pendant les neuf ans qui ont suivi. Il n'a toutefois jamais été accusé relativement à ces soupçons de terrorisme, et il est devenu citoyen canadien en 2014.

Le projet de loi 21, en résumé

Le projet de loi 21 sur la laïcité de l’État prévoit que toutes les institutions parlementaires, gouvernementales et judiciaires doivent respecter les principes de la séparation de l’État et des religions, de la neutralité religieuse de l’État, de l’égalité de tous les citoyens et des libertés de conscience et de religion.

Il prévoit l’interdiction du port de signes religieux chez les employés de l’État en position de coercition (juges, policiers, procureurs, gardiens de prison) et d’autres employés de l’État, essentiellement les enseignants des écoles primaires et secondaires du réseau public et les directeurs d’école.

Le projet de loi 21 est assorti d’une clause protégeant les droits acquis des employés touchés qui portent déjà un signe religieux, à condition qu’ils conservent la même fonction dans une même organisation. Il y en aurait « probablement quelques centaines », selon le ministre responsable, Simon Jolin-Barrette.

Il comprend aussi des dispositions de dérogation pour soustraire la loi à des articles des chartes canadienne et québécoise des droits et libertés. La Charte québécoise sera en outre modifiée afin qu’elle stipule « que les libertés et droits fondamentaux doivent s’exercer dans le respect de la laïcité de l’État ».

Le projet de loi prévoit également que tous les services gouvernementaux devront être offerts à visage découvert. Ils devront aussi être reçus à visage découvert lorsque cela est nécessaire à des fins d’identification ou pour des motifs de sécurité.

Aucun accommodement raisonnable ne pourra être demandé pour contourner cette obligation, est-il précisé.

Il n’inclut aucune sanction pénale ou monétaire pour les contrevenants.

Avec des informations de Michel Marsolais

Avec les informations de La Presse canadienne

Commentaires fermés

L’espace commentaires est fermé. Considérant la nature sensible ou légale de certains contenus, nous nous réservons le droit de désactiver les commentaires. Vous pouvez consulter nos conditions d’utilisation.