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Washington veut « l'arrêt immédiat » de l'offensive du maréchal Haftar en Libye

Des membres de l'Armée nationale libyenne font le signe de la victoire avec leurs doigts.
L'Armée nationale libyenne (ANL), la force paramilitaire dirigée par le maréchal Khalifa Haftar, a annoncé dimanche avoir mené son premier raid aérien dans la banlieue sud de Tripoli. Photo: Reuters / Esam Al-Fetori
Agence France-Presse

Les États-Unis sont « profondément préoccupés » par les combats près de Tripoli et appellent à l'« arrêt immédiat » de l'offensive lancée vers la capitale libyenne par le maréchal Khalifa Haftar, a déclaré dimanche le secrétaire d'État américain Mike Pompeo.

« Nous avons fait clairement savoir que nous sommes opposés à l'offensive militaire des forces de Khalifa Haftar et nous appelons à l'arrêt immédiat de ces opérations militaires contre la capitale libyenne », a dit M. Pompeo dans un communiqué.

Des combats ont fait rage dimanche au sud de Tripoli, trois jours après le déclenchement par le maréchal Haftar, basé dans l'est de la Libye, d'une offensive terrestre vers l'ouest pour prendre le contrôle de la capitale.

La ville de Tripoli est tenue par les forces du gouvernement d'union nationale (GNA) internationalement reconnu de Fayez Al-Sarraj et par diverses milices libyennes.

Il n'y a « pas de solution militaire au conflit en Libye », a affirmé dans son communiqué M. Pompeo, appelant toutes les parties « à opérer de manière urgente une désescalade » de la situation.

Le secrétaire d'État américain a critiqué explicitement l'offensive des forces du maréchal Haftar. « Cette campagne militaire unilatérale contre Tripoli met en danger des civils et sape les perspectives d'un avenir meilleur pour tous les Libyens », a-t-il déclaré.

« Une solution politique est la seule manière d'unifier le pays et de fournir un plan pour la sécurité, la stabilité et la prospérité pour tous les Libyens », a encore déclaré le chef de la diplomatie américaine.

L'armée américaine a annoncé dimanche le retrait provisoire de ses militaires en Libye à cause des combats.

Aucune trêve

Le maréchal Khalifa Haftar devant un mur de béton. Le maréchal Khalifa Haftar, homme fort de l'est du pays, veut pour prendre Tripoli et étendre son emprise dans l'ouest de la Libye. Photo : Reuters / Philippe Wojazer

La mission de l'ONU en Libye (MANUL) avait lancé un « appel urgent » à une trêve de deux heures dans la banlieue sud de Tripoli pour permettre l'évacuation des blessés et des civils, face à une escalade militaire faisant craindre une véritable guerre civile.

Mais, « il n'y a pas eu de trêve », a indiqué à l'AFP un porte-parole de la MANUL, Jean Alam, après l'expiration du délai proposé. « Nous espérons toujours une réponse positive » des deux camps rivaux, a-t-il ajouté.

Les services de secours libyens ont eux aussi confirmé qu'ils n'avaient pas pu entrer dans les zones d'affrontements.

Pays riche en pétrole, la Libye est déchirée depuis la chute du dictateur Mouammar Kadhafi en 2011 par de multiples conflits internes.

Mais l'offensive des forces du maréchal Haftar, homme fort de l'est du pays, pour prendre Tripoli et étendre son emprise dans l'ouest, marque une nette dégradation entre les deux entités se disputant le pouvoir.

Frappes aériennes

L'homme parle devant des micros.Le porte-parole du gouvernement d'union, Mohamed Gnounou, lors d'une conférence de presse dimanche à Tripoli. Photo : AFP/Getty Images / Mahmud Turkia

Dimanche, les combats ont fait rage au sud de la capitale, en particulier à Wadi Rabi et dans le périmètre de l'aéroport international, une infrastructure inutilisée depuis sa destruction par des combats en 2014.

L'Armée nationale libyenne (ANL), la force paramilitaire dirigée par le maréchal Haftar, a annoncé dimanche avoir mené son premier raid aérien dans la banlieue sud de Tripoli.

La veille, les forces loyales au GNA avaient elles aussi mené leurs premières frappes aériennes, les belligérants faisant clairement fi des appels à la retenue lancés par la communauté internationale.

Dimanche, le nouveau porte-parole des forces du GNA, le colonel Mohamad Gnounou, a proclamé le début d'une vaste contre-offensive nommée « volcan de la colère » pour « nettoyer toutes les villes libyennes des agresseurs » pro-Haftar.

Au moins 21 personnes ont été tuées et 27 autres blessées depuis le début de l'offensive sur Tripoli, selon un bilan du ministère de la Santé du GNA, qui n'a pas précisé si les victimes sont des civils ou des combattants.

Le Croissant-Rouge libyen a indiqué qu'un médecin a été tué samedi. De son côté, l'ANL a annoncé samedi avoir perdu 14 combattants.

Mise en garde

Le chef du gouvernement d'union nationale (centre), Fayez Al-Sarraj, a rencontré les hauts responsables de l'armée libyenne. Le chef du gouvernement d'union nationale (centre), Fayez al-Sarraj, a rencontré les hauts responsables de l'armée libyenne. Photo : AFP/Getty Images / MAHMUD TURKIA

Samedi soir, le chef du GNA, Fayez Al-Sarraj, a mis en garde contre la perspective d'une « guerre sans gagnant ». Il a ajouté que des soutiens affluaient de toutes les régions du pays pour soutenir les forces du GNA.

Le maréchal Haftar et son Armée nationale libyenne qui tablaient sur une victoire rapide en nouant des alliances avec des factions de la Tripolitaine – nom donné aux régions occidentales de Libye – semblent surpris par la mobilisation pro-GNA.

« L'opération de Haftar [...] a galvanisé les forces libyennes de l'ouest contre lui », affirme à l'AFP Wolfram Lacher, chercheur à l'Institut allemand de politique internationale et de sécurité (SWP).

Khalifa Haftar « est maintenant confronté à la perspective d'une guerre prolongée » et à l'hypothèse d'une défaite, ajoute-t-il.

Difficile toutefois « d'avoir une vision claire sur l'issue de la bataille ou sur les rapports de forces », confie à l'AFP un diplomate occidental sous couvert de l'anonymat.

Selon lui, l'ONU et les pays occidentaux ont pris contact avec les deux camps rivaux pour éviter un embrasement, mais le « succès est mitigé » jusqu'ici. « L'escalade verbale des deux côtés n'aide pas », a-t-il ajouté.

Conférence de l'ONU

 Ghassan Salamé lors d'une conférence de presse.L'émissaire de l'ONU pour la Libye, Ghassan Salamé, tient à ce que la conférence nationale se tienne à la date prévue. Photo : Reuters / Hani Amara

Ces violences interviennent avant une Conférence nationale, sous l'égide de l'ONU, prévue mi-avril à Ghadamès, censée dresser une « feuille de route » avec la tenue d'élections.

L'émissaire de l'ONU pour la Libye, Ghassan Salamé, a assuré samedi que cette conférence était maintenue « à la date prévue », du 14 au 16 avril, sauf en cas de « circonstances majeures ».

M. Sarraj a accusé le maréchal Haftar d'oeuvrer à « saper le processus politique » pour « plonger le pays dans un cycle de violence et de guerre destructrice ».

Les deux hommes avaient conclu à la fin février à Abou Dhabi un accord pour former un gouvernement unifié et portant sur l'organisation d'élections avant la fin de l'année.

Le premier ministre du GNA a estimé que son rival avait « trahi l'accord » et « tenté de le poignarder dans le dos ».

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