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25 ans plus tard, le Rwanda est redevenu une « famille unie », dit Kagame

Le président de la Commission de l'Union africaine, Moussa Faki, le président rwandais, Paul Kagame, sa femme Jeannette et le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, allument un flambeau au mémorial de Gisozi, à Kigali.

Le président de la Commission de l'Union africaine, Moussa Faki, le président rwandais, Paul Kagame, sa femme Jeannette et le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, allument un flambeau au mémorial de Gisozi, à Kigali.

Photo : Getty Images / AFP/Yasuyoshi Chiba

Agence France-Presse
Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Un quart de siècle après le génocide des Tutsis de 1994 qui coûta au moins 800 000 vies, le président rwandais Paul Kagame a vanté dimanche la force de son peuple, sorti de l'abîme pour redevenir une « famille », « plus unie que jamais ».

« En 1994, il n'y avait pas d'espoir, seulement les ténèbres. Aujourd'hui, la lumière irradie de cet endroit. Comment cela est arrivé? Le Rwanda est redevenu une famille », a déclaré M. Kagame, homme fort du pays depuis 1994, lors d'une cérémonie au Centre de conventions de Kigali, emblème de la modernité de la capitale rwandaise et du renouveau du pays depuis 25 ans.

« Notre peuple a porté un immense poids sans se plaindre ou presque », a-t-il ajouté. Cela nous a rendus meilleurs et plus unis que jamais ».

« Rien n'aura jamais plus le pouvoir de tourner les Rwandais les uns contre les autres. Cette histoire ne se répétera pas. C'est notre ferme engagement. »

— Une citation de  Le président rwandais Paul Kagame

M. Kagame a appelé la jeune génération – les moins de 25 ans représentent 60 % de la population – à reprendre le flambeau. « Ils ont la responsabilité de prendre de plus en plus les choses en mains, et de participer à construire le Rwanda que nous voulons et méritons », a-t-il dit.

Au bras de son épouse Jeannette, M. Kagame avait auparavant lancé les célébrations en allumant une flamme du souvenir au mémorial de Gisozi à Kigali, où plus de 250 000 victimes du génocide sont enterrées.

Dans l'après-midi, une marche du souvenir doit le mener avec ses invités vers le stade Amahoro (« paix » en kinyarwanda), où aura lieu une veillée.

À l'instigation du régime extrémiste hutu alors au pouvoir, le génocide a coûté la vie, entre avril et juillet 1994, à au moins 800 000 personnes, selon l'ONU, essentiellement au sein de la minorité tutsie, mais aussi parmi les Hutus modérés.

Le déclencheur du génocide a été l'assassinat, au soir du 6 avril 1994, du président rwandais Juvénal Habyarimana, un Hutu. Le lendemain, les Forces armées rwandaises (FAR) et les miliciens extrémistes hutus Interahamwe ont donné le signal des massacres.

Encouragée par les autorités et les « médias de la haine », dont la fameuse Radio-télévision libre des mille collines (RTLM), une partie de la population, de toutes les couches sociales, a prêté son concours à l'extermination, à coups de gourdin ou de machette, d'hommes, de femmes et d'enfants partout dans le pays.

Des Hutus ayant refusé de s'associer aux tueries ou étant soupçonnés de sympathie envers les Tutsis ont aussi été tués. Le carnage n'a pris fin que grâce à l'entrée à Kigali, le 4 juillet, de la rébellion tutsie du Front patriotique rwandais (FPR), avec à sa tête un jeune chef militaire de 36 ans, Paul Kagame.

Des bouquets de fleurs ont été déposés sur les tombes du mémorial de Gisozi, à Kigali,Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Au mémorial de Gisozi, à Kigali, plus de 250 000 victimes du génocide sont enterrées.

Photo : Getty Images / Andrew Renneisen

Les présidents du Tchad, Idriss Déby, du Congo, Denis Sassou Nguesso, de Djibouti, Ismaïl Omar Guelleh, et du Niger, Mahamadou Issoufou, ainsi que le premier ministre éthiopien Abiy Ahmed ont assisté aux cérémonies. Aucun chef d'État des pays de la région n'était toutefois présent, ce qui témoigne du relatif isolement dont continue à souffrir le Rwanda.

Sans dire qui il visait, M. Kagame a d'ailleurs lancé un message de mise en garde à ceux qui voudraient le défier.

« À ceux ici ou en dehors qui pensent que notre pays n'a pas vu assez de désordre et veulent mettre le bazar chez nous [...], je veux leur dire que nous mettrons le bazar chez eux encore bien plus », a-t-il menacé.

« Personne ne devrait sous-estimer quelle formidable force les Rwandais sont devenus en raison des circonstances », a-t-il souligné.

Le premier ministre belge Charles Michel est venu exprimer le soutien de l'ancienne puissance coloniale. Reconnaissant les erreurs de la communauté internationale en 1994, il a dit parler « au nom d'un pays qui veut aussi assumer les yeux dans les yeux sa part de responsabilité face à l'histoire ».

Le Canada se souvient

La gouverneure générale du Canada, Julie Payette, a pris part à la cérémonie dans la capitale rwandaise dimanche, aux côtés de nombreux dignitaires, notamment des représentants de l'Union africaine et le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. Julie Payette dirige une délégation canadienne lors d'une visite de quatre jours dans le pays d'Afrique de l'Est. Sur Twitter, elle a transmis au nom du Canada « ses plus sincères condoléances aux Rwandais ainsi qu'à ceux qui ont tant perdu au service de la cause de la paix ».

Le premier ministre canadien, Justin Trudeau, a aussi émis une déclaration à l'occasion de cet anniversaire, celui de l'« un des chapitres les plus sombres de l'histoire ». Il a encouragé les Canadiens à « prendre le temps de se souvenir » des victimes et de leur rendre hommage. Pour ce faire, « nous devons lutter contre la haine, protéger les plus vulnérables et faire de notre monde un monde meilleur », a-t-il avancé.

Associated Press

L'absence de Macron déçoit

Le président français Emmanuel Macron, qui était également invité, s'est abstenu, officiellement pour des raisons d'agenda. Son absence est une déception pour les Rwandais, qui espéraient le voir exprimer des excuses de la France pour son rôle en 1994.

La France est accusée par le pouvoir rwandais d'avoir été complice du régime hutu responsable du génocide, voire d'avoir pris part aux massacres, ce qu'elle a toujours nié.

La polémique empoisonne depuis des années les relations entre les deux pays, même si elles sont meilleures depuis l'élection en 2017 de M. Macron. Le chef de l'État français a fait trois gestes symboliques à l'attention de Kigali.

Il a d'abord dépêché pour le représenter le député Hervé Berville, orphelin tutsi rwandais adopté par une famille française en 1994.

Il a aussi annoncé vendredi la mise en place d'une commission d'historiens qui aura accès à « toutes les archives françaises concernant le Rwanda entre 1990 et 1994 ». La commission tentera de faire la lumière sur le rôle controversé de Paris dans cette tragédie. Cet engagement avait été pris en mai 2018 à l'issue d'une rencontre avec M. Kagame.

Le président français a également annoncé dimanche « une journée de commémoration du génocide des Tutsis » en France.

« Emmanuel Macron salue le travail de mémoire conduit par les rescapés et souhaite que la date du 7 avril soit désormais une journée de commémoration du génocide des Tutsis », a annoncé la présidence dans un communiqué très succinct.

Le président « exprime sa solidarité avec le peuple rwandais et sa compassion à l'égard des victimes et de leurs familles », a indiqué la missive.

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